03/03/07

La pochothèque du mois de Mars (En poche ! #3)

... Et une sélection de titres parus en format poche (idéal pour les budgets et pour trimballer dans son sac à main !) :

petite_trotteuseAnne est mystérieuse. Que fait-elle dans la vie ? Elle visite des maisons ! C'est sa trentième villa, elle se situe au bord de la mer, avec les volets clos et désertée de ses occupants. Avant de se rendre à son rendez-vous, Anne séjourne dans un hôtel tenu par une mère et sa fille, un couple attachant, entouré d'ombres également. Anne semble d'ailleurs être fascinée par leurs activités nocturnes, elle épie les silhouettes, les bruits et elle pense à des tas de choses. A l'hôtel elle rencontre également un homme qui laisse la porte de sa chambre toujours ouverte, où elle s'y faufile discrètement pour cerner le personnage. Et c'est finalement avec lui qu'elle va visiter la villa. En fait, Anne ne compte pas acheter de maison. Elle visite, demande à rester plusieurs heures seule pour s'imprégner des murs. Mais cela va au-delà, car aussitôt les souvenirs affluent, la nostalgie d'un passé - une enfance née avec la guerre, des parents éteints, absents, déjà partis... De son père mort, Anne a hérité une montre dont le tic-tac réveille des émotions assoupies et sonne un rappel vers le passé entouré de secrets, encore une fois. Ce sont ces résurgences, embriquées à l'instant présent, qui ponctuent cette histoire.
Il y a cette belle citation : "L'esprit des murs ressemble parfois à un miroir imaginaire où vacille le reflet éteint du passé". Elle résume en gros l'esprit du livre, elle aussi. "La petite trotteuse" est un roman intimiste, avis aux amateurs. L'ambiance est ouatée, sucrée, pleine d'arcanes, de pas feutrés, de suppositions, de questions et de longues interrogations sur la personnalité d'un père, d'une mère et de soi-même au milieu de ces spectres. Ceci est un beau roman qui me passionne, tout personnellement.  La petite trotteuse, Michèle Lesbre (folio)

 


 

harraga"Harraga" signifie "brûleur de routes", celui qui part de son pays pour un ailleurs plus mirifique. L'harraga devient un exilé de son plein gré, qui quitte ainsi sa famille, sa ville ou son village. Les "harragas" sont prêts à tous les riques pour atteindre l'eldorado et fuir l'Algérie qui saigne, souffre et n'offre plus rien. Surtout plus de rêves. L'héroïne de ce roman en sait quelque chose, d'abord son frère Sofiane a tout quitté pour l'ouest et "brûler la route". Lui aussi est un harraga mais il ne donne aucune nouvelle, et est-ce un message la visite de Chérifa, une jeune fille de seize ans, enceinte jusqu'aux dents ? Sofiane l'envoie chez sa soeur pour qu'elle y soit protégé. Mais Lamia, elle, a trente-cinq ans, elle est docteur en pédiatrie, elle vit seule dans sa grande maison hantée par les fantômes du passé, et d'elle on peut facilement dire que c'est une vieille fille méchante, grincheuse et vilaine. Jalouse aussi de la pétulance de Chérifa qui déboule chez elle, chamboule ses habitudes et lui renvoie à la face sa cruelle solitude et le vide de son existence. Entre elles deux, la cohabitation est difficile, Lamia mène la vie dure mais finalement elle s'attache à la jeune fille. Sauf qu'un jour, celle-ci aussi part et ne donne plus de nouvelles !

Et il s'en passe encore dans ce foisonnant roman, mais je me garde d'en dire davantage! C'est exaltant, passionnant, ça raconte du vrai, du beau, du touchant et ça met en décor une Algérie réaliste, tenaillée par l'islam nouveau, ses rigueurs et ses inepties. J'ai du mal à croire qu'un homme puisse être l'auteur de pareil roman ! Boualem Sansal s'est mis dans la peau d'une femme "aigrie, intolérante, méchante, querelleuse, intempestive mais romantique" - Lamia est tout ça et à la fois elle reste attendrissante, touchante et attachante. Elle dit les choses vraies, elle est cynique et franche, drôle aussi. C'est un beau portrait de femme. Et puis, son amour pour sa maison fait aussi partie d'elle. Ses fantômes, son voisinage, sa solitude cultivée avec minutie et jalousie... C'est une femme complètement seule, abandonnée par ses parents, ses frères, sans nouvelles du seul survivant de la fatrie. Normal qu'elle s'accroche à la Chérifa comme à une bouée ! Il y a dans le roman un instinct de survie qui concerne les clandestins, mais aussi les femmes d'Algérie. "Harraga" rend une très honorable peinture à tout ce petit monde. De la poésie aussi teinte l'écriture de Boualem Sansal... Pour une première approche de l'univers de cet auteur, je suis éblouie, complètement séduite! Harraga, Boualem Sansal (folio)

 


 

 

 

couple_ordinaireBenjamin et Béatrice sont mariés et parents d'une petite Marion. Il est pharmacien, elle écrit des livres pour enfants. Un jour, en achetant une table basse pour le salon, l'esprit de Benjamin décroche - il se sent creux, vide à l'intérieur. Et du coup les rapports du couple se déglinguent. Ou plutôt le déclic a lieu : Benjamin ressent l'oppression que lui fait subir son épouse. Car sous des semblants de femme intelligente, belle et modèle, Béatrice se révèle totalitaire, tyrannique ! Dans son couple, elle agit en supérieur hiérarchique, use des larmes et du chantage pour faire vaciller son homme. De son côté, Benjamin est un type simple, pas mauvais, assez nonchalant et facile à vivre. Mais Béatrice en veut plus : une ascencion sociale, une vie sexuelle active, une communication permanente entre eux deux, l'affirmation de son compagnon. C'est trop pour un seul homme !

Attention : livre dangereux ! Cette histoire est un cliché de votre vie, de votre couple. Le portrait est effrayant d'authenticité, on a du mal à l'admettre. Il montre les détails du "couple ordinaire", dans son amour, sa lassitude, son quotidien et sa longévité. Toutefois, il faut reconnaître que le personnage de Béatrice est fort, poussé très loin dans les limites du supportable. Cette femme est démoniaque et machiavélique, mais elle accroche notre intérêt. L'auteur a réussi là un coup de maître (s'attacher à pareille harpie, du jamais vu !). A noter que ce roman n'est ni un guide de survie, ni une invitation au divorce - c'est une peinture actuelle, terrible, froide et fatale, dans laquelle on se retrouve, aussi bien chez la femme ou chez l'homme ! Et toc. Un couple ordinaire, Isabelle Minière (le livre de poche)

 


 

 

 

insecteLe court colle au style caustique et insolent de Claire Castillon. "Insecte" était son tout 1er recueil de nouvelles, avec 19 textes basés sur les rapports entre mère et fille. Un lien très vicieux, sulfureux et au goût amer. Se mêlent des sentiments divers : le copinage, la connivence, la confidence, et la haine, l'agacement, l'énervement, le dégoût !
Dès la première histoire, "J'avais dit une", l'ambiance est là. Une femme, très amoureuse de son mari, accepte de lui "faire" un enfant, mais un seul, et à condition que ce soit une fille. Or, elle accouche de jumelles !
Au fur et à mesure qu'on avance dans le livre, un autre électron se faufile sous les mauvais auspices de la maladie. Très vite, cela devient indissociable. Une fille est agacée du cancer de sa mère, une mère ne supporte plus sa fille "noeud-noeud", une autre gave son enfant de médicaments pour la rendre "super - opérationnelle", une fille place sa mère en institut, une autre attend le retour de sa progéniture pour mourir... On y perd son latin !
Claire Castillon pousse très loin dans les clichés mais, connaissant son univers, c'est imparable ! Elle est méchante, cruelle, injuste et mauvaise, mais quel plaisir à lire tout cela ! Claire Castillon a de plus le génie de la nouvelle avec un art de la chute fort honorable !  Insecte, Claire Castillon (le livre de poche)

 


 

sangliersDes sept nouvelles comprises dans "Les sangliers", j'ai halluciné en ouvrant la première page : "Le clignotant".. ou comment envisage-t-on de se faire "élire" par le futur/éventuel/potentiel embryon en tant que "bons parents". Du moins, je le pense, à moins que... Car c'est l'une des principales qualités de Véronique Bizot, elle écrit des petites histoires en apparence toutes simples, et pourtant elles donnent l'impression d'avoir la berlue. On n'y comprend pas à l'instant la portée, le lieu, les personnages, et leurs divagations. Cela donne à penser qu'on flotte en pleine quatrième dimension tellement le contenu des sept nouvelles est opaque, laisse perplexe et plombe l'entendement. "Pauline au téléphone" et "Danton" sont également deux bons crus du lot. Bref, déroûtant, déconcertant, d'une banale platitude et certaine amertume, et pourtant... l'ensemble surprend ! Aussi pour conclure, comme dirait l'auteur : "pour la fiction je ne crains personne" ! Les sangliers, Véronique Bizot (le livre de poche)

 


 

 

 

pres_du_corpsDans une villa en bord de mer, Daddy (le grand-père de 91 ans) vient de mourir. La famille est réunie pour une ultime fois, coincée dans cette grande maison aux volets fermés, en pleine canicule. C'est l'occasion pour le narrateur de se rappeler les bons moments passés dans ce lieu inoubliable, avec ses cousins, et de prendre ainsi conscience du poids que le temps trace en filant comme l'éclair... C'est un album de souvenirs qui se feuillette, en couleur sépia, dans une grande maison où d'autres corps explosent de vie dans la mer, à deux pas de là. "Près du corps" a l'odeur d'eau de cologne retrouvée au fond d'un placard, ou le bruissement du vent dans les arbres, des mots qui se chuchotent, des confessions qu'on dévoile une première et dernière fois. C'est un univers clos, un microcosme rempli de photos jaunies, de rires d'enfants et de sanglots étouffés.  Près du corps, Arnaud Guillon (pocket)

 


 

Ceci est juste une sélection de titres déjà lus... D'autres suivront dans le courant du mois. A signaler aussi que le mois de Mars salue la parution en poche d'autres très bons romans (occultés dans cette liste). A suivre !

Posté par clarabel76 à 08:00:00 - - Commentaires [28] - Permalien [#]