hit_paradeLa vie est ainsi faite qu'on garde toujours en mémoire des petits et grands instants parce que, par exemple, une chanson vous rappelle ce moment sacré, fouillant dans vos entrailles, pour votre mettre au pied du mur des souvenirs.

Arnaud Guillon est le jeune écrivain devenu "expert" en la matière, depuis ses premiers romans (Ecume Palace, 15 Août, Près du corps), il cultive la nostalgie qu'inspire toute réminiscence. Avec Hit-Parade, il s'inscrit pour la première fois à l'exercice laborieux de la nouvelle. Mais quand on sait qu'il était habitué aux petites histoires sensibles et délicates, on se doute que sa copie ne peut qu'être encourageante et remplie de ce charme suranné, autant d'effets de style qui sont désormais SON style.

Dans les 6 nouvelles, les personnages ressentent le flot des souvenirs leur tomber sur les épaules, car ils se trouvent soudainement plongés en arrière, dans un appartement fréquenté durant leur adolescence, à jamais associée aux notes de Jean Ferrat, ou un couple au bord de la rupture peut dédier à Françoise Hardy d'avoir été la coordinatrice secrète du début et de la fin de leur histoire. Il y a finalement dans "Les plus jolis pieds du monde" un hommage aux Beatles à travers les pensées rêveuses du narrateur, absorbé par son "Abbey Road" et la célèbre photo d'un 8 août 1969. Les autres nouvelles portent des tributs plus discrets, ou teintés d'humour léger, comme dans "Milano Centrale" où "life on Mars?" est "à jamais associé à l'un des épisodes les plus absurdes de ma vie".

Ainsi va la plume d'Arnaud Guillon, toujours au plus près de la nostalgie, des émotions léchées, du temps passé et des trémolos dans la gorge, c'est un peu trop mélo dans un texte en particulier ("Le chagrin d'une vie"), mais c'est dans l'ensemble d'une grande maîtrise dans l'élégance, dans le toujours trop-peu, jamais-assez. Le texte qui commence ce livre, "Blanc comme l'oubli", est tellement bouleversant qu'on aimerait un roman complet rien qu'avec cette idée !

Plon