Remarquablement justes, les sept histoires qui composent "A la vie à la mort" sont saisissantes et touchent le lecteur en plein coeur. L'auteur use d'une économie de mots pour parler de l'essentiel de la souffrance, des blessures, des pertes et du chagrin qui ont marqué les divers personnages de toutes ces histoires: ce grand-père bougon qui refuse qu'on lui coupe son noyer vieux de quatre cents ans, ces deux garçons qui construisent une cabane pour plaire à une jeune fille et qui vont se conduire en héros, Rose qui avait étudié pour être institutrice et qui ne l'est pas mais accomplit des actes d'une bravoure exemplaire, Juliette qui rencontre un beau soldat américain prêt à combattre au front mais qui souhaite faire un cadeau à une demoiselle avant de partir, et Joseph l'enfant juif qui a vu sa mère partir un matin et ne jamais revenir ... Sept portraits d'une beauté épurée, d'une justesse millimétrée et d'une sensibilité sur le fil du rasoir. Ces sept histoires ont toutes en commun de se passer durant les années de guerre, celle de 14 et celle de 39. L'auteur traite d'une souffrance quotidienne et presque anodine. Elle met en lumière des enfants héroïques, des enfants martyrisés, des enfants traumatisés. Tous ses personnages sont bouleversants. La guerre les fouette tous en plein coeur mais l'auteur ne s'épanche pas. Elle livre des faits et des moments sur le vif, elle montre des gens qui ont pris le parti de résister et rend hommage à tous ces héros de l'ombre. Résister, "ce n'était pas seulement l'instant du "non". Ce n'était pas seulement l'action d'éclat, celle qui se montrait et qui se voyait. Résister, c'était d'abord tenir. Tenir, c'était durer. Et pour durer, il fallait se cacher."
Beaucoup d'humilité, de simplicité, de grâce et de justesse dans "A la vie à la mort". Un petit livre à recommander pour tous les âges. La prise de conscience ne se limite pas à un chiffre car il ne faut pas oublier tous ces soldats qui ont combattu pour la liberté. Et l'auteur leur fait cet hommage sous forme de la vie qui continue, de la conscience qui parle trop clair, de l'amour plus fort que la guerre, de la mémoire qui ne s'éteint jamais.

mai 2004