52_seconde_vieC'est foisonnant, ce livre ! On y retrouve les personnages fétiches de Geneviève Brisac : Nouk, Berg, Melissa Scholtès (la pédiatre), Norbert, Carlotta Donizetti et on y croise Zénon Elytis, les soeurs Rosa et Akka, Mona, Retsinè et son fils Nils.
Leurs petites aventures défilent en 3,4 pages en une comédie douce-amère qui s'étend sur plus de 300 pages.
En fait, le livre "52 ou la seconde vie" pourrait se lire en une année, car Geneviève Brisac a décidé d'écrire 52 histoires, une pour chaque semaine de l'année !
Il y en a des très légères, des cocasses, des mordantes, des chutes vertigineuses. Et il y a aussi ces semblants d'instants de vie, des clichés de notre quotidien, des observations sur les fumeurs, le vote, le football, la maternité, sur Marguerite Duras aussi !

D'habitude, les romans où l'on suit le personnage de Nouk sont beaucoup plus attachants, et l'expérience du recueil de nouvelles ("Pour qui vous prenez-vous") avait eu un effet déstabilisant, de quoi rendre perplexe.
On pourrait penser que c'est une nouvelle fois le dilemme, car on se rapproche du recueil de nouvelles avec ces 52 scènes variables, et pourtant l'impression est dépassée. C'est d'ailleurs l'étiquette "roman" qui est apposée sous le titre en couverture. Et vous constaterez la nuance, en appréciant ce tempo frétillant, changeant. Jamais l'ennui ne pointe, on garde toujours nos personnages, avec leurs délires, leurs folies, leurs phobies, et jamais on ne s'enfonce dans la lassitude ou le danger de la répétition. C'est sans cesse vif et impertinent !

Nouk vit avec Berg mais doute de leur amour. Melissa est terrorisée par les mariages et vivre avec Norbert l'angoisse tout autant que gérer deux femmes de ménage. Carlotta aime un homme à distance, qui lui parle sans cesse d'un cerf-volant et d'une ficelle, et lui envoie un colis qui soulève la curiosité de ses collègues de travail. Retsinè est tétanisée par son rôle de mère, s'interroge sur l'avenir de son fils et peste d'être 13 à table, chiffre maudit ! Mais les filles en rient au café, autour d'une tasse de thé blanc, a las cinco de la tarde, et pointent le doigt sur un tract de Cambridge : The advantages of being a woman artist.
Comme toujours, on reconnaît l'esprit intuitif de Geneviève Brisac, sa fausse légèreté, son humour dévastateur, son regard acéré, ses rêves, ses envies de contes enchantés (et désenchantés), ses influences marquées pour Virginia Woolf, son érudition et son penchant vers une littérature anglo-saxonne fort honorable. Quand on connaît l'auteur, il n'y a aucun doute sur l'intérêt de ce nouveau livre : c'est indispensable. Pour ceux que ça séduit, n'hésitez pas aussi à piocher dans ses précédents romans, parus en poche, pour vous familiariser avec son univers.

L'Olivier