des_filles_qui_dansentC'est d'abord le parcours d'un jeune garçon qui souhaite échapper "à sa condition de plouc" en quittant le foyer familial pour étudier à Nantes où son désarroi l'enfonce de plus en plus dans un hébétement proche de l'être rustre et sauvage qu'il incarne. Il reste seul dans son coin, nage des heures, se taille un corps d'apollon, mais en façade il demeure le "pécore" de service, dénigré par ces jeunes branchés de la classe bourgeoise.
Et puis, l'été il débarque à La Baule pour travailler comme barman dans un club privé. Il y rencontre les mères de ceux qui le méprisaient dans l'année, des femmes désoeuvrées qui perdent leur journée sur un transat avec un verre à la main, des épouses lasses et délaissées qui s'offrent du bon temps avec un jeunot de passage... C'est ainsi, la valse des genres et des conditions. Mais quand Jérôme pense trouver l'Amour véritable, il se fait renvoyer en pleine figure son rang modeste. Briéron de naissance, petit joueur pour l'Eternité. Chacun sa place, lui tanne la famille Chalaffre.
Ainsi court le roman doux-amer de Stéphane Hoffman, sur une chronique sentimentale qui nous emmène à La Baule dans le flou des années 80. L'écriture est sèche, désabusée mais persifleuse. C'est un vrai plaisir à lire, ce roman s'apprécie dès les premiers rayons de soleil et doit se prescrire pour vos vacances, à lire sur un transat ! Et d'un oeil malicieux, le sourire collé aux lèvres, vous tournerez la tête vers ces filles qui dansent et ces garçons qui n'en perdent pas une miette...  Albin Michel, 230 pages.

Autant vous dire, aussi, que c'est Katherine Pancol qui en parle le mieux :

Sinon, j'ai lu UN livre ! D'habitude, quand j'écris, je ne lis jamais. Ou des bouts de… des bouts de poèmes, des bouts de romans que j'ai lus cent fois, et même des bouts de prospectus de dentifrice ou de chaîne Hi-fi….
Je suis concentrée genre barre de fer, sur mon ouvrage et personne ne peut m'approcher. Sinon je dégaine et assomme !
Impossible de me distraire, impossible de lire ou alors lors d'un long, long voyage en train.
Or ne voilà ty pas que l'autre soir, j'attrape un livre au hasard sur la pile qui vacille près de mon lit.
Une belle couverture, un beau titre "Des filles qui dansent" (éditions Albin Michel) et je me lance… Je me dis je vais lire une demi-heure juste avant de m'endormir.
Il devait être 23h35 et je me félicitais de me coucher si tôt.
RATÉ !
Quatre heures plus tard, je lisais toujours, enchantée par la langue de Stéphane Hoffmann, son humour, son écriture simple, belle, drôle, élégante, sa description d'un milieu de méchants et doux Français dans la région de La Baule.

C'est l'histoire de…
Je déteste raconter l'histoire d'un roman parce qu'un bon roman, ce n'est pas UNE histoire mais UN style.
Je préfère donner des envies de lire.
Alors, je vous offre, pour vous appâter les premières phrases :

"Je suis né maigre et je n'ai pas pleuré. Si j'avais eu des dents, je les aurais serrées. Si j'avais su ce qui m'attendait.
Ce qui m'attendait ? Rien, justement. Ni personne. Mon père ? Un ouvrier. Comme mon frère, quoi qu'il en dise. Ma mère travaille à la Poste. Et ma sœur roule en mobylette".

À ce stade, vous vous demandez si vous n'allez pas vous lever pour aller chercher votre porte-monnaie…
Alors, je continue, avec le frère du narrateur…

"Et Jacky prend son air.
Un jour, on le croise avec une fille. Le dimanche d'après, il vient avec. Pas mal, dans le genre décoratif. La voix un peu forte, un vrai carillon. À table, quand elle demande le sel, tout le monde sursaute, les vitres tremblent, le chien aboie dans le jardin, les lapins s'agitent dans les clapiers. Jacky nous l'a amenée comme, au printemps, il nous a montré sa R8. Sans plus. Pour avoir la paix. Ah ! mais pardon, c'est qu'on en parle dès le dessert :
- Alors, c'est pour quand la noce ?
Tête de mon frère. La Marie Caroline se dandine, glousse qu'elle n'a pas encore eu sa demande.
- Bah ! T'en fais pas, ma jolie, dit mon père en se levant pour chercher le kirsch. Chez nous, on est des hommes d'honneur, on laisse jamais les belles jeunes filles dans l'embarras. Pas vrai, maman ?
Ma mère regarde Jacky d'un air attendri. Si elle pense à quelque chose, c'est à la robe qu'elle mettra le jour du mariage. Et si mon frère pense à quelque chose, c'est qu'il vient de se faire baiser bien profond."

Il y a donc le père, la mère, le frère et le narrateur… d'un côté.
Et la haute bourgeoisie locale de l'autre.
Au milieu : Roméo et Juliette qui essaient de ne pas se noyer.
Stéphane Hoffmann réussit le tour de force de nous raconter l'éternel histoire d'un garçon qui rencontre une fille en y mettant de l'humour, du style, des émotions et de l'air iodé !
La lutte des classes sur le sable bien élevé d'une plage bretonne.
De temps en temps, c'est Pagnol, puis Dallas, puis Pagnol again, un petit tour chez Giono, un autre du côté de Salinger et de l'Attrape-cœurs… Ça se veut léger parce que l'auteur est bien élevé et planque ses messages sous de beaux coquillages, mais ça vous prend aux tripes.
Bref, vous commencez tranquille à onze heures 35, à quatre heures et demie du matin, vous ne dormez pas et vous ne dormirez plus !

Encore un petit morceau de gâteau pour le dessert :

"Pendant le déjeuner, elle n'a pas cessé de parler. Comme je ne savais pas quoi dire, je lui ai juste demandé ce qu'elle voulait faire de sa vie. Comme ça. Pour voir. Ça m'intéresse toujours : l'ambition de nous organiser une vie à nous, je ne vois que ça pour nous différencier des animaux, nous les hommes. Une vache ne veut pas sortir de sa condition, un tigre non plus. Un homme, oui. Du moins un homme comme je l'entends : faire mieux, faire plus, faire autre chose. Essayer, au moins. Mon père se hait de n'avoir pas essayé. Mon frère a essayé avant de se faire rattraper par sa bonne femme. Ma mère n'essaie rien, peut-être parce qu'elle est belle et qu'elle ne voit pas ce qu'elle pourrait faire de mieux que sa beauté. Moi, j'ai réussi le plus dur : partir de chez moi".

Ce n'est pas un résumé de la condition humaine, ces lignes ?