jabes_sophieIl se passe une petite révolution dans ces colonnes, je vais présenter deux livres du même auteur (Sophie Jabès), rien de sensationnel pour l'instant, sauf que ce sont deux livres qui m'ont laissé un sentiment d'incompréhension, de fascination et de dégoût. Vous ne trouvez pas que ça commence à faire beaucoup pour une seule personne ? J'expose mes faits :

Alice, la saucisse : C'est vrai, quoi, c'est dommage que ce livre devienne grotesque car au début c'était plutôt "bien foutu", avec une belle écriture pour souligner toute la sensualité d'Alice, belle personne qui se préoccupe de son corps avec des crèmes et des parfums. Elle est fascinante, Alice. On ne voit qu'elle, dans la rue les garçons tournent la tête sur son passage, ils sont séduits et ne veulent qu'elle... Et puis, Alice a une discussion avec son père qui ne la trouve pas belle, au lieu de cela il lui conseille d'être "gentille" ! Alice s'effondre et se transforme. Elle mange, elle mange. Elle devient une autre, en vrai. C'est une métamorphose entre Kafka et le Truismes de Marie Darrieussecq. C'est donc à ce point crucial ou peu après que tout bascule pour le lecteur, au péril d'abdiquer, car la lecture d'Alice la saucisse s'apparente à une vilaine farce un peu dégoûtante. La nausée est proche ! Enfin, il y a une moralité dans cette histoire : être gentille avec les hommes revient à se faire manger... (A méditer).

Caroline assassine :  Caroline a sept ans et souhaite tuer sa mère car elle l'empêche de lire. La vie à la maison est un enfer, coincée chez les grand-parents, entre une soeur et un frère qui vivent dans leur bulle, une mère absente et irresponsable, qui passe son temps à jouer aux cartes avec ses amies. A la maison, il ne faut pas avouer être juif, il ne faut pas lire, ni se cacher dans les toilettes pour se plonger dans Les Misérables. D'ailleurs, le pavé finit dans la cuvette des wc. En 140 pages, Sophie Jabès dresse son tableau autour d'une gamine pressée d'être instruite mais condamnée à l'ignorance. Pas idiote, Caroline observe les dérapages des siens avec un mélange de candeur et de cynisme qui dresse les poils sur les bras. C'est en gros l'histoire d'un martyr familial, avec des hauts et des bas. La lecture n'est pas franchement emballante, ni complètement mauvaise. Au contraire, et c'est là tout le problème de ce roman. Sophie Jabès avait déjà créé ce sentiment mitigé avec "Alice la saucisse" (son 1er roman). L'univers de l'auteur semble allergique aux bons sentiments, mais alors franchement hostile à la chose. Cependant, ses spectres de mauvais aloi plombent un peu l'ambiance et manquent un peu de bon goût. A méditer encore...

Il y a une bonne nouvelle car il existe un 3ème ouvrage pour boucler cette trilogie de contes romanesques où l'auteur souhaite "exploser nos tabous les plus secrets" (je crois que c'est réussi) : Clitomotrice. Le roman va paraître en format poche, l'occasion pour moi de m'y aventurer car j'avais jusqu'à présent refusé de m'y remettre !  :-)  Vous en pensez quoi, vous ?

caroline_assassinealice_la_saucisseJ'ai Lu nouvelle génération