10/05/07

La pochothèque : en poche ! #5

un_ete_sans_mielPrésentation de l'éditeur
Alice, la narratrice, est une petite fille de douze ans, précoce et tenace. C'est elle qui, par petites touches, raconte le drame qui couve dans la chaleur de l'été texan.
" Un jour, mon beau-père, Simon Jester, se tenait près de la cuisinière, il se faisait frire un œuf. Je suis arrivée derrière lui et j'ai dit quelque chose. Surpris, il s'est retourné brusquement.
- C'est moi, ai-je dit, effrayée par son regard.
Au lieu de me répondre, il a appuyé le bord de la spatule brûlante contre mon visage. Ma mère m'a rejointe un peu plus tard sur la terrasse et a appliqué une pommade blanche sur la cloque.
- C'est la chaleur Alice, a-t-elle murmuré en faisant pénétrer la crème. Ça le rend nerveux... "
Alice et son frère sont persuadés que Simon cherche à se débarrasser d'eux. Sont-ils les victimes de leur imagination débordante ? C'est ce que semble penser leur mère, qui refuse de les écouter. Jusqu'au jour où elle se glisse dans leur chambre et, dans un souffle, leur lance : " Fuyez ! "

Le calvaire d'Alice et de Dany est vicieux, sous la coupe d'un sadique manipulateur, parfaitement orchestré et mis en scène ! J'ai tout ressenti dans ce que l'auteur souhaitait probablement nous entraîner : émotion, effroi, doute et horreur. C'est suffisant pour moi, j'attends d'une histoire qu'elle m'embarque. Celle d'Un été sans miel a su combiner des émotions différentes, j'ai tout lu d'une traite.

 


 

rue_de_trancheeMatti vient de se disputer avec son épouse Helena et lui a envoyé son poing à la figure. Aussitôt Helena fait ses valises et part avec leur fille Sini. Plainte déposée et divorce en cours, soit six mois de réflexion selon la loi finlandaise. Mais Matti s'insurge, après tout voici ce qu'il en dit : "Helena avait employé une ruse antique, connue depuis l'aube de l'humanité : frapper à coups de mots pour me faire riposter avec mes poings. La justice et les services sociaux déroulent tout de suite le tapis rouge devant celui qui exhibe un oeil au beurre noir". Il décide aussi d'entrer en résistance, lui "le combattant au foyer", celui qui a toujours favorisé l'épanouissement de sa femme pour une vie professionnelle, tandis qu'il s'occupait du reste (ménage, enfant etc.). Comble de l'ironie, le conflit qui opposait Helena et son mari se pose justement sur son manque de "machisme" !
Bref, Matti a un projet et se met en tête d'acheter une maison - La maison de ses rêves et ceux de Helena, une maison de vétéran (c'est toute une histoire à ce sujet) - afin donc de reconquérir sa femme, de récupérer leur fille et de refonder une famille soudée. Il entre ainsi en transe, véritablement. Pour plusieurs raisons : trouver LA maison, ramasser l'argent nécessaire, espionner ses voisins, prospecter, harceler etc, etc...

C'est franchement un roman déconcertant. Heureusement Matti n'est pas le seul intervenant, les autres protagonistes aussi jouent les narrateurs. Heureusement, car le personnage de Matti est déroutant : est-il fou, psychopathe ou désespéré ? Un peu tout ça. Toutefois il m'est demeuré antipathique. A plusieurs reprises, Matti est présenté comme un homme "en transe" et c'est vrai ! L'homme court partout, il prend des notes dans un carnet, il fait des collages, téléphone et espionne avec des jumelles. C'est presque un malade ! D'un autre côté, sa transe donne une pression supplémentaire et fait monter d'un cran supérieur l'atmosphère : d'une analyse du couple et de la société actuels, (qui égratigne voisins, propriétaires, agents immobiliers, spéculation et la famille démantelée etc), on passe fébrilement à un thriller psychologique, une montée de la folie douce et un carnage hypothétique ? Qui sait... Mais je n'ai pas su entrer dans le roman, ni pu m'attacher aux personnages. J'ai été assez hermétique à cet humour, à l'ironie du narrateur mais j'ai trouvé assez espiègle ce mélange d'intervenants qui confirmaient un peu la vision des choses ou la déformaient. J'aurais pu abandonner plus d'une fois, mais je souhaitais connaître l'issue de l'histoire. Comment allait s'en sortir Matti ? La fin, assez croustillante, laisse la porte ouverte aux suggestions ! Moi, je reste sur ma réserve.

 


 

sweet_homePrésentation de l'éditeur
Trois étés où se joue le destin d'une famille. Trois étés à dix ans d'intervalle. Et la même plage, au bord de la Manche. Dans ce " doux foyer ", Susan, La mère, veut mettre fin à ses jours. À son chevet : un mari abîmé par plusieurs années de désamour et son frère cadet, Remo, son double fantomatique. Mais surtout trois enfants - Lily, Vincent et Martin - qui vont tour à tour prendre la parole, tentant de démêler leur vérité parmi les silences pesants dont ils ont hérité. Le cinquième roman d'Arnaud Cathrine est une saga intimiste, un tombeau lumineux pour une mère défunte, un exercice de deuil et d'émancipation. Le drame en sourdine qui anime cette fiction à trois voix permet à l'auteur de donner, en pleine maturité, toute la mesure de son écriture sensible et acérée.

Comment vivre après la mort ? Comment ça va la vie après la mort ?... Mal, très mal. Ce livre, c'est un peu un exercice de deuil : trois largués, trois désoeuvrés, qui tentent de survivre au naufrage. Entre les frères et soeurs, un dialogue de sourds va s'ouvrir : en partant, la mère a ouvert des brèches faiblement colmatées, des cicatrices mal cautérisées. Le constat sera amer, quelques vingt ans après : faire ce que l'on peut, avec un trou dans le ventre, devenir qui l'on croit bon devenir, avec cet enthousiasme gris... - "On aura beau dire, nos constructions hasardeuses ne parviennent pas à se passer d'elle... Il faut du courage et de l'amour autour de soi pour aimer la vie maintenant".
Certes, ce n'est pas gai non plus. Mais c'est fluide et cotonneux, on se berce dans ce drame familial, attendri par cette tribu d'éclopés. "Drôle de génération, on vous a donné toute liberté et vous voilà tous égarés à ne pas savoir qu'en faire, sinon tout et n'importe quoi..." - et c'est vrai, la peine existe, un peu rabat-joie et lugubre, mais il y a une étincelle derrière tout ça qui me donne à dire que c'est "superbe" !

 


 

club_jane_austenPrésentation de l'éditeur
En ce début de XXe siècle, un club singulier voit le jour en Californie. Comme d'autres jouent au bridge, cinq femmes et un homme se rencontrent régulièrement autour de l'œuvre de Jane Austen. S'ensuit une sublime chronique sur l'air du temps où la voix de la plus grande romancière anglaise vient éclairer l'éternelle tragi-comédie des sentiments, et son tourbillon de rencontres, d'épreuves, de séductions et de jeux entre l'impossible et le possible que seul peut dénouer l'amour. Car, comme vont le découvrir les membres du club, il n'est peut-être de plus belle fiction que la plus ordinaire des vies.

Jane Austen donne son nom au titre de ce roman, fait figure d'une dédicace pour un club de lecture, auprès d'un public de californiens (cinq femmes et un homme) mais cela s'arrête vite là. Pas nécessaire de connaître la bibliographie de l'auteur anglaise avant de plonger dans celui-ci (à la rigueur, un résumé sommaire de chaque oeuvre est présenté en fin de livre). Aussi, pour les puristes, cette lecture est décevante, affligeante, trompeuse.
D'un autre côté, Karen Joy Fowler décide de montrer dans son histoire l'importance de la lecture dans la vie de lecteurs ordinaires, des femmes, un homme, souvent concernés par des problèmes quotidiens (la séparation, la solitude, le trouble amoureux, la tromperie, etc.). Ces six personnnages ont chacun leur propre Jane Austen, un peu comme tout le monde. C'est d'ailleurs ce que souhaitait démontrer l'auteur américaine (à lire, en prologue !). Au fil de la lecture, les allusions à Jane Austen ont un peu tendance à s'étioler et passer très largement au second plan. Dommage ! Plus au coeur du roman, en fin de compte, on retrouve les aventures des membres du Club, certes très attachantes, et qui concluent sur une note d'optimisme, d'amitié et de mariage (comme chez Jane Austen !). Tout se rejoint ! A lire, par curiosité !

 


 

prochain_arret_le_paradisRien ne va de soi pour Sophie Applebaum, la nouvelle héroïne de Melissa Bank. Enfant espiègle, elle s’applique à faire plaisir ; jeune diplômée fascinée par New York, elle peine à trouver un emploi ; amie fidèle, elle découvre que la loyauté n'est pas forcément la chose la mieux partagée au monde ; amoureuse impétueuse, elle rompt aussi souvent ou presque qu’elle s’éprend. Mais Sophie, toujours, relève le gant. Avec d’autant plus d’ardeur que sa famille, véritable tribu où l’on rit, s’aime, se chamaille et pleure, n’est jamais loin.

Sophie Applebaum est pour moi une imparfaite : depuis son enfance (vers douze ans), Sophie démontre la maigre étendue de ses "talents". Elle n'est pas très studieuse, boude les leçons d'hébreu que ses parents lui poussent à suivre, elle entre dans une université pas brillante, entretient une amitié défaillante avec une certaine Venice (belle, rayonnante et dilettante), puis entre sur le marché du travail de façon aussi tâtonnante et passable. Ses aventures amoureuses sont tout autant catastrophiques, en marge de ce que vivent ses deux frères, Robert et Jack, puis sa propre mère, devenue veuve.

Il y a quelques années, Melissa Bank avait déjà écrit un livre intitulé "Manuel de chasse et de pêche à l'usage des filles" (en fait, une fiction chroniquée par une jeune new-yorkaise). J'avais bien aimé. Toutefois, ce deuxième livre de l'américaine me semble un peu trop semblable : le principe de chapitres (sous forme de longues chroniques ou de nouvelles), le parcours déplorable d'une jeune fille dont l'initiation ne manque pas d'originalité, d'humour et de maladresse. Et puis le soutien infaillible de sa famille, tout aussi embarquée dans un récit parfois riche, parfois lassant. En bref, si on adore le premier, on adorera le deuxième. Mais moi, je fais justement ce reproche que "Prochain arrêt le paradis" est un peu trop copié-collé au précédent, qu'il n'a donc rien de nouveau et souffre d'un sentiment de déjà-lu. J'attendais plus d'innovation !

 


 

Ceci n'est qu'un échantillon des livres en format poche, parmi les récentes sorties ! 


Posté par clarabel76 à 21:30:00 - - Commentaires [26] - Permalien [#]


A la morgue, et autres histoires noires - Dashiell Hammett

A_la_morgueDashiell Hammett a véritablement créé le genre du roman noir où on croise bandits, détectives, policiers corrompus, femmes fatales dans un chassé-croisé sans scrupule, où l'on brasse les crimes variés (vol, escroquerie, meurtre, vengeance, arnaque ou braquage). L'ambiance est lourde, accentuée par des dialogues tracés au peigne fin. On en sort généralement fasciné et admiratif, car Hammett avait ce "truc" de la formule tranchante et pouvait exceller avec ses issues brillantes et étonnantes !
On retrouve dans quelques-unes des dix nouvelles composant ce recueil le célèbre détective de la Continental Agency, l'homme dont on ne connaîtra jamais le nom et qui parle peu mais n'en pense pas moins.
J'ai beaucoup aimé cette atmosphère d'une Amérique fragilisée et déséquilibrée par son climat instable, un tableau des années 20 assez réaliste. La femme arbore même des atours admirables (courage, rouerie et intelligence) dans cette société en pleine mutation.
Ces dix textes ont été écrits entre 1922 et 1925 et figurent parmi les premières histoires de Dashiell Hammett, toutes destinées à paraître dans des journaux et magazines. On y rencontre une Femme d'aventurier, Le chapeau noir dans la pièce obscure, Le salaire du crime, La barbier et sa femme, Itchy le bienséant, L'ange du second étage, A la morgue, Quand la chance vous sourit, L'homme qui tua Dan Odams, Un inconnu dans la maison.
Beaucoup de finesse au service des intrigues crapuleuses, noires mais percutantes, une sombre ambiance étouffante mais qui renvoie à de belles heures du Roman Noir par excellence !

Editions La Découverte, coll. Culte fictions / 190 pages, avec introduction de Jean-Claude Zylberstein. Une préface et une bibliographie établies par Natalie Beunat, auteur de Dashiell Hammett : parcours d’une œuvre (Encrage, 1997), ainsi qu’une chronologie de Marie-Christine Halpern permettront de mieux comprendre la vie et l’œuvre de l'auteur de la Clé de verre et du Faucon maltais.

  • Encore plus de Noir comme Polar, cliquez sur cette adresse.

  • ... et quelques extraits en clichés (agrandissez l'image en cliquant dessus) :

IMGP4525

IMGP4528

09/05/07

Planète Larklight - Philip Reeve

larklightArthur Mumby et sa soeur Myrtle vivent avec leur père à Larklight, une maison-vaisseau volante qui voyage dans l'espace sur une orbite lointaine. Un matin, ils reçoivent la lettre d'un visiteur, Mr Webster, qui se présente sous l'apparence d'une araignée redoutable et venue saccager la maison des Mumby !

Arthur et sa soeur décident de s'enfuir, le temps que celle-ci prenne son petit sac en tapisserie, son journal intime et son précieux médaillon donné par leur mère, et les voilà à bord d'un canot de sauvetage qui les propulsera sur la Lune. Une fois entre les griffes de l'immonde Mite Potière, les Mumby vont finalement être secourus par Jack Havock et sa bande des pirates ...

Nous n'en sommes qu'aux 80 premières pages, et l'aventure n'a pas fini de surprendre le lecteur ! Car bien évidemment ce roman de Philip Reeve est la promesse certaine d'une plongée en 450 pages dans un univers d'aventures, de folles péripéties, dans une ambiance très "Angleterre Victorienne", avec la spéculation d'une conquête spatiale et d'explorations astronomiques, n'ayant pas peur des êtres et autres créatures hors normes de surcroît !

L'histoire est racontée par Arthur et de temps en temps par Myrtle (du moins, par ses journaux) et donne ainsi un étourdissant point de vue fort original sur leurs explorations à travers le cosmos. Pour pimenter le récit, on découvre qu'ils sont tout deux pourchassés par des individus qui veulent s'emparer d'une mystérieuse Clé de Larklight, séparés puis projetés au coeur même de l'Action, en première place et dans des rôles un tantinet inconfortables, ce qui n'est forcément pas du goût de Miss Myrtle Mumby, demoiselle toute concentrée dans sa disposition à paraître une Jeune Fille Exemplaire !

En plus de ce scénario à rebondissements, on peut apprécier l'humour et la décontraction qui glissent sous la plume de cet auteur britannique, ayant déjà publié les Hungry City Chronicles dans son pays et qui annonce sans vergogne quatre autres titres à paraître dans cette veine ! Le livre en lui-même est également un bijou, couverture cartonnée, illustrations de David Wyatt, bref une petit ensemble bien précieux qu'on savoure, annoncé comme un Jules Verne moderne... en plus cocasse ! 

Gallimard jeunesse - 445 pages / Avril 2007

  • Fait rarissime, je vous note la dernière phrase : Mais avant cela, je vais déguster un muffin tout chaud avec du beurre et une bonne tasse de thé.

IMGP4515

Sir Richard Burton et son épouse Ulla .. !

IMGP4516

De quoi vous donner un petit peu envie ... (en cliquant sur l'image, vous pouvez l'agrandir !)

Posté par clarabel76 à 21:15:00 - - Commentaires [18] - Permalien [#]
Tags : ,

C'est notre fête tous les jours !

Il est courant de pousser de grands cris d'exclamation quand Miss C. découvre avec ravissement un nouveau livre pour elle, rien que pour elle ... Il n'est pas rare non plus que sa maman l'accompagne et pousse en choeur des "ouah" tout aussi exaltants !

mieux_que_dix_fees

Place aux Parents, chers enfants, avec ces deux livres ... petits et grands, vous allez comprendre que c'est notre fête tous les jours, et pas seulement une fois l'an :

mieux_qu_un_jouet

Ce sont deux nouveautés à paraître pour Mai 2007 par cette jeune maison d'édition spécialisée dans la jeunesse : Balivernes. Située dans la banlieue lyonnaise, elle offre un catalogue fort original qui s'articule autour d'une identité visuelle forte et originale pour chaque album.

Nous avons déjà parlé de leurs livres ici et (et nous en parlerons encore !)

Le point commun entre ces deux nouveautés est donc de fêter la fête des mamans et des papas.

IMGP4498

Je vais te présenter DIX FEES.

Chacune d'elles possède un don particulier.

Quand tu les auras toutes rencontrées, Tu auras une drôle de SURPRISE, Je te promets, c'est pas des bêtises !

IMGP4502

Comme le prouvent mes modestes photographies, les illustrations de Cathy Delanssay sont merveilleuses ! Encore une fois réunie, la belle paire de Miss Delanssay et Lenia Major fait des miracles (cf. A L'orée des Fées). Tout est harmonieux : textes poétiques, illustrations charmantes, vraiment c'est un livre qui communique une alchimie remarquable ! On ne s'en lasse pas.

IMGP4500

Et les textes sont doux, imaginatifs, puisant sa source dans un vocabulaire varié, jamais compliqué, et qui touche beaucoup les enfants ! ... En gros, il est inutile de vous expliquer que les dix fées réunies rappellent finalement une seule personne ayant les mêmes qualités. C'est qui ? .... hein ??? c'est qui ?

Allez hop ! pas de jaloux : on passe à la fête des Papas !

IMGP4509

On retrouve une nouvelle fois la talentueuse Lenia Major pour les textes (drôles, inventifs et qui bousculent les idées faciles !). Elle décide d'imaginer le Papa tel un jouet extraordinaire ! Il est incassable, ses piles sont inusables, c'est un jouet magique, un jouet unique .. bref toute la panoplie du Papasonic ! Il y a, encore et toujours, une grande recherche dans l'imagination et l'art de la comparaison : c'est époustouflant !

IMGP4506

Cette fois-ci, l'enfant pourra s'enflammer pour les illustrations de Gynux. Là, mes mots sont dépassés par la démonstration orchestrée par mes clichés ... je m'incline et dis un grand bravo !

IMGP4507

(Ci-dessus : pour appuyer l'originalité poussée jusque dans le texte et sa typographie !)

Que dire encore ? Mettez ces livres entre les mains de vos enfants. Voilà tout !

Dernier point : les livres coûtent 8 euros tout ronds. Et c'est pas volé ! ;o)

Posté par clarabel76 à 08:00:00 - - Commentaires [20] - Permalien [#]
Tags : , , ,

08/05/07

Des créatures obstinées - Aimee Bender

des_creatures_obstineesJe ne vais pas vous mentir mais les 15 nouvelles d'Aimee Bender sont étranges, tordues, elles flirtent avec le bizarre, l'irrationnel, le fantastique et la folie. Oui, c'est presque absurde (un individu va acheter un petit homme dans une animalerie, ou un couple à tête de citrouille a un enfant avec une tête de fer à repasser, et une femme ouvre chaque matin sa porte à 7 pommes de terre fidèles au rendez-vous et qui grandissent avec des ongles, des pieds, des paupières, etc...).
"Des créatures obstinées" sont décrites comme baroques, sexy et inquiétants, des contes cruels et fantaisistes.
Ah je me doute que vous n'êtes guère convaincus par un sujet un peu tiré par les cheveux. Alors l'argument imparable est cette plume légère et sibylline qui donne le sentiment de glisser et qu'on lit sans peine, avec délectation, et trop vite presque !
Bien entendu, on sort très souvent des chemins de l'ordinaire, mais cela fait partie de l'humour, c'est le signe d'un acte de courage même et cela nous renvoie à un sentiment humiliant sur notre société insolite. L'extravagance d'Aimee Bender parvient aussi à être "raisonnable", comme pour cette jeune femme invitée à une fête où elle décide d'embrasser trois hommes : un brun, un roux et un blond. Elle finira dans un placard sous une pile de manteaux, un peu plus éperdue mais chichement émouvante.
Non mais, je crois que c'est cette singularité qui est fascinante, servie par une excellente plume, traduite par Agnès Desarthe. Alors pour un dépaysement assuré, plongez votre nez dans ce livre !  Cela s'appellerait même de l'audace !

Editions de L'Olivier, 188 pages  (mars 2007)

Posté par clarabel76 à 17:45:00 - - Commentaires [13] - Permalien [#]


07/05/07

Le cheval impossible - Saki

cheval_impossible"Le cheval impossible" est un fort appétissant plat principal qui regroupe 39 textes parmi les nouvelles écrites par le prolixe Saki, encore un digne représentant de cet humour anglais qu'on ne présente plus ! Comme bon nombre de ses pairs, Saki avait le sens de la formule, propre, lisse et élégant, et savait déployer un humour jubilatoire et mordant.
Parmi ces textes où la pédanterie se dispute à la dérision, Saki présente deux personnages imparables : Reginald (qu'on suit dans 14 péripéties), cruel dandy héros qui pourfend par le sarcasme la société mondaine édouardienne, pétrifiée dans les conventions, à laquelle il appartient pourtant de toutes ses fibres, et son jumeau Clovis, jeune homme de la bonne société britannique, oisif, insouciant, portant sur tout ce qui l'entoure un regard subtilement cynique. (présentation de l'éditeur)
Beaucoup de cynisme, certes, accompagné d'un humour ravageur, bref Saki offre à vos heures de blues un bien bel échappatoire et une porte ouverte aux éclats de rire !

De quoi avoir des envies :  - Vous avez bien dit que c'était votre mère et vous qui nous offraient ce cadeau ? demandèrent presque à l'unission Mr et Mrs Pigeoncote.
Le Voleur était orphelin depuis de nombreuses années.
- Oui, ma mère est au Caire actuellement et elle m'a écrit à Dresde d'essayer de vous trouver un objet à la fois joli et original, comme de l'argenterie ancienne, et j'avais choisi une jatte d'argent.
Le couple Pigeoncote était devenu d'une pâleur mortelle. Le nom de Dresde avait brusquement jeté une lumière nouvelle sur la situation. C'était donc Wilfrid l'Attaché, un jeune homme supérieurement doué qui ne fréquentait guère leur propre milieu et qu'ils avaient reçu sans le connaître, en lui prêtant les caractéristiques de Wilfrid le Voleur. Lady Ernestine Pigeoncote voyageait beaucoup ; ses relations étaient nettement hors de leur portée et de leurs ambitions ; son fils serait probablement un jour ambassadeur. Et ils avaient fouillé et pillé sa valise ! Le mari et la femme se regardèrent d'un air stupéfait et désespéré. (...)

* Mrs Pentherby s'entendait assez bien avec les hommes, sans être le type de femme qui ne s'épanouit que sous le regard masculin. Elle ne manquait pas non plus des qualités courantes qui font qu'une personne sait se rendre utile et agréable en tant que membre d'une communauté. Elle n'essayait pas de s'adjuger de petits avantages, ni d'échapper totalement à la participation équitable requise par la vie en société, pas plus qu'elle n'ennuyait les gens par son snobisme pour se faire valoir par des souvenirs personnels. Elle jouait au bridge avec une excellente efficacité et une correction parfaite. Mais dès qu'elle était en contact avec des personnes de son propre sexe, la flamme du combat commençait à brûler. Son talent pour exciter l'animosité tenait vraiment du génie.
L'objet de son intérêt pouvait être peu susceptible ou très sensible, irascible ou accomodant, Mrs Pentherby s'arrangeait pour obtenir le même résultat. Elle soulignait les points faibles, appuyant légèrement sur les endroits douloureux et éteignait toute manifestation d'enthousiasme. Dans les discussions, elle avait généralement raison ; et quand elle avait tort, elle s'arrangeait pour que son adversaire paraisse stupide et entêté. Elle faisait et disait des horreurs sur un ton banal et innocent ; et elle faisait et disait des choses banales et innocentes sur un ton horrible. Bref, les femmes rendirent un verdict unanime : elle était impossible. (...)

* - Voilà qui nous laisse le champ libre, dit Strudwarden, mais malheureusement j'ai le cerveau totalement vide dès qu'il s'agit d'un projet de meurtre. Cette petite bête est si monstrueusement passive... je ne peux pas prétendre qu'il a sauté dans la baignoire et qu'il s'est noyé, ni qu'il a engagé contre le gros dogue du boucher un combat inégal qui l'a transformé en viande hachée. Sous quelle forme la mort peut-elle se présenter à l'occupant perpétuel d'un panier ? Nous croirait-on si nous inventons un raid des suffragettes envahissant le boudoir de Lena ? Il faudrait faire beaucoup d'autres dégâts, ce qui serait très désagréable, et les domestiques trouveraient bizarre de n'avoir pas vu les envahisseuses.
- J'ai une idée, dit Elsie, achète une boîte avec un couvercle bien hermétique et perce un tout petit trou, juste assez grand pour laisser passer un tube de caoutchouc. Fourre Louis et la niche et le reste dans la boîte que tu fermes. Fixe l'autre extrémité du tube à l'arrivée du gaz. Le résultat est assuré. Tu pourras mettre la niche près de la fenêtre ouverte après, pour dissiper l'odeur du gaz. Tout ce que Lena trouvera quand elle rentrera, tard dans l'après-midi, sera un Louis paisiblement défunt.
- On a écrit des romans sur des femmes comme toi, dit Strudwarden, tu as l'âme d'une parfaite criminelle. Allons chercher une boîte. (...)

* - Un personnage important, et qu'il ne faut contredire sous aucun prétexte, a prétendu qu'il faut avoir réussi à trente ans, ou jamais.
- Bah, dit Reginald, avoir trente ans, n'est-ce pas déjà un échec ?

Robert Laffont, Pavillons poche, 290 pages  (Mai 2006)

Posté par clarabel76 à 19:30:00 - - Commentaires [11] - Permalien [#]

Je préfère la comédie ~ Ariane Gardel

Le dernier roman d'Ariane Gardel est une pépite à manier avec précaution : petit, frêle, fragile et bourré de sensibilité. "Je préfère la comédie" met en scène une jeune adolescente rêveuse et lucide, mystérieuse et blessée. Elle emménage dans un nouvel appartement tout blanc avec son père, sa soeur est en Amérique, ses frères vivent entre amis, et sa mère... Absente, l'ombre de la maman plane telle un peau de chagrin sur la collègienne. Désemparée, mal fagotée, avec des résultats scolaires médiocres, la jeune héroïne du roman vit dans son univers à elle: le cinéma, les vieux films, les acteurs américains des années 50, et le théâtre, la comédie. Ses lectures, sont des pièces de Marivaux ou Giraudoux. Tandis que ses camarades scotchent des posters de Tom Cruise dans leur chambre, elle découpe les jolies photos en noir et blanc des acteurs de son magazine de cinéma. Dans son walk-man, elle écoute les chansons de Peau d'Ane. Elle visionne Happy Days à la tv... bref : portrait d'une adolescente décalée, mal dans ses baskets, une Charlotte Gainsbourg version "La petite voleuse", avec ses jeans, son pull marin et ses baskets blanches.
Véritablement attendrissant, "Je préfère la comédie" est un petit roman qui se lit d'une traite. L'écriture parle de l'adolescence sans niaiserie. L'auteur, comédienne de formation, dessert ses chapitres de citations, brode ses dialogues façon échanges théatrales et glisse des extraits de pièces qui dépoussière quelques bons vieux classiques. La jeunesse n'est pas perdue : la petite Anne du roman d'Ariane Gardel nous en livre un portrait haut en couleurs, et d'une rare délicatesse !

mai 2004

Posté par clarabel76 à 15:01:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

Le garçon et la mer - Kirsty Gunn

garcon_et_merWard est un adolescent de 15 ans, différent de ses camarades, des autres et de son père, le célèbre MacFarlane, grand surfeur loué par toute une génération.
Quelque chose cloche chez Ward, mais impossible de mettre un nom dessus. C'est un sentiment d'isolement et d'incompatibilité. La mer le fascine et le rebute. Son père lui est étranger, ses regards, ses mots sont autant de balles lancées contre un mur.
Ward n'est pas un surfeur chevronné.
Avec ses amis, il détonne également. C'est un solitaire, et seul son meilleur ami Alex parvient à le traîner chez Beth qui organise une fête en l'absence de ses parents.
Ici dans ce roman, Kirsty Gunn ne décide pas de traiter de l'adolescence et du choix de la décalcomanie envers un père qui rassemble tous les suffrages de popularité. Pour être dans la norme, en gros.
C'est une lecture qui se goûte au rythme de la mer, ses ressacs, son bruissement, son mystère et son envoûtement. L'atmosphère est languide, accablante et flottante.
Prédire un malheur, pourquoi pas ? Comprendre un peu mieux cet adolescent dissemblable face à une figure paternelle "aux yeux de revolver" ?... Tout est très étrange et le sentiment d'appréciation se situe entre les lignes de cette histoire courte. Kirsty Gunn, une nouvelle fois, enchante et trouble. L'eau est encore présente (cf. son 1er roman "Pluie"), de même que les histoires familiales un peu brumeuses et qui donnent un ton impénétrable à l'histoire.
La mer a une importance capitale, sa description est précieuse et contribue au pouvoir de ce livre.
Pour mieux poursuivre la découverte d'un auteur étonnant.

Christian Bourgois, 260 pages / Mars 2007.

J'ai relevé ceci : Trop tard, c'est fait. C'est arrivé comme à chaque fois, la mention du nom de son père. Alors ça pourrait aussi bien être son père, ça pourrait aussi bien être lui qui se tient là. Comme s'il n'y avait que lui qui comptait, ses mots pour parler de l'eau, les mots que Ward lui-même a fini par employer, transformant l'aventure en un récit comme en raconterait son père, un récit factuel, il possède ce genre de pouvoir. C'est exactement ça. La façon dont son père parle de la mer, disons, pour la maîtriser, et Ward qui écoute, et maintenant regarde-le, il fait la même chose. Les autres qui demandent tout le temps : "Et ton père, qu'est-ce qu'il en pense ?" quand ils hésitent à sortir en mer. "Et ton père, il a vu l'eau dont tu parles, Ward ? Qu'est-ce qu'il dit" Si bien que Ward est obligé de scruter de nouveau l'océan, mais à la manière de son père. Si bien que quand il s'y résigne, quand il contemple de nouveau la mer, la vue qu'il a devant lui n'est plus la sienne, cette vue-là s'est envolée, et c'est la journée telle que l'a prévue son père qui se déploie maintenant devant lui. (...)
Mais vous savez quoi ? Et après ? Ce ne sont que des informations, des mots, une fois de plus, ça oui, mais rien de nouveau, et son père a le chic pour ça... Donner aux mots plus d'éclat que nécessaire. Alors n'accorde pas trop d'importance à ce que peut dire cet homme.

Posté par clarabel76 à 09:45:00 - - Commentaires [13] - Permalien [#]
Tags : ,

06/05/07

Week-end de chasse à la mère ~ Geneviève Brisac

C'est drôle, effectivement, mais pas dans le sens premier qu'on l'entend : l'humour de Geneviève Brisac est davantage cynique et gribouillé. "Week-end de chasse à la mère" est la suite de "Voir les jardins de Babylone", mais il a été publié d'abord, peut-être c'est une suite sans en être une concrètement. Dans ce roman, en fait, on retrouve avec bonheur les personnages principaux : Nouk, une maman paumée, décalée et limite un peu folle, son fils Eugenio, petit garçon exigent, ogre, lucide, intelligent et vorace. Tous deux vivent trop à deux, alimentent une relation étouffante que l'entourage juge anormal et mauvais pour la mère et l'enfant.
Nouk, elle, écoute les exigences de son fils qui, la veille de Noël, ordonne à sa mère de leur organiser une fête "différente", non plus un tête-à-tête mère/fils qui le gonfle. Alors, à deux, ils vont organiser quelques jours de délire complet : l'achat d'un vrai sapin de Noël, un réveillon au Bon Marché, la rencontre d'un type qui a de Tchekov le prénom d'Anton, l'enterrement saugrenu du canari Eve, des vacances en bord de mer en Bretagne, etc... Mais Eugenio n'est pas satisfait. Même les blagues potaches sur la reine Elisabeth le laissent de marbre, alors Nouk se pose des questions. Et si son amie Martha avait raison ?.. si l'eau était finalement trop grise et impossible à peindre ?.. Et qui disait cela : je marche des cailloux dans les poches ?..
Là, Geneviève Brisac prend véritablement plaisir à broder autour du sujet de la relation maternelle, la relation filiale, l'amour vautour, l'enfant roi, etc. C'est parfaitement jubilatoire, pour l'écrivain de l'avoir écrit, d'avoir exploser son délire, et donc pour le lecteur, de ricaner, de déchanter, etc. Un roman comme j'aime !

lu en mai 2005

Posté par clarabel76 à 12:58:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

In demand

texas / in demand

avec alan rickman !!!  * les paupières papillonnent !! *

Posté par clarabel76 à 12:00:00 - - Commentaires [20] - Permalien [#]