13 mars 2007
Des nouvelles qui font du bien !
Voici un petit livre tout à fait appréciable, à lire en deux coups de cuillère à pot, miam ! Pratique, efficace, divertissant. Il est composé d'une galerie de portraits percutants et plutôt originaux, depuis Josiane, 47 ans, éternelle célibataire et qui commence à s'en mordre les doigts, pitié Sainte Rita, faites quelque chose pour elle !... On passe ensuite à Monsieur Bernard, commerçant prospère d'une boutique d'Un peu de tout, mais qui serre les cordons de sa bourse en attendant de bâtir la maison de ses rêves, avec dix chambres et trois tourelles, attentif au moindre détail, un peu trop vigilant, prenez garde Monsieur Bernard, ça peut sentir le gaz !... On n'oublie pas le portrait d'un couple au bout de "Dix ans de mariage", un coup qui bâille mais s'éparpille dans leurs soirées mondaines, le type qui se croit tout permis et sa douce qui n'en loupe pas une... Aïe ! Un peu de tendresse avec les deux histoires "Le chat" et "L'enclave" : dans la dernière, une vieille femme se réconforte de rester bien au chaud chez elle, bien loin de toutes "ces vies gâchées, ces horreurs, tout ce qui manque et va de pair avec la modernité" ! Portrait très réaliste !
En quelques 110 pages, on apprécie avec douceur ces tableaux qui ne manquent jamais de mordant, ni d'humour et encore moins d'amitié et d'amour. La causticité de Claire Wolniewicz est chic, parfois il aurait été même intéressant de pousser davantage dans leurs retranchements les personnages de ces petites histoires. Mais bon, c'est déjà très bien et surtout cela offre un bon petit moment de lecture. Très léger, tout ça ! C'est bien.
Pocket - 110 pages
- Prix de la Petite Edition 2006 sur Zazieweb (ce livre avait été publié chez Finitude)
La honte, c'est un coup de scalpel, une plaie qui s'ouvre, le sang qui monte au visage, brûle le front et les joues. La respiration et le cœur s'affolent. Une lourdeur insupportable, un recroquevillé général de soi et, comme une pieuvre qui vous fondrait dessus, une solitude atroce. Le temps s'arrête et nous sommes nus devant l'univers qui ricane. Qui n'a pas connu ça ?
Ce n'est pas moi qui le dis, c'est l'auteur. Charles Gancel nous renouvelle le miracle du recueil de nouvelles en offrant à travers 10 exemples des situations totalement désopilantes.
Personnellement, je crois que l'histoire "Chouquette" qui ouvre ce recueil est la plus percutante et à pleurer de rire un peu jaune. Chouquette est une tortue minuscule qui a été offerte à une jeune fille pour son anniversaire, un petit repas est donné qui réunit la famille et le petit ami de la demoiselle, or c'est le gueuleton qui vire en joutes oratoires sur fond de convictions politiques et sociales... la tournure de la journée vaut son pesant d'or !
Les autres histoires, étrangement, n'ont plus le même poids. Il y a bien quelques-unes sympathiques et poilantes (God ou Le script par exemple) mais aussi surprenant que celui puisse paraître, les situations souvent racontées dans ces nouvelles ont un peu goût à vous glacer le sang (l'histoire du type qui perd la boule et envoie son poing dans la figure de sa femme, l'oncle incestueux, la bêtise insupportable de l'arrogant, ou le jeune lad et son cheval qui meurt dans sa m**de...).
J'ai un peu trouvé qu'on s'échappait du domaine du drôle pour mettre en situations des scènes où la honte est pire qu'une gêne, elle vous sidère, vous force à chercher un terrier, ou vous semble si pathétique qu'on hésite à en rire.
Dans son 1er recueil (Les Oeufs), Charles Gancel avait été époustouflant et pince-sans-rire. Cette fois-ci, il nous offre un nouveau panel de circonstances cocasses et dérangeantes, à travers lesquelles le comique n'est plus de mise. Avec son titre "Scalpels", il annonce clairement son intention d'être tranchant et radical. Tantôt, ça fonctionne à merveille, tantôt on grince des dents... mais c'est vrai qu'on oublierait presque c'est tout ça, la honte, aussi. Du rire, du malaise, de la déconvenue, du repentir... Buchet Chastel, 180 pages.
- Le coup d'oeil de Tamara
MON AVIS SUR LES OEUFS : Ce recueil, particulièrement corrosif et jubilatoire, nous entraîne dans l'univers de l'entreprise avec sa hiérarchie, son pouvoir, ses ambitions et ses coups bas. Tour à tour, les nouvelles sont surprenantes : comparer les hommes d'affaires à des étalons en rut, portraiturer une jeune employée de banque qui préfère démissionner de peur de se dépraver dans d'obscurs rendez-vous du vendredi soir dans le cagibi de l'imprimante, ou suivre un président harcelé par un mystérieux corbeau poète... Autant d'histoires cocasses, comiques et cruellement jouissives.
Le regard de l'auteur n'épargne personne. Sa fonction de dirigeant d'un cabinet de travail spécialisé dans l'intégration culturelle des grandes entreprises internationales expliquerait son acuité à dépeindre le monde de l'entreprise avec autant de détachement. C'est gentiment moqueur et pervers.
Revisitez le monde du pouvoir, du métier, des entreprises à travers le regard de Charles Gancel, votre vision en sera métamorphosée. Agréablement surprenant, bien écrit, "Les oeufs" rassemble des nouvelles percutantes. A lire.
Commentaires
J'avais beaucoup aimé ce petit texte de Claire Wolniewicz qui m'avait transporté. J'avais trouvé une force certaine dans ces petites nouvelles.
Et puis le titre est attirant... Sainte Rita, priez pour nous !!! :))
Belle rencontre, c'est sûr !
Miam, moi qui aime les nouvelles, je n'ai plus qu'à faire mon choix, merci Clara !
Je crois que je l'ai quelque part, Sainte Rita, mais où ?...
Quant à Charles Gancel, à force de lire Tamara vanter ses oeufs, il est fermement noté ;o))
C'est vrai que "Les Oeufs", c'est délicieux ! :)
Pareille pour notre Sainte Rita, à découvrir !!!!
HA, merci Clarabel de renforcer mon avis (certaines que je ne nommerai pas me soupçonnaient d'avoir M. Gancel pour mari à force d'encenser ses Oeufs ! ;-))
Je note CLaire W. pour ma part...
Tu as vu ce matin, Olivia de Lamberterie a parlé des Vieilles Peaux... Je me demande si elle ne lit pas ton blog pour faire ses chroniques !!! ;-)
Hihihi !!! J'ai vu ça aussi !
Oh non, Madame est bien au-dessus de tout ça, je l'imagine déjà ... "c'est quoi ce truc" !!! :D :D Ha Ha Ha !
Non mais je suis un peu vache, désolée, mais je l'aime bien ! C'est dingue... :))
De rien pour le Ch. Gancel, j'ai sauté sur mon cheval blanc et me voilà, Dame Tamara !!! ;o)
Ste Rita, patronne des causes désespérées, j'avais bien aimé (surtout la première nouvelle), quant aux oeufs, à force d'en entendre parler, je vais les mettre dans mon panier ! :)
Il ne me reste plus qu'à noter ces trois références ;-)
C'est l'antre de la tentation ici!!!
L'histoire de Josiane aussi m'avait beaucoup plu aussi, cela démarrait pas mal du tout !... La suite aussi promet, mais Josiane !!!... ;))
Katell, désolée... J'ai déjà été convoquée par un tribunal à cause de toutes ces tentations, mais j'ai plaidé non-coupable !
HONTE
Merci pour tous ces commentaires positifs. C'est vrai, Scalpels est parti sur une ou deux histoires qui font sourire, mais en posant la question, autour de moi, j'ai aussi reçu des témoignages dramatiques. Il fallait aussi les respecter et les romancer en gardant l'émotion intacte. Ces blessures qui ne cicatrisent jamais ont quelque chose de terrible et de magnifique. Elles sont comme des lignes de fracture, dans la vie.
J'ai ouvert un blog, il y quelques mois. Vous pouvez y laisser des commentaires.
Bien à vous tous,
www.charlesgancel.com
Merci M'sieur Gancel, et nous acceptons l'invitation ! :)
Oui, et bien cliquez ! ça vaut le coup ! Par exemple "chouquette" est "en libre distribution"... :)
Suivez mon regard...

