devotionSimon Kolveed a toujours voulu un enfant, et la petite Marion comble tous ses désirs de paternité. Pourtant, au fil du temps, son mariage avec Lucille s'étiole. Le couple se sépare, Simon voit son enfant à petites gouttes. Et un après-midi, alors qu'il avait l'enfant à sa charge, Marion est agressée par un individu. Tout se brise chez cet homme : d'abord le divorce, le droit de garde renié, et une vie vouée à la solitude, à la résignation. Après quinze ans, Simon revoit sa fille, désormais âgée de vingt-cinq ans. La petite fille aux longs cheveux auburn a changé, a grandi. Le père fait face au gouffre et à cette plongée en abîme, insidieusement angoissante, traumatisante.

"Dévotion" est un court roman (150 pages) où l'auteur pose les quatre murs du décor en un tour de main. C'est profondément glauque, situé dans la région lilloise et dans des quartiers populaires laissés à l'abandon. Les personnages non plus ne rayonnent pas : Marion semble avoir grandi un peu brusquement, trop livrée à elle-même. Simon est las de faire face à ses démons, de plus en plus taciturne et mélancolique. Bref, c'est un roman sombre et morose. Il n'en fallait pas plus (de pages) pour miner le moral ! J'ai personnellement éprouvé peu de sympathie pour le personnage de Marion, un peu trop caricaturale d'une nouvelle génération qui se plante en marge des règles de la société actuelle, trop postée dans un accablement travaillé et voulu. En comparaison, je ressentais de la pitié pour son père, Simon, qui est partagé entre la joie de retrouver sa fille (qui n'est plus à l'image du souvenir doré qu'il en avait) et la douleur de la perdre à nouveau. Quinze ans, c'est long. Simon réalise que le temps façonne les êtres : lui dans ses rêveries solitaires, Marion dans son anarchie d'orpheline blessée. Il y a aussi beaucoup trop de silences et de vide à combler, cela semble tellement insurmontable, irrécupérable ! J'avoue, j'étais au bord de la déprime. Je suis sortie de cette "Dévotion" en expirant un bon coup. C'est bien écrit, cependant il faut avoir le moral accroché. Lisez-le si vous êtes une fidèle lectrice/ un fidèle lecteur de Christophe Duffosé !

Denoel