autoportrait_en_vertDécembre 2003. La Garonne menace de déborder de son nid, les habitants sont dans l'attente. Il faut attendre et surveiller. Alors, la narratrice se penche sur ses souvenirs de "femmes en vert" : une jeune femme en short, une femme nichée sous un bananier dans la cour de sa ferme, une ancienne meilleure amie désormais mariée à son père, sa propre mère et une petite fille prénommée Bella, une pendue qui hante la mémoire de son mari et sa nouvelle épouse... Pourquoi sont-elles toutes à la croisée de son chemin ? Pourquoi tout ce vert ?.. Et quelle est cette chose noire et rapide que son entourage aperçoit, mais qu'elle ne voit pas, si ce n'est qu'elle ressent les frissons l'envahir ?

"Autoportrait en vert" de Marie NDiaye n'est pas un devoir d'introspection, ce n'est pas une sincère autobiographie. La narratrice exerce plutôt un travail de conscience entre elle et la couleur verte qu'elle trouve chez les femmes. Elles sont là, quelque part, la preuve de sa propre originalité, elles ornent ses pensées, sa vie souterraine, la boostant pour traverser calmement ces moments d'hébétude, d'ennui profond, de langueur désemparante. Elles sont là, "à la fois êtres réels et figures littéraires sans lesquelles l'âpreté de l'existence me semble racler peau et chair jusqu'à l'os". Mais c'est une histoire complexe et paradoxale, avec des ombres fantomatiques qui traînent leurs chaines dans son récit. Cela n'empêche de se sentir désemparé et perplexe, mais Marie NDiaye est capable d'écrire la plus inepte histoire avec une grâce incomparable (attention, "autoportrait en vert" n'est pas inepte!) - c'est tout bonnement impossible de s'en passer !

Folio