20/02/07

Les choses de la vie (1969)

piccoli_choses_vieUn grave accident de voiture vient d'avoir lieu. Un homme se trouve entre la vie et la mort. Plongé dans son semi-coma, Pierre pense et revoit par flashes successifs les plus belles séquences de sa vie.
Tout commence par son histoire d'amour avec la ravissante Hélène, avec laquelle il a décidé de tout quitter pour partir en Tunisie. Mais Hélène est entière, elle veut son homme pour elle toute seule, elle attend de son amour qu'il lui soit totalement dédié.
Pourtant, c'est difficile car Pierre a une autre vie, une autre femme, Catherine, avec qui il a eu un fils. Leur vie conjugale coulait sans heurts, avec des vacances idylliques dans leur maison sur l'île de Ré. Et puis, il y a eu la rencontre avec Hélène...

Tout au long du film, on sent cet homme accablé, oppressé par sa vie dans lequel il semble largué. Regrette-t-il sa vie auprès de Catherine ? Pense-t-il passer à côté de l'éducation de son fils, aujourd'hui jeune homme brillant et inventif ? Et Hélène, l'aime-t-il encore passionnément, après leur coup de foudre ? Est-il prêt à quitter la France pour une nouvelle vie en Tunisie ? Tient-il rancune à son père d'avoir abandonné la maison alors qu'il n'était qu'un enfant ? ... Ces chapitres sont alternés par la scène de l'accident, un moment violent, fracassant, que la caméra a filmé avec lenteur, mais sans voyeurisme déplacé.

romy_choses_de_la_vieLa vie de Pierre est faite de ces petites "choses de la vie" qui font décidément un tout, un poids lourd et accablant. Le film de Claude Sautet trace le portrait d'un homme ordinaire, pris entre mille feux. C'est Michel Piccoli qui interprète Pierre avec une sensibilité rare, une exactitude confondante. Il retrouve sur ce tournage son amie Romy Schneider, avec laquelle une grande complicité existe depuis quatre ans.

Romy sort d'un gros succès ("La piscine") qui a eu l'effet de relancer sa carrière dans un registre neuf, révélant sa réelle capacité dramatique. En 1969, Sautet rencontre l'actrice et décide de la mettre en valeur comme jamais : il lui conseille de tirer ses cheveux en arrière afin de mettre en pleine lumière l'expression de son visage et aussi de parler plus bas pour mieux moduler la musique de sa voix. L'osmose entre Romy et le réalisateur est magique, le souci de perfection étant un de leurs points communs, tout deux se comprennent aussitôt. (Deux ans plus tard, ils se retrouvent pour le film "Max et les ferrailleurs", et trois autres films suivront.)

romy_choses_de_la_vie_4"Les Choses de la vie" imposera définitivement Romy Schneider comme l'égérie radieuse des seventies naissantes. Son personnage d'Hélène demeurera l'un des rôles les plus marquants, le public assimilant rapidement cette femme amoureuse, volontaire et indépendante à la figure de Romy (hélas, au moment du tournage, son couple battait de l'aile et Romy noyait son chagrin dans l'alcool, mais c'est une anedocte qui sera connue plus tard, pour l'heure Romy incarnait la grâce et l'élégance, un caractère trempé, un soupçon romantique, bref une passionnée !).

Il ne faut pas oublier de voir et revoir ce film, absolument poignant, émouvant, où les acteurs sont troublants de sincérité, dont l'italienne Léa Massari que j'ai trouvée époustouflante. Inoubliable aussi, la musique de Philippe Sarde... (Un détail m'a toutefois marquée : la grande consommation de cigarettes au cours de ces 80 minutes de film ! C'est impressionnant.)

Les Choses de la Vie, film de Claude Sautet (1969) - avec Michel Piccoli et Romy Schneider

Posté par clarabel76 à 14:00:00 - - Commentaires [21] - Permalien [#]


La biographe - Evelyne Bloch-Dano

la_biographeL'idée est partie du film "La passante du Sans-Souci" avec Romy Schneider qui interprète une allemande qui sauve un enfant juif, puis l'épouse de ce rescapé. C'est un film qui fut important pour l'actrice, une autre façon pour elle de régler ses vieux démons et la réponse à une grande question : "comment peut-on être allemande ?".
En fait, Romy Schneider appartient à cette génération née trop tard ou trop tôt et qui doit se dépatouiller des agissements de leurs parents (qui, eux, ont pris le parti de se laver les mains et cultiver le silence pour aller de l'avant). La mère de Romy, particulièrement, a été une courtisane d'Hitler, soupçonnée même d'en avoir été la maîtresse, mais ceci ne sera découvert que tardivement et un peu abruptement par l'actrice.
Normal de se sentir estomaquée, oppressée et soucieuse de bien faire pour effacer l'ardoise.

Evelyne Bloch-Dano nous raconte ce parcours du combattant dans "La biographe". C'est elle, cette biographe, grande enquêtrice des âmes féminines comme Madame Zola, Flora Tristan et Madame Proust. Avec ce film, elle s'aperçoit d'un seul coup qu'elle se sent plus proche de Romy Schneider qu'elle ne s'était imaginée. Le rôle, la vie, le parcours de l'actrice la renvoient à un passé plus intime, plus vibrant de sa propre famille, allemande et juive. A son tour de se poser la question : "Comment peut-on être juive allemande ?".

C'est un constat qui lui donne le frisson. Avec pudeur, comme pour marcher sur des coquilles d'oeufs, Evelyne Bloch-Dano remonte le fil de l'Histoire, la petite et la grande, celle de sa famille, celle de Romy Schneider. Et ce portrait enchâssé donne une lecture prenante de femmes et de familles empêtrées dans des affaires d'identité, de construction de soi (ou de reconstruction), et fatalement d'auto-destruction pour l'une et de dévoilement pour l'autre. "Cet indicible qui nous lie", écrit-elle. Honnêtement, "La biographe" délivre un message déchirant et sans pathos exacerbé. Simplement sublime.

Grasset

Posté par clarabel76 à 06:45:00 - - Commentaires [14] - Permalien [#]