la_vie_voyageuseAriane travaille pour la revue L'Archiviste, spécialisée dans la recherche généalogique ("La généalogie est un vice que j'ai dans le sang depuis l'enfance..."). Elle enquête sur le puzzle des origines d'autrui, jusqu'au jour où sa tante Jeanne la charge de retrouver l'éphémère et secret amour de sa jeunesse guindée. Ariane s'embarque dans "une vie voyageuse" qui la conduira à Barcelone, à Vals-les-Bains et au Havre... en route, elle voit remonter à la surface un autre mirage sentimental, la figure de Marc, son amour perdu, évadé, son fantôme parti en mer, dont elle espère secrètement le retour, malgré la rupture.

Ce livre est une quête intime et familiale. Avec son goût des archives et des registres poussiéreux, Ariane semble préférer la vie fantasmée à la quête du terrain. C'est extraordinaire de sa part d'accepter la mission de sa tante, peut-être y voit-elle sans l'admettre la possibilité d'affronter ses chimères.
J'aime beaucoup ce qu'en dit la note d'éditeur : "Maylis de Kerangal a écrit un livre d'aventures de l'intime. Elle nous fait partager une errance identitaire qui évoque la géographie sentimentale de certains films d'Antonioni"... Cela correspond à la virgule près aux émotions ressenties de cette lecture. C'est profond, avec une touche personnelle, aux trousses d'une personnalité fragile et délicate.
Je suis définitivement conquise par le style de Maylis de Kerangal, déjà apprécié dans des récentes parutions ("Ni fleurs ni couronnes", "Dans les rapides"). C'est une écriture qui mêle le secret aux souvenirs, dans son histoire de "la vie voyageuse" elle unie le présent au passé, elle enclave les moments d'aujourd'hui et d'hier, les spectres d'Ignacio Torres, de Marc et de la tante Jeanne... Ariane roule vers l'inconnu, fait des rencontres, frissonne, s'évanouit, se perd mais, paradoxalement, elle prend pied dans la réalité. Enfin, pourrait-on conclure.
Bref, c'est très bon, une valeur de plus en plus sûre !

Verticales - 159 pages - 2003