guillon_arnaudQuelques mots sur la bibliographie d'un auteur, Arnaud Guillon, dont la lecture des romans rappelle un certain Modiano à ses débuts ... Il vient de publier un recueil de nouvelles, Hit-Parade, dont je vais vous parler demain !

15 août : Paris, l'été. Pierre, écrivain de trente-sept ans, rencontre Sacha, également la trentaine, jeune maman qui vit séparée de son compagnon. Plus qu'un coup de foudre, la relation est fragile car elle pousse le narrateur vers cette femme, belle, mystérieuse mais insaisissable. De plus, elle lui rappelle farouchement son ancienne petite amie, Marie. "15 Août" figure parmi mes préférés, essentiellement pour la figure de Sacha, un croisement intelligent entre les blondes héroïnes d'Hitchcock et Audrey Hepburn. La blondeur, le foulard, les lunettes noires et les petites robes seyantes, bref je savoure !

Ecume Palace : De retour en Normandie,  sur les traces de son enfance, le narrateur revient vers Ecume Palace, l'hôtel où il résidait tous les étés avec sa famille. Aujourd'hui on lui apprend que ce lieu va être rasé, forçant ainsi l'homme à se poser sur la mémoire des murs et du lieu de toute une époque. Il se promène pour retrouver un monde qui n'existe plus, qui a grandi et qui a enterré l'enfance et l'insouciance.  C'est un constat difficile pour cet éternel célibataire prisonnier du passé et de ses rêves. Ce roman est très nostalgique, il sonne comme une balade dans les années 60. Toute cette époque est décrite, reproduite,  avec finesse et poésie...

Daisy printemps 69 : Daisy est une jeune anglaise de vingt ans, actrice débutante, qui rencontre dans une librairie le narrateur, Michel, écrivain d'un premier roman "Fin d'été". Michel va être fasciné par la jeune femme, il va la suivre, devenir son ami, son confident. Un troisième acteur, Andrew le photographe, prend place dans l'histoire, et c'est un tourbillon de la vie qui commence. Il s'agit du tout 1er roman de l'auteur, assez amer et désolé, au style hélas plombant, qui sert une histoire tristounette. C'est loin d'être son meilleur ! Malgré le décor printanier de "Daisy, printemps 69", ça ressemble plus au poème de Verlaine : "Les sanglots longs des violons de l'automne blessent mon coeur d'une langueur monotone. Tout suffocant et blême quand sonne l'heure je me souviens des jours anciens et je pleure. Et je m'en vais au vent mauvais qui m'emporte deça delà pareille à la feuille morte." - ça résume tout ! Dommage.

Près du corps : Dans une villa en bord de mer, Daddy (le grand-père de 91 ans) vient de mourir. La famille est réunie pour une ultime fois, coincée dans cette grande maison aux volets fermés, en pleine canicule. C'est l'occasion pour le narrateur de se rappeler les bons moments passés dans ce lieu inoubliable, avec ses cousins, et de prendre ainsi conscience du poids que le temps trace en filant comme l'éclair... C'est un album de souvenirs qui se feuillette, en couleur sépia, dans une grande maison où des corps explosent de vie dans la mer, à deux pas de là.  "Près du corps" a l'odeur d'eau de cologne retrouvée au fond d'un placard, ou le bruissement du vent dans les arbres, des mots qui se chuchotent, des confessions qu'on dévoile une première et dernière fois. C'est un univers clos, un microcosme rempli de photos jaunies, de rires d'enfants et de sanglots étouffés.

  • Près du corps sort très prochainement en poche chez Pocket !

(Les premiers romans d'Arnaud Guillon ont été publiés chez Arléa, depuis Près du corps il est chez Plon.)