dans_les_rapidesElles sont trois copines, Lise, Marie et Nina, elles ont 15 ans et grandissent au Havre.
Elles se sont connues en cours d'aviron. Elles laissent filer les jours comme l'eau qu'elles brassent dans le froid tous les mercredis après-midis.
Nous sommes en 1978.
Un Dimanche pluvieux, elles sont prises en stop dans une R16 pistache et là c'est le choc : "déboule une voix de fille, une voix de fille qui sonne comme une voix de fille justement, une voix qui chante vite, et fort, et vite et fort et vite". Blondie !
Les trois filles vont courir acheter le disque, le passer en boucle en se pâmant sur cette voix, cette personnalité, ce culot de fille leader d'un groupe de mecs. C'est la rencontre du rock, du mot "rock" et ce qu'il implique.
Comme Blondie, les filles aussi vont partir à New York et conquérir leur liberté !

"Dans les rapides" est un roman qu'on lit les cheveux au vent, avec la nostalgie euphorisante de se baigner dans les beaux jours de la fin des 70s et à l'aube des 80s.
C'est l'hymne de la jeunesse, d'une volonté de prendre l'instant présent à bras le corps, de croire en ses rêves et de suivre son étoile.
C'est aussi la figure époustouflante de Debbie Harry, la blonde icône du groupe Blondie, une image glamour et une présence étincelante. Blondie fascine, elle ouvre une porte à ces trois adolescentes vers une vie rock. "Ce n'est pas gravé sur les disques, ce n'est pas imprimé dans les livres. Une épithète consubstantielle, un attribut physique comme être blonde, nerveux, hypocondriaque, debout. Rock rock rock. Le mot est gros comme un poing et rond comme un caillou. (...) Etre rock. Etre ce qu'on veut."
Et puis viendra "la petite voix, le filet d'or, le bijou du pendentif sur la gorge du rossignol", Kate Bush et l'album "the kick inside". Nina se détache, amoureuse et conquise par cet autre aspect de la "féminitude", plus romantique, plus douce.
Avec son style syncopé, son écriture débraillée et sa gouaille de rockeuse, Maylis de Kerangal file le vent en poupe à son histoire qui commence presque par "il était une fois" et qui clame en musique la passion d'une époque, d'une griffe et d'un genre révolutionnaire.
C'est tout l'esprit d'une jeunesse en province, désenchantée et exubérante, qui nous rappelle de beaux moments et quand on finit le livre, on se dit "déjà !?" avec dépit, mais réconfortée d'avoir passé quelques heures lumineuses, et inoubliables !

Naïve