fils_du_dragonAu 19ème siècle, Victor Combault est le digne héritier d'une tradition familiale séculaire : il prendra la mer, il deviendra marin et fera de sa vie une quête perpétuelle vers le bonheur. "Je voyage pour vérifier mes rêves", adage de Gérard de Nerval, est l'un des préceptes de ce héros-loup des mers, qui part de la ville de Nantes à l'âge de 15 ans. Il est surnommé le Dragon depuis l'enfance, sobriquet donné par son père, après avoir vomi sur son visage quand celui-ci le portait dans les airs pour admirer son nouveau-né. Victor est intrépide et goûte les traversées mouvementées et apocalyptiques. Il part dans les Caraïbes où il rencontre Monsieur Georges, un dandy polonais appelé Comte de Korzeniowski (futur Joseph Conrad) et avec qui il croisera à Marseille le chemin du poète fou, Arthur Rimbaud. Victor va connaître sa part d'ombre, "ces recoins secrets où cohabitent pulsions, authenticité, fascination du beau et du glauque, soif de la vie et proximité de la mort". En apprenant la fin proche de son père, Victor rentre chez lui. Il se marie vite fait à Louise, une fille de son pays, avec laquelle il ne trouve pas le bonheur escompté. Alors il fuit à nouveau et va se réfugier dans un coin paradisiaque en Orient, à Semarang, où il trouve l'amour dans les bras de Mey Lan. A Nantes, Louise a donné naissance à un fils, Rodolphe, qui ne connaîtra jamais son père. Alors qu'il est âgé de dix ans, le garçon apprend la mort de cet inconnu et décide, cinq ans après, de partir sur les traces du disparu.

"Le fils du dragon" est un roman haletant, palpitant, héritier de la scène des romans d'aventures, propres à Conrad, personnage qu'on croise d'ailleurs dans le roman ! L'ombre poétique de Rimbaud flotte, depuis Une saison en enfer à l'homme brisé et malade dans un hôpital de Marseille, très amer et n'écrivant plus de poésie, cet être désespéré qui a "passé l'âge de jouer au cerceau". Outre ces anecdotes croustillantes, le roman fait aussi l'apologie des aventures des mers sur les voiliers, les trois-mâts et autres flibustiers impavides et flamboyants. Ce monde obscur, plongé entre la vie et la mort, sans cesse à repousser les limites, à braver l'anéantissement. C'est en somme une histoire d'hommes perdus, de bordels et d'opium, une histoire de quêtes : d'un homme vers les plaisirs fous, d'un fils vers un père mystérieux, d'un Dragon vers des contrées sans contraintes. C'est tout bonnement exaltant et excitant, ça se lit d'un coup et ça vous récupère votre âme d'enfant et d'aventurier (ou aventurière). C'est le pied !

Le Dilettante