petit_dejeunerBien entendu, j'ai vu et revu des dizaines de fois le film de Blake EdwardsAudrey Hepburn illumine de grâce et d'ingéniosité le personnage de Holly Golightly. En lisant la longue nouvelle de Truman Capote, j'ai mieux compris pourquoi il avait d'abord pensé à son amie Marilyn Monroe pour incarner son héroïne. Car Holly est définitivement une créature bouleversante, un être désemparé et désespéré, qui se décrit comme une petite bête sauvage, impossible à apprivoiser, et qui vole et virevolte ici et là, d'un pays à l'autre, à la recherche de sa propre maison.
Oui, comme le chat sans nom, trouvé un jour près d'une rivière, qui n'a toujours pas de nom car elle estime qu'il ne lui appartient pas et qu'un jour il trouvera aussi sa destination...

L'histoire commence donc par le retour du narrateur dans la rue de la vieille maison brune où il fut locataire, à la même adresse que cette “voyageuse de commerce”, qui sonnait chez l'un ou l'autre pour rentrer chez elle à des heures indues. « Elle portait une mince et fraîche robe noire, des sandales noires, un collier de chien en perles. En dépit de son élégante minceur, elle gardait l'air de santé des petits déjeuners aux flocons d'avoine, l'air de propreté des savons au citron et des joues assombries d'un rouge sommaire. La bouche était grande, le nez retroussé. Une paire de lunettes noires obturait ses yeux. C'était un visage ayant passé l'enfance mais tout près d'appartenir à la femme. »
Holly Golightly, ou l'apparition céleste.
Elle deviendra une très grande amie du narrateur, écrivain débutant, mélancolique dans l'âme, qui s'attache sans reconnaître la profondeur de ses sentiments pour sa voisine. Holly fréquente des hommes, beaucoup d'hommes. Tous de Bon Samaritain, qui l'entretiennent financièrement et lui promettent monts et merveilles, avant de s'échapper sur des petits billets embourbés de fausse galanterie.

Pour Holly, le narrateur a tout d'un Fred, qui est en fait son petit frère engagé dans l'Armée et qu'elle n'a pas revu depuis des années. De sa vie, Holly n'est guère prolixe. Elle cache sa propre misère, laisse parfois entrevoir “son cirage” que seule une virée chez Tiffany permet de calmer. « La sérénité, l'air de supériorité. On a le sentiment que rien de très mauvais ne pourrait vous atteindre là, avec tous ces vendeurs aimables et si bien habillés. Et cette merveilleuse odeur d'argenterie et de sacs en crocodile. Si je pouvais trouver dans la vie un endroit qui me procure la même impression que Tiffany, alors j'achèterais quelques meubles et je baptiserais le chat. »
Ce ne sont pas les diamants qui fascinent Holly, mais une quête impossible - inaccessible ?

Plus triste et attendrissante, l'héroïne de Truman Capote est attachante, même si elle refuse qu'on s'accroche à elle. Résignée sur son sort, sur la vie et son amertume, Holly Golightly m'apparaîtra désormais bien différemment sur les écrans, quand Audrey Hepburn glissera ses escarpins sur le bitume, tout en sirotant son café devant les vitrines du Tiffany...

[L'édition s'accompagne de 3 autres textes : La maison de fleurs / La guitare de diamants / Un souvenir de Noël. ]

Gallimard, folio. 188 pages.

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