Du fantastique, du diabolique et de l'émotion pure
Ce sont les vacances d'été. Sebasto passe son temps chez Da, son grand-père d'adoption. Il est surpris d'y trouver un chat noir aux yeux d'argent. Bientôt, des phénomènes inexpliqués apparaissent et Sebasto est surpris d'apercevoir deux, puis trois, puis quatre chats absolument identiques ! Sebasto et son grand-père découvrent alors la malédiction qui menace le monde.
Roman fantastique pour les plus jeunes ? Oui. Ce livre est accessible pour les 10-11 ans et réveille tous les instincts contre l'horreur. On frissonne, on tremble, on se questionne. On n'hésite d'ailleurs pas à le qualifier de roman diabolique. De plus, l'utilisation des chats comme essence à cette histoire donne un poids extraordinaire : ce sont des animaux domestiques, mais auréolés de mille et une légendes qui sont entretenues grâce à ce genre de littérature !
Par contre, c'est un peu léger pour un adulte, mais les enfants vont adorer ! Le scénario est habile, bien écrit, son ambiance est mystérieuse, même angoissante !
Autant d'ingrédients efficaces pour cette recette.
Récompensé par le prix Chronos de littérature de jeunesse en 1999 par les élèves de 6e-5e.
Les Chats, par Marie Hélène Delval - Bayard - 154 pages . Mai 2005. 5.80 euros.
J'ai trouvé ce livre décevant, j'ai même peiné pour en venir à bout alors qu'il n'est pas bien épais ! (180 pages) L'histoire était sommairement intéressante : un homme découvre un grotte préhistorique mais il est accusé d'avoir fabriqué de toutes pièces les preuves et les peintures de ce lieu inconnu. Pour preuve, l'homme a refusé de donner les indications pour visiter le site. Ce François Wilthbert s'était d'ailleurs honoré passablement d'un gros scandale en saccagant bêtement un site classé plusieurs années auparavant. Défait du milieu, il avait oeuvré en cachette. L'affaire s'est un peu enterrée car Wilthbert est mort d'un cancer foudroyant, et aujourd'hui son fils Nicolas se sent désoeuvré. Il aimerait rendre justice à son père, trouver la trace de cette grotte, faire taire les mauvaises langues. Mais en découvrant les carnets de son père, Nicolas décèle une face sombre et déplaisante qui plonge le garçon dans une colère latente.
Pour vraiment se plonger dans le bain, c'est-à-dire approcher la mystérieuse "Marmite du Diable", il faut au lecteur la patience de parvenir jusqu'à la page 130 ! Avant cela, on assiste surtout à l'agonie d'un adolescent mal dans sa peau, agacé et énervé, rancunier et presque haineux. Dans ce bouillon de sentiments amers, lui vient aussi une pulsion irrépressible pour les jeunes filles et le sexe. Faire l'amour devient une lubie, une envie obsédante, un désir "sauvage" !
Cela m'a surprise ! C'est bien la première fois que je découvre dans un roman "pour la jeunesse" qu'on aborde aussi franchement le sujet de la sexualité chez les adolescents ! Sans quoi, ce roman m'a également inspiré de l'ennui car l'intrigue est traînante. Les quelques bons passages parviennent tout juste à sauver les meubles, le sujet de la spéléologie est précis, les thèmes sont abordés avec finesse, l'atmosphère est sombre et pesante. Autant d'atouts pour attirer les lecteurs désireux d'une lecture où le personnage central leur ressemble comme deux gouttes d'eau ! (A partir de 12-13 ans).
La Marmite du Diable par Olivier Silloray - Bayard - 180 pages. Mars 2006. 10,90 euros.
A découvrir dès 13 ans, préconise l'éditeur. Mais je me questionne sur le jeune lecteur en question, plongé dans cette histoire sombre. Comment relever la tête sans éprouver la chape qui s'y abat progressivement ? Moi, je me suis sentie clouée à mon siège. C'est noir, très noir. Dans une maison du bout de la terre, les parents de Paolo Poloverdo sont égorgés par un criminel, Angel Allegria. Il épargne le garçon et vit un an à ses côtés, quand arrive un autre inconnu, Luis Secunda. Tous trois vont "former une famille" de bric et de broc, seuls, loins, écorchés. C'est franchement glauque. S'ajoute toute l'âpreté du décor chilien, un pays de nulle part. J'avais franchement un nuage noir au-dessus de ma tête !
Mais finalement, j'ai été assez surprise puis touchée par le tournant des événements. Il y a un sursaut d'action et d'émotion dans l'histoire, très prenante donc. La relation entre l'enfant et l'assassin soulève plusieurs perplexités, mais certaines leçons psychologiques expliquent ce phénomène entre le bourreau et sa victime (= le syndrome de Stockholm). Paolo Poloverdo est un garçon très attachant, qui inspire de la pitié, hélas. Je n'aime pas ce sentiment. Pourtant ce n'est pas péjoratif ni réducteur, dans "Les larmes de l'assassin" le sentiment d'amour et d'affection est exploité différement. Ce roman tranche dans l'habituelle littérature jeunesse que j'explore, d'ailleurs ce livre se destine à tout public. Je ne suis pas la seule à le remarquer, et c'est vrai. Par contre, tout jeune lecteur risque de s'y perdre. Aussi je le conseille pour un lecteur averti, et pourquoi pas pour les adultes ? A noter : le choix du nom d'Angel Allegria n'est pas anodin, ange + joie ne mènent pas à "un assassin". Est-ce déjà signe de miséricorde ? Un bon livre, en tout cas.
Les larmes de l'Assassin, par Anne Laure Bondoux - Bayard - 340 pages. Mai 2003. 10,90 euros.
Commentaires sur Du fantastique, du diabolique et de l'émotion pure
Ah oui "Les chats" est un très bon roman jeunesse, mais ils ont changé la couverture, la mienne était dans les tons verts !
Le Anne Laure Bondoux je ne l'ai pas encore lu mais je compte le faire car j'ai beaucoup aimé "La vie comme elle vient" à l'Ecole des loisirs en Médium.
Anne Laure Bondoux est un écrivain remarquable, mais je suis étonnée que ses livres soient édités en "jeunesse", car c'est vraiment destiné à un lectorat averti !
Là je lis "Pépites" - comme c'est beau et bien écrit ! comme c'est fort ! ... hanlala !
Il me semblait aussi que "Les Chats" avaient été édités sous une autre couverture, celui-ci est une réédition de 2005 alors que le bouquin date de six ou sept ans plus tôt ! :)
Tant mieux pour la "vie" de ce petit livre.
Pépites est dans la sélection 2007 du prix ados chez nous, et une mère de famille m'a demandé de le lire car elle a été assez outrée par ce bouquin. Elle voudrait mon avis. Je crois que je lui donnerai le tien avant, car ce roman est tjrs sur l'étagère "à lire" de mon bureau, avec un tas d'autres ! Par contre elle avait apprécié les larmes de l'assassin (que je n'ai toujours pas lu non plus, mais que j'ai aussi)
Ah je crois comprendre pourquoi cette mère de famille a été outrée ! Rhooo... C'est clair qu'il ne faut pas mettre ce livre entre toutes les mains, moi personnellement je me régale de bout en bout. Je le conseille aux adolescents, et même aux "grands" lecteurs sans enfant ! :)
Mais tu sais que "Les larmes de l'assasin" n'est pas une lecture facile non plus.
J'ai lu "Pépites", j'ai bien aimé et je suis d'accord avec toi, mais mon préféré reste "La vie comme elle vient". Je me répéte mais ce livre le mérite !
Anne-laure Bondoux, j'aime beaucoup son écriture , c'est vrai que les thèmes abordés ne sont pas évidents...
Je suis encore toute chamboulée par "Pépites"...
Autour de l’histoire
« Les Larmes de l’Assassin » s’ouvre sur un crime et se construit autour d’une histoire d’amour ambiguë.
Je ne me suis pas posé la question de savoir si ce texte trouverait sa place en jeunesse. À l’époque, je ne connaissais qu’un éditeur, Thomas Leclère chez Bayard, et je le lui ai donné. Depuis, on m’a très souvent fait remarquer que ce roman n’était pas spécifiquement « jeunesse ». La question du passage entre littérature jeunesse et littérature générale est sans fin, et je laisse les éditeurs trancher. De fait, ce roman semble autant apprécié par les ados que par les plus âgés, et j’en suis très heureuse.
Depuis juin 2005, je travaille à l’adaptation des « Larmes de l’Assassin » pour le cinéma. Il est encore trop tôt pour donner des détails, mais cette nouvelle aventure est riche en questionnements et en surprises.
[Propos recueillis sur son site]
J'avais été véritablement touchée par les larmes de l'assassin!! Mais je n'ai pas encore lu Pépites!! Ah vite vite vite!! il me le faut!!
Oui ! J'ai encore plus aimé "Pépites" !!! A lire, sans aucun doute !
J'ai découvert que l'auteur venait de boucler son roman pour adultes ! Je suis surprise, curieuse, impatiente, et pis tout ça... :)
Une bonne nouvelle, de toute façon !
Je me suis fait la même remarque que toi en lisant le début des larmes de l'assassin. Comment un tout jeune ado lirait ces lignes ? Em même temps, quand on voit la violence des jeux vidéos ou des films qu'ils regardent à la télé, franchement, il y a pire !
Hélas oui ! Anne Laure Bondoux a pour distinction d'écrire merveilleusement, et de rendre finalement plus "poétique" ce qui pouvait paraître lourd et sinistre.
Finalement j'ai été réconfortée de trouver sur son site que je ne devais pas être la seule à juger son livre plus ou moins adapté à la catégorie "jeunesse", mais elle s'explique très bien à ce sujet donc je suis d'accord avec celà ! :)
Il faut que tu lises "Pépites" désormais ! C'est fabuleux !!!

