maison_tudaureL'adjudant Marty et son subordonné Maillet débarquent dans le café d'un village reclus. Dans la forêt, on vient de trouver trois sacs abandonnés et qui contiennent des corps de nouveaux-nés. L'affaire suscite un vif émoi, ressuscitant un spectre vieux de cinquante ans, quand des mystères similaires semblaient avoir frappé de plein fouet les habitants de ce coin perdu. A l'époque, impossible de découvrir le coupable, le village avait fait bloc et s'était enfermé dans son silence. Aujourd'hui, la police affronte à nouveau ces villageois, hâtivement décrits comme des sauvages dans la presse, mais l'adjudant Marty veut en découdre à tout prix, il fera cracher le morceau ou sinon rien.
Les personnages principaux sont tous mystérieux, il y a Claude, un garçon solitaire qui ne se rend plus à l'école, c'est le fils du vétérinaire Simon Vermillon. Celui-ci est marié à Camille, la fille du rempailleur, personnalité de haute estime dans la mémoire de tous ces gens. Ils sont tous murés dans leurs silences et leurs secrets : le cafetier, le boulanger, le grand-père Dupuis et les gamins... Certains ont été blessés d'avoir été montrés du doigt et jetés à la vindicte populaire, sans possibilité de se défendre. La nouvelle génération, elle, tient à porter le flambeau et veut se faire respecter. Mais quand la machine infernale s'emballe, c'est très difficile de chercher à maintenir les rênes.
La figure de "La Maison Tudaure" est la clef de toutes les énigmes. C'est une présence ombrageuse, une maison abandonnée et qu'on dit maudite, à l'image du village. C'est une maison que tous condamnent mais qu'ils refusent de céder.

A l'occasion de son deuxième roman, Caroline Sers a décidé d'employer le genre du roman noir et policier. En quelques touches incisives, elle crée une atmosphère opaque, impénétrable d'un petit village écarté avec ses habitants tout aussi intrigants. Derrière ce climat de suspicion générale, Caroline Sers a aussi souligné la délicate délation de la presse, impuissante à percer des remparts, et qui préfère frapper dans le tas plutôt que s'avouer vaincue. Parce qu'ils vivent à leur mode, ces villageois sont déconsidérés de toute condition humaine et étiquetés comme des primates incultes et non civilisés. C'est flippant. Peut-on leur reprocher, ensuite, de s'unir en se taisant, au risque d'attiser les flammes de défiance ? "La maison Tudaure" est un roman réussi, dans sa peinture des âmes humaines (tiens, cela se rapproche du livre de Philippe Claudel, "Les âmes grises") et dans son intrigue sombre et angoissante. Le fin de l'histoire, d'ailleurs, est plutôt cocasse et insoupçonnable !

Buchet Chastel