Pour oublier l'Ecosse ejoursdejuint le récent décès de son épouse Maureen, Paul McLeod part en voyage organisé en Grèce. Il y rencontre une jeune artiste peintre, Fern qui est américaine. Cela lui fait penser à son fils Fenno, libraire à New York. Ce dernier est venu rendre visite à la famille pour les fêtes de fin d'année en compagnie d'un garçon, Malachy Burns. Paul a supposé qu'il s'agissait de son petit ami et que son fils était homosexuel. Un peu sonné, il ressasse également ses années de mariage et la passion dévorante de Maureen pour son métier : éleveuse de collies.

Six ans plus tard, c'est Fenno qui prend la parole en regagnant le territoire familial de Tealing pour les obsèques de son père. Ce dernier avait trouvé refuge sur l'île de Naxos, en Grèce. Fenno est étonné des autres détails qu'il découvre sur son père, se rendant compte qu'ils s'étaient perdus de vue et n'avaient pas su se comprendre en temps et en heure. Fenno est persuadé que son père n'a jamais deviné qu'il était homosexuel. C'est un point qu'il n'a jamais abordé avec les siens, tout juste Maureen avait eu son instinct de mère indiscutable. Bref, Fenno se rappelle à son tour son départ d'Ecosse et son installation en Amérique, ses rencontres et ses débuts de libraire. La rencontre avec Malachy Burns est également un point important dans sa vie, même si jamais le garçon n'a été son amant. Une amitié précieuse les unissait, et plus encore. En Ecosse, Fenno est confontré à un choix difficile émanant de sa belle-soeur, Liliane.

La troisième partie plonge le lecteur quatre ans plus tard à New York avec Fern. La vie de la jeune femme a aussi connu des hauts et des bas depuis son escapade en Europe : un mariage, un veuvage, une rencontre et une grossesse en cours. Tous les personnages du roman semblent se croiser, confontrés à cette jonction entre la responsabilité de leur passé ou de leur enfance pour un avenir plus sûr. Paul McLeod a été le premier à remettre en question les fondations de son couple, revivant les points forts et les zones d'ombre : Maureen s'est-elle trop impliquée dans son travail ? A-t-elle été infidèle à son mari ? Les enfants ont grandi avec leurs blessures secrètes : pour assumer leur identité sexuelle, surmonter une rancune muette, rendre responsable d'une maladie cette mère trop absente et secrète. Ils ont tous un long parcours à faire pour atteindre un but assez flou : « regarder la vie qui les attend, apprendre à vivre tout simplement ». C'est un pari difficile à accomplir. Dans la vie, il y a les imprévus : la mort, l'amour, la naissance et l'espoir malgré tout.

C'est un peu ce message subliminal que tente de nous inculquer Julia Glass avec son roman ambitieux, dense et passionnant : 655 pages d'une histoire familiale, avec ses rencontres, ses départs et ses choix à définir pour construire sa vie, petit à petit. L'histoire est captivante et construite avec intelligence sous la forme d'un triptyque où se succèdent trois étés dans la vie des McLeod. « Jours de Juin » est une saga familiale avec ses rebondissements mais surtout avec une analyse pointue des états d'âme des personnages. Ils ont en commun d'avoir perdu leurs repères, de se sentir seuls mais de chercher à tromper la solitude. Ils voyagent ou font des enfants, ils viennent en aide aux plus défavorisés, ils paient leurs dettes... cela prend du temps, mais au final ils pourront se dire : « voilà, nous sommes arrivés - malgré les retards, les difficultés et les inquiétudes du trajet - enfin, ou pour le moment, nous sommes là où nous avons toujours voulu être ». C'est un roman subtil et épais dans lequel on plonge sans lever le nez. L'auteur est américaine, bizarre car le cachet du livre prêtait à penser qu'il était so british !

Editions des 2 Terres

  • 655 pages à résumer... difficile d'être concise et passionnée !.. j'ai aimé, comprenez-le ! C'est tout ! :-)