Quelques titres à paraître en format poche ... une sélection parmi les ouvrages que j'ai lus :

La Maison dans les dunes, Vonne van der Meer : Il existe sur l'île de Vlieland une maison dans les dunes où locataires d'un temps peuvent s'y prélasser pour des vacances normalement sans soucis. Cette maison dans les dunes devient donc la confidente d'hommes et de femmes plus souvent tourmentés par leur vie extérieure, qu'ils ramènent entre ces murs, incapables de laisser les ennuis à la porte. Et ainsi, un peu comme cette femme de ménage qui se balade à vélo sur la plage, on observe secrètement les uns et les autres se débattre dans les petits riens de la vie ordinaire ! Il y a ce jeune couple marié avec un enfant de bas âge dont le mari a avoué une passade toute récente, deux femmes qu'une génération sépare et dont la grossesse de l'une va rejeter la décision de l'autre prise vingt ans auparavant (et qu'elle pensait être la bonne)... Il y a d'autres couples, ou des hommes et des femmes au crépuscule de leur vie qui pensent finir leurs jours dans cette maison dans les dunes, mais aussi un grand amour naissant ET un livre d'or !

J'ai sincèrement beaucoup aimé ce roman qui transporte automatiquement son lecteur dans son univers de sable et d'isolement insulaire. J'ai un peu repensé à une autre lecture, "Haute saison, quinzaire uniquement" de Nathalie Ours, dans son principe de petites anecdotes de locataires dans un même lieu. Car c'est une lecture à considérer aussi bien en roman qu'en recueil de nouvelles. C'est léger et distrayant. Une suite existe : "Le bateau du soir".  10-18 n° 4036.

 


 

reve_de_balthusLe rêve de Balthus, par Nathalie Rheims : Une jeune fille, Léa, fait des rêves médiumniques. Elle rêve du tableau de Balthus dans lequel elle pense s'y retrouver sous les traits de la jeune fille endormie. C'est un peintre, Andrea, qui le souligne. Il révèle également l'étrange similitude entre sa propre fille, Angie, et la deuxième fille du tableau, celle qui tend une rose jaune. Or, Angie est portée disparue. Et dans ses rêves, Léa croit que cette jeune fille lui chuchote une vérité, une confession. Partie à Venise, à la rencontre d'une confrérie secrète, Léa va comprendre la signification de ses rêves, tenter de percer le mystère de l'immortalité, comprendre le mystère des disparus - son père Maurice et la jeune Angie -, et pactiser avec le Malin. Diableries, onirisme, peintures de la Renaissance, Balthus dans son atelier, bref... on en voit de toutes les couleurs ! C'est d'ailleurs le léger défaut de ce roman : un peu trop confus par moments. La frontière entre le rêve, le réel et la vérité est si mince. On hésite à entrer dans l'histoire, bourlingué entre un appartement parisien, un palais vénitien et un songe plongé dans l'obscurité. Les parois sont fragiles, et hélas j'ai trouvé que l'histoire n'était pas suffisament brodée ! Pourtant Nathalie Rheims traite élégamment son récit, d'une belle écriture épurée et intelligente. Malgré l'effet d'hypnose, j'ai regretté que l'histoire ne s'éternise davantage ...  Chez Folio n°4570.

 


 

vous_dansez_2Vous dansez ? , par Marie Nimier : L'écrivain livre toutes formes d'états d'âme glissées dans des chaussons de danse, ou même des patins à glace. Car en effet, ses personnages sont tout autant des pantins désarticulés, aux rêves effrités, rêves de gloire, d'amour ou de survie, bien loin des feux de la rampe. Mais également la danse rime avec sensualité, comme dans le premier texte "Le ficus", où un passionné de plantes caresse son amante comme il bichonne son végétal - amoureusement, sensuellement, sûrement.

Dans l'ensemble, les textes sont très touchants, mettant en lumière les failles secrètes du monde de la danse - la peur de vieillir, se sentir seul, incompris, isolé, perdre sa soeur en jouant à la balançoire, vivre avec ce manque et ce traumatisme, garder le silence, assumer son corps, sa "superbe", aimer se monter, assumer son narcissisme... Ce recueil dévoile ainsi les multiples facettes de la danse, combien derrière le charme, la beauté et la sensualité se cachent souvent la misère, la solitude, la fragilité du corps et l'appartenance à un univers à part. Ce livre, en somme, se fait l'écho de quelques notes de musique pour l'ouverture d'un ballet merveilleux, humain, triste et dérisoire, mais généreux dans le fond. Une petite heure (de lecture) en douceur...  Folio n° 4568.

 


 

lily_la_tigresse_2Lily la tigresse, par Alona Kimhi : J'ouvre le livre et je plonge aussitôt dans un bain crémeux et odorant où, perdue dans la mousse, je rencontre Lily, jeune célibataire de trente ans et ses 112 kilos de femme. La belle se donne du plaisir avec son pommeau de douche, qu'on me pardonne cette transgression de son intimité, mais il faut dire que Lily livre en toute transparence l'étendue de son existence assez cocasse. Cela fait bientôt deux ans que son fiancé est parti, refusant net le mariage, sous prétexte que les kilos superflus de sa douce l'indisposaient ! Lily est donc seule, dans l'appartement hérité de sa grand-mère Rachélé, et pense à l'amour. Elle le cherche et le veut, au plus vite ! Après son bain, Lily se pomponne pour aller au cirque avec sa meilleure amie Ninouch. Mais rien ne se passe comme prévu : elle loupe la séance, rencontre une femme chauffeur de taxi et retrouve son premier amant, Taro.

Lily est une épicurienne, on le devine d'emblée. Sa recherche perpétuelle du plaisir est tout autant enthousiasmante et grisante pour le lecteur qui suit ses aventures ! Le ton général est drôle, amusant et étonnant. Alona Kimhi a un don particulier pour la fantaisie et l'excentricité, cela donne vite le tournis. J'étais étonnée de lire aussi vite les 430 pages de ce roman, même si j'avais des yeux de plus en plus hallucinés vers la fin (la tournure des événements clôt franchement le sujet!). Et si, aussi, j'avoue quelques lassitudes pour les longues descriptions sur le passé de Ninouch (ancienne prostituée, un peu débile, mais attachante et fragile, qui partage désormais sa vie avec un type jaloux et violent). Dans ce roman chatoyant, on rencontre donc de l'amour, des jolies rondeurs, un animal sauvage, un dentiste libidineux, des parents comédiens et tout le toutim. C'est original et offert à tous les esprits farfelus et rêveurs. Ce n'est pas non plus un livre sur les femmes rondelettes qui s'assument et réclament de l'amour dont elles ont aussi le droit, pas que ça. Cela va beaucoup plus loin et pousse les frontières de l'imagination !    Folio n° 4565

 


 

bulle_de_tiepoloLa bulle de Tiepolo, par Philippe Delerm : Dans une brocante parisienne, un homme puis une femme s'attardent autour d'un même tableau signé par le peintre Sandro Rossini. C'est la jeune femme qui en fait l'acquisition, l'italienne Ornella Malese. Rossini est son grand-père inconnu, que toute la famille a semblé renier. Le secret autour de ce personnage semble être des plus opaques et c'est finalement en compagnie d'Antoine Stalin, l'amateur de peintures italiennes, que la jeune écrivain, accessoirement enseignante, part sur les traces de son passé. Sur des sentiers parrallèles, Antoine rencontre un tableau de Tiepolo - El Mundo Nuevo - en relation avec le travail sur Vuillard qu'il cherche à accomplir, et il découvre ainsi le mystère d'une bulle qui reflète la vérité sur des pistes de lecture dans la vie de tout mortel.

Car dans "La bulle de Tiepolo" Philippe Delerm a mis en scène deux solitaires, Antoine et Ornella, qui unissent leurs errances respectives pour aller au devant des hantises du passé. Antoine a perdu sa femme et sa petite fille, Ornella combat le silence familial qui entoure leur héritage. Depuis le début jusqu'à la toute dernière phrase, que j'ai absolument vénérée, j'étais charmée, éblouie, conquise. Delerm n'est ni pédant ni redondant, il raconte une enquête des origines, via la passion de l'écriture et la peinture, et règle ainsi quelques comptes sur les succès d'estime qui partent en vrille et deviennent "phénomènes de foire", comme ce fut le cas pour sa "Première gorgée de bière". Il pond aussi quelques petites perles définissant justement la perception de toute création - "Cerner les métaphores secrètes d'une oeuvre, non pour l'expliquer, mais pour ouvrir des pistes de lecture, des rencontres possibles avec les questionnements les plus intimes des spectateurs, qu'on voit toujours de dos". Et concernant ce nouveau roman, le lecteur y retrouve toutes ces émotions et cette poésie simplissime, mais efficace. Un moment de lecture captivant et ensorcelant, dans les rues vénitiennes - détail non négligeable !  Folio n° 4562 .

 


 

j_apprendsJ'apprends, par Brigitte Giraud : " Il ne faut pas faire ce que je fais quand mon institutrice inscrit sur le tableau : racontez une soirée d'automne. Il ne faut pas écrire : La nuit qui tombe à cinq heures. Le bruit de la Cocotte-minute, le bruit du mixer, la chaise vide de ma sœur, la louche pour servir la soupe, le lait que mon demi-frère verse dans la soupe pour la refroidir, le silence autour de la table. Il ne faut pas écrire : Celle qui n'est pas ma mère assise en face de moi. Le début de fou rire qui nous envahit, mon demi-frère et moi, et notre détresse qui grandit en même temps que le jour diminue. Il ne faut pas confondre l'énoncé des rédactions avec de vraies questions. Je dois inventer un monde spécialement pour le raconter à mon institutrice. J'apprends qu'on ne peut pas tout dire. " (Présentation de l'éditeur)

Brigitte Giraud livre un roman en toute simplicité, écrit avec beaucoup d'amour pour la petite Nadia, enfant 'importée", un modèle dont on gomme les angles et avec un pan d'histoire qu'on tente d'effacer, avec maladresse et méchanceté, déjà. "J'apprends" est un mélange d'innocence et de pudeur, de vérité qui sort de la bouche des enfants. C'est très simple, ce qui n'enlève pas sa qualité !    Le livre de poche n° 30824.

 


 

A ta place, par Karine Reysset : Cécile a quelques kilos en trop, un boulot pas formidable, une vie tranquille, sans remous, qu'un coup de fil va remettre en question. Un docteur cherche à la rencontrer car une certaine Chloé a son nom griffonné sur un papier, trouvé dans sa poche. Passé le premier choc d'entendre à nouveau parler de son ancienne meilleure amie, plus vue depuis treize ans, Cécile se ressaisit et va à sa rencontre. Un nouveau choc l'attend : Chloé n'est plus la même. Dans un état catatonique, enfermée dans un hôpital psychiatrique, muette et toujours plus mystérieuse, Chloé ne livre pas la clé de ses secrets. Pour comprendre Chloé, Cécile se rappelle leurs années d'amitié durant leur adolescence. Passion brumeuse et comportement effronté, l'attachement des deux jeunes filles flirtait aussi avec un rapport étrangement intime et ambigu. Puis, plus rien. Chloé s'est évaporée. L'émotion de la retrouver submerge Cécile. A elle aujourd'hui de redessiner les contours de son amie. De lui rendre la parole, la féminité, et de la conduire vers son chemin. Même si, en passant, Cécile se glisse un peu trop à la place de Chloé...

Ecrite de manière profonde et sur un ton personnel, l'histoire du roman de Karine Reysset demeure un chuchotement pudique, très sensible. C'est un récit bouleversé par le temps et les aléas de la vie, renversé par le déferlement des souvenirs, des envies et des manques. Cécile est une jeune femme qui manque cruellement de "tout" dans sa vie, depuis longtemps. Chloé, de son côté, est une figure révolutionnaire, résolue et impérieuse. Le jour et la nuit. Quand les rôles s'inversent, Cécile saisit sa chance, au risque de courir à sa perte. Et sa course à bout de souffle, dans quel but ? Se substituer à l'autre, pas seulement. Avoir des reproches silencieux ? Car "à ta place", Cécile aurait fait d'autres choses, aurait empoigné sa chance. Mais encore !.. Il y a tellement de "si" dans une vie, tellement de "voudrais bien". Le destin de Cécile et Chloé, si emmêlé depuis des années, est cruellement empoisonné, enchaîné et désespéré. L'une des deux va perdre, souffrir. Immanquablement. On cherche à y croire, à sauver la face, mais...

Ce troisième roman de Karine Reysset est à la fois différent des autres, plus ambitieux. Toutefois son écriture est terriblement la même : douceur, cocooning, éveil des sens, appel des odeurs, du goût et des larmes, salées. Un roman écrit comme sur des coquilles d'oeufs, à lire comme tel !  Chez Points.

 


 

Je pense à toi tous les jours, par Helena Villovitch : Très tonique et pétillant, ce recueil pondu par l'extravagante Helena Villovitch vous redonne un coup de peps pour la journée ! "Je pense à toi tous les jours" est une véritable ode à la bonne humeur, à la fraîcheur, à la joie de vivre. En tout, douze aventures, douze portraits d'hommes, de femmes qui travaillent, rêvent d'être riche et célèbre, expliquent le pourquoi du comment du travail à domicile, pourquoi on ne répond pas au téléphone, le plaisir presque jouissif de conduire son antique Renault 14 avant d'être condamnée au RER, de supporter les autres, les ex, les amants qui perdent un boulon ... bref, c'est drôle, excentrique, désopilant et ça change de l'ordinaire. Héléna Villovitch, c'est une joyeuse et surprenante découverte. La personnalité de la jeune femme transpire à travers les pages et les lignes du livre. D'ailleurs, saluons l'ingénueuse idée de glisser quelques photos de l'auteur avec ses trois maris, d'elle avec son amaryllis ou dégustant un sushi.. eh oui, c'est étonnant, positivement surprenant et c'est franchement une belle tranche de Plus ! La critique du Monde ne s'était pas trompée en parlant d'elle: " Il y a de la vivacité et de la belle humeur. Héléna Villovitch ne manque pas de souffle! ".  Chez Points.

 


 

Prenez soin du chien, par JM Erre : Dans la rue de la Doulce-Belette, deux immeubles se toisent dans toute leur splendeur et décadence, avec à leur bord des locataires triés sur le volet par un propriétaire commun mais mystérieux. Seul l'agent immobilier, Monsieur Naudet, sert d'intermédiaire pour les visites, les réglements de compte et les réunions d'urgence. Car effectivement, dans ces deux immeubles, des drames en série vont surgir. Cela a commencé par un crime atroce, celui d'une locataire, mademoiselle Chiclet, assassinée chez elle par un pervers. Max Corneloup, auteur de romans-feuilletons, emménage dans l'appartement et prend très vite en grippe son voisin d'en face, Eugène Fluche, qu'il soupçonne d'épier tous ses faits et gestes. De l'autre côté, Eugène surprend également cet individu collé à ses fenêtres et qui passe son temps à l'espionner. Une guerre muette s'engage, les deux hommes consignent le tout dans leurs journaux intimes. Puis, le mystère du chien de madame Brichon retentit. Le fidèle Hector a disparu, sa maîtresse (et voisine de Max Corneloup) est convaincue qu'il a été zigouillé. La dame devient dingue. Roulement de tambours, d'autres délits vont survenir, des vengeances sourdes, basses et aveugles, jusqu'au gong final à paraître dans le "Paris Massacre" très prochainement...

Si cela n'a pas suffit pour vous convaincre de vous "jeter" sur ce livre, je ne saurai vous engager plus. Ce premier roman a la verve des franchouillards, des histoires impertinentes et amusantes qui manquent cruellement chez les auteurs débutants. Le roman est un doux mélange d'histoire policière, de moeurs de voisinage et d'une comédie de théâtre de bouvard. C'est franchement drôle ! JM Erre est ingénieux, non sérieux, intéressant et, pour tout cela, il mérite qu'on l'encourage et s'intéresse à cette galéjade mémorable ! Jusqu'au bout, on s'étonne et bravo l'artiste !
Chez  Points.

 


 

Le jugement de Léa, de Laurence Tardieu : "Le jugement de Léa" est l'histoire d'une jeune femme qui attend le verdict de son jugement. Elle a tué son petit garçon. Depuis, elle n'a plus ouvert la bouche et n'a rien dit à personne, rien dit de son geste, rien expliqué.  En attendant, donc, la jeune femme émeut son gardien qui arrive à briser sa carapace et à 'délivrer' celle-ci. Lentement Léa va raconter son parcours, depuis son enfance dorée, entourée de parents qui ne s'aimaient plus et n'ont jamais su donner de l'amour. Puis, pour fuir ce cauchemar, elle se précipite dans un mariage luxueux mais qui n'arrive pas à la remplir non plus. Elle quitte son mari, rencontre des hommes, mais toujours rien...

Combler son vide, combler sa solitude. Lorsqu'elle apprend qu'elle est enceinte, Léa pense s'en sortir et croit former avec son fils deux solitudes. Jusqu'au jour où ce petit garçon va la regarder autrement. "Que dit-on à un enfant de trois ans qui n'a pas connu son père et soudain le réclame? Que dit-on à un enfant de trois ans dont le père a été un amant de quelques heures, un corps de passage, un corps pour combler le vide? Dit-on la vérité? Et quelle vérité? Que s'est-il passé? Rien, ou presque." Léa est touchante et froide. Silencieuse et meurtrie. "Je n'avais pas imaginé la difficulté d'élever seule un enfant." Non, et c'est tout son drame.

Laurence Tardieu signe un roman grave, solennel et implacable. L'ambiance est pesante, mais le fond de cette histoire nous bouleverse envers et contre tout. Toutefois, les explications assez rares fournies par l'héroïne pour expliquer la mort de son fils demeurent vagues et ne suffisent pas. Personnellement j'aurais aimé en "avoir" un peu plus.  Chez Points.

 


 

Ils s'en allaient faire des enfants ailleurs, par Marie Ange Guillaume : La narratrice a une façon bien à elle de décrire la débandade des hommes de sa vie : "ils s'en allaient faire des enfants ailleurs". Ainsi soit-il ! Depuis sa petite enfance, cette jeune femme avoue un appétit d'ogresse pour les amourettes, cela lui a pris très jeune, pendant l'été, à la colo. Et son parcours n'a jamais cessé d'être parsemé de rencontres, d'envies d'y croire, de culbutades d'un soir, de tromperies et autres illusions sentimentales. Les hommes, c'est simple, n'ont jamais cessé d'être cette engeance indispensable dans son existence ordinaire, mais fuyante, lâche et fielleuse. "Les hommes avaient l'air vivants, forts, taillés dans une matière crédible (...) Ils m'aimaient à leur manière, ils en avaient les larmes aux yeux, mais ils ne pouvaient rien pour moi". Déjà la figure du père est égratignée, quel est-il cet homme qui part un matin avec la boulangère, en laissant ses livres et ses Mozart ?... Tous les mêmes, finalement.

En bref, le tableau de chasse de cette croqueuse d'hommes est impressionnant. Le livre est un court condensé de ses expériences en 110 pages, sur des chapitres filiformes et elliptiques. Cette boulimie d'aventures donne le tournis, mais c'est la conclusion de cette série qui fournit une tentative d'explication et clame l'indulgence. Cette jeune femme, donc, est une victime, une forcenée de l'amour, ni plus ni moins naïve : "je regarde cette agitée, cette affamée, avec toute l'affection qu'elle mérite. Elle m'amuse. Et c'est un peu grâce à elle, si je suis heureuse. Elle m'a fabriqué des souvenirs. Vu de loin, tout en vrac, il n'y a pas que du grandiose, mais l'essentiel y est, entre les lignes, entre les nuits : un bruit sourd, fragile et obstiné, comme un battement de coeur dans ta poitrine". Drôle et cocasse, ludique et coquine, cette narratrice a finalement su s'en tirer par une belle révérence. Et puis, si l'on revient à la dédicace du roman, elle l'a trouvé son amour : l'homme de la page 70 !    Points.

 


 

secrets_de_famille_2Secrets de famille, par Louisa May Alcott : Kate Snow est engagée comme gouvernante chez la famille Carruth pour prendre soin d'Elinor, une jeune fille affligée d'une maladie mentale (en fait, une dépression nerveuse doublée d'une profonde mélancolie). La famille Carruth est la cible d'une malédiction ancestrale : chaque héritier est persuadé d'être atteint de folie, pour remédier à cette tragédie les enfants s'interdisent de se marier. Or, Amy, la soeur d'Elinor, a justement entrepris d'épouser un certain Carroll, grand ami du redoutable Robert Steele, le mauvais esprit de la famille Carruth. Cet homme est une ombre menaçante sur la famille, il est omniprésent, s'arrogeant le droit d'imposer ses conditions chez ces infortunés, pris dans un étau, car Steele est le détenteur d'un secret, le confident d'une honte qui accable les Carruth.

Mais quel est donc ce secret ? Quelle véritable personnalité se cache derrière la figure farouche de Steele ? Et Kate Snow, petite bonne femme au caractère orgueilleux et décidé, quelle part cruciale va-t-elle s'accorder pour apporter la paix à Elinor et sa famille ? Car dans "Secrets de famille", il sera bien évidemment question de duplicité, d'amours naissantes, de tromperies et de drames en cascade. Louisa May Alcott a su diriger son histoire dans l'harmonie des romans sombres et oppressants, si le mot "harmonie" colle difficilement à cette idée... Mais Louisa May Alcott avait véritablement ce don pour la théâtralité, la tragédie en puissance et donnait à ses personnages féminins une tournure plus tapageuse que l'image de la blanche colombe, fragile des nerfs, et qui s'évanouissait au moindre mal. Dans "Secrets de famille", c'est Kate Snow qui tient la dragée haute. Elle n'est pourtant pas épargnée, car Louisa May Alcott ne la pare pas d'un halo totalement héroïque et salvateur. Sous la candeur, se cache forcément une fourberie en jupons... Encore un roman, injustement méconnu, de Louisa May Alcott à découvrir sans plus attendre !   Joelle Losfeld. 8,10 euros.

 


 

Et je vous épargne les autres sorties, tout aussi prometteuses (je n'en doute pas), mais ne les ayant pas lues, je m'abstiendrai d'alourdir cette liste ! ... :)