Chez Clarabel (2)

Des livres, de la passion de lire et des dessous chics

01/06/07

En Juin, continue de faire ce qu'il te plaît !

Quelques titres à paraître en format poche ... une sélection parmi les ouvrages que j'ai lus :

La Maison dans les dunes, Vonne van der Meer : Il existe sur l'île de Vlieland une maison dans les dunes où locataires d'un temps peuvent s'y prélasser pour des vacances normalement sans soucis. Cette maison dans les dunes devient donc la confidente d'hommes et de femmes plus souvent tourmentés par leur vie extérieure, qu'ils ramènent entre ces murs, incapables de laisser les ennuis à la porte. Et ainsi, un peu comme cette femme de ménage qui se balade à vélo sur la plage, on observe secrètement les uns et les autres se débattre dans les petits riens de la vie ordinaire ! Il y a ce jeune couple marié avec un enfant de bas âge dont le mari a avoué une passade toute récente, deux femmes qu'une génération sépare et dont la grossesse de l'une va rejeter la décision de l'autre prise vingt ans auparavant (et qu'elle pensait être la bonne)... Il y a d'autres couples, ou des hommes et des femmes au crépuscule de leur vie qui pensent finir leurs jours dans cette maison dans les dunes, mais aussi un grand amour naissant ET un livre d'or !

J'ai sincèrement beaucoup aimé ce roman qui transporte automatiquement son lecteur dans son univers de sable et d'isolement insulaire. J'ai un peu repensé à une autre lecture, "Haute saison, quinzaire uniquement" de Nathalie Ours, dans son principe de petites anecdotes de locataires dans un même lieu. Car c'est une lecture à considérer aussi bien en roman qu'en recueil de nouvelles. C'est léger et distrayant. Une suite existe : "Le bateau du soir".  10-18 n° 4036.


reve_de_balthusLe rêve de Balthus, par Nathalie Rheims : Une jeune fille, Léa, fait des rêves médiumniques. Elle rêve du tableau de Balthus dans lequel elle pense s'y retrouver sous les traits de la jeune fille endormie. C'est un peintre, Andrea, qui le souligne. Il révèle également l'étrange similitude entre sa propre fille, Angie, et la deuxième fille du tableau, celle qui tend une rose jaune. Or, Angie est portée disparue. Et dans ses rêves, Léa croit que cette jeune fille lui chuchote une vérité, une confession. Partie à Venise, à la rencontre d'une confrérie secrète, Léa va comprendre la signification de ses rêves, tenter de percer le mystère de l'immortalité, comprendre le mystère des disparus - son père Maurice et la jeune Angie -, et pactiser avec le Malin. Diableries, onirisme, peintures de la Renaissance, Balthus dans son atelier, bref... on en voit de toutes les couleurs ! C'est d'ailleurs le léger défaut de ce roman : un peu trop confus par moments. La frontière entre le rêve, le réel et la vérité est si mince. On hésite à entrer dans l'histoire, bourlingué entre un appartement parisien, un palais vénitien et un songe plongé dans l'obscurité. Les parois sont fragiles, et hélas j'ai trouvé que l'histoire n'était pas suffisament brodée ! Pourtant Nathalie Rheims traite élégamment son récit, d'une belle écriture épurée et intelligente. Malgré l'effet d'hypnose, j'ai regretté que l'histoire ne s'éternise davantage ...  Chez Folio n°4570.


vous_dansez_2Vous dansez ? , par Marie Nimier : L'écrivain livre toutes formes d'états d'âme glissées dans des chaussons de danse, ou même des patins à glace. Car en effet, ses personnages sont tout autant des pantins désarticulés, aux rêves effrités, rêves de gloire, d'amour ou de survie, bien loin des feux de la rampe. Mais également la danse rime avec sensualité, comme dans le premier texte "Le ficus", où un passionné de plantes caresse son amante comme il bichonne son végétal - amoureusement, sensuellement, sûrement.

Dans l'ensemble, les textes sont très touchants, mettant en lumière les failles secrètes du monde de la danse - la peur de vieillir, se sentir seul, incompris, isolé, perdre sa soeur en jouant à la balançoire, vivre avec ce manque et ce traumatisme, garder le silence, assumer son corps, sa "superbe", aimer se monter, assumer son narcissisme... Ce recueil dévoile ainsi les multiples facettes de la danse, combien derrière le charme, la beauté et la sensualité se cachent souvent la misère, la solitude, la fragilité du corps et l'appartenance à un univers à part. Ce livre, en somme, se fait l'écho de quelques notes de musique pour l'ouverture d'un ballet merveilleux, humain, triste et dérisoire, mais généreux dans le fond. Une petite heure (de lecture) en douceur...  Folio n° 4568.


lily_la_tigresse_2Lily la tigresse, par Alona Kimhi : J'ouvre le livre et je plonge aussitôt dans un bain crémeux et odorant où, perdue dans la mousse, je rencontre Lily, jeune célibataire de trente ans et ses 112 kilos de femme. La belle se donne du plaisir avec son pommeau de douche, qu'on me pardonne cette transgression de son intimité, mais il faut dire que Lily livre en toute transparence l'étendue de son existence assez cocasse. Cela fait bientôt deux ans que son fiancé est parti, refusant net le mariage, sous prétexte que les kilos superflus de sa douce l'indisposaient ! Lily est donc seule, dans l'appartement hérité de sa grand-mère Rachélé, et pense à l'amour. Elle le cherche et le veut, au plus vite ! Après son bain, Lily se pomponne pour aller au cirque avec sa meilleure amie Ninouch. Mais rien ne se passe comme prévu : elle loupe la séance, rencontre une femme chauffeur de taxi et retrouve son premier amant, Taro.

Lily est une épicurienne, on le devine d'emblée. Sa recherche perpétuelle du plaisir est tout autant enthousiasmante et grisante pour le lecteur qui suit ses aventures ! Le ton général est drôle, amusant et étonnant. Alona Kimhi a un don particulier pour la fantaisie et l'excentricité, cela donne vite le tournis. J'étais étonnée de lire aussi vite les 430 pages de ce roman, même si j'avais des yeux de plus en plus hallucinés vers la fin (la tournure des événements clôt franchement le sujet!). Et si, aussi, j'avoue quelques lassitudes pour les longues descriptions sur le passé de Ninouch (ancienne prostituée, un peu débile, mais attachante et fragile, qui partage désormais sa vie avec un type jaloux et violent). Dans ce roman chatoyant, on rencontre donc de l'amour, des jolies rondeurs, un animal sauvage, un dentiste libidineux, des parents comédiens et tout le toutim. C'est original et offert à tous les esprits farfelus et rêveurs. Ce n'est pas non plus un livre sur les femmes rondelettes qui s'assument et réclament de l'amour dont elles ont aussi le droit, pas que ça. Cela va beaucoup plus loin et pousse les frontières de l'imagination !    Folio n° 4565


bulle_de_tiepoloLa bulle de Tiepolo, par Philippe Delerm : Dans une brocante parisienne, un homme puis une femme s'attardent autour d'un même tableau signé par le peintre Sandro Rossini. C'est la jeune femme qui en fait l'acquisition, l'italienne Ornella Malese. Rossini est son grand-père inconnu, que toute la famille a semblé renier. Le secret autour de ce personnage semble être des plus opaques et c'est finalement en compagnie d'Antoine Stalin, l'amateur de peintures italiennes, que la jeune écrivain, accessoirement enseignante, part sur les traces de son passé. Sur des sentiers parrallèles, Antoine rencontre un tableau de Tiepolo - El Mundo Nuevo - en relation avec le travail sur Vuillard qu'il cherche à accomplir, et il découvre ainsi le mystère d'une bulle qui reflète la vérité sur des pistes de lecture dans la vie de tout mortel.

Car dans "La bulle de Tiepolo" Philippe Delerm a mis en scène deux solitaires, Antoine et Ornella, qui unissent leurs errances respectives pour aller au devant des hantises du passé. Antoine a perdu sa femme et sa petite fille, Ornella combat le silence familial qui entoure leur héritage. Depuis le début jusqu'à la toute dernière phrase, que j'ai absolument vénérée, j'étais charmée, éblouie, conquise. Delerm n'est ni pédant ni redondant, il raconte une enquête des origines, via la passion de l'écriture et la peinture, et règle ainsi quelques comptes sur les succès d'estime qui partent en vrille et deviennent "phénomènes de foire", comme ce fut le cas pour sa "Première gorgée de bière". Il pond aussi quelques petites perles définissant justement la perception de toute création - "Cerner les métaphores secrètes d'une oeuvre, non pour l'expliquer, mais pour ouvrir des pistes de lecture, des rencontres possibles avec les questionnements les plus intimes des spectateurs, qu'on voit toujours de dos". Et concernant ce nouveau roman, le lecteur y retrouve toutes ces émotions et cette poésie simplissime, mais efficace. Un moment de lecture captivant et ensorcelant, dans les rues vénitiennes - détail non négligeable !  Folio n° 4562 .


j_apprendsJ'apprends, par Brigitte Giraud : " Il ne faut pas faire ce que je fais quand mon institutrice inscrit sur le tableau : racontez une soirée d'automne. Il ne faut pas écrire : La nuit qui tombe à cinq heures. Le bruit de la Cocotte-minute, le bruit du mixer, la chaise vide de ma sœur, la louche pour servir la soupe, le lait que mon demi-frère verse dans la soupe pour la refroidir, le silence autour de la table. Il ne faut pas écrire : Celle qui n'est pas ma mère assise en face de moi. Le début de fou rire qui nous envahit, mon demi-frère et moi, et notre détresse qui grandit en même temps que le jour diminue. Il ne faut pas confondre l'énoncé des rédactions avec de vraies questions. Je dois inventer un monde spécialement pour le raconter à mon institutrice. J'apprends qu'on ne peut pas tout dire. " (Présentation de l'éditeur)

Brigitte Giraud livre un roman en toute simplicité, écrit avec beaucoup d'amour pour la petite Nadia, enfant 'importée", un modèle dont on gomme les angles et avec un pan d'histoire qu'on tente d'effacer, avec maladresse et méchanceté, déjà. "J'apprends" est un mélange d'innocence et de pudeur, de vérité qui sort de la bouche des enfants. C'est très simple, ce qui n'enlève pas sa qualité !    Le livre de poche n° 30824.


A ta place, par Karine Reysset : Cécile a quelques kilos en trop, un boulot pas formidable, une vie tranquille, sans remous, qu'un coup de fil va remettre en question. Un docteur cherche à la rencontrer car une certaine Chloé a son nom griffonné sur un papier, trouvé dans sa poche. Passé le premier choc d'entendre à nouveau parler de son ancienne meilleure amie, plus vue depuis treize ans, Cécile se ressaisit et va à sa rencontre. Un nouveau choc l'attend : Chloé n'est plus la même. Dans un état catatonique, enfermée dans un hôpital psychiatrique, muette et toujours plus mystérieuse, Chloé ne livre pas la clé de ses secrets. Pour comprendre Chloé, Cécile se rappelle leurs années d'amitié durant leur adolescence. Passion brumeuse et comportement effronté, l'attachement des deux jeunes filles flirtait aussi avec un rapport étrangement intime et ambigu. Puis, plus rien. Chloé s'est évaporée. L'émotion de la retrouver submerge Cécile. A elle aujourd'hui de redessiner les contours de son amie. De lui rendre la parole, la féminité, et de la conduire vers son chemin. Même si, en passant, Cécile se glisse un peu trop à la place de Chloé...

Ecrite de manière profonde et sur un ton personnel, l'histoire du roman de Karine Reysset demeure un chuchotement pudique, très sensible. C'est un récit bouleversé par le temps et les aléas de la vie, renversé par le déferlement des souvenirs, des envies et des manques. Cécile est une jeune femme qui manque cruellement de "tout" dans sa vie, depuis longtemps. Chloé, de son côté, est une figure révolutionnaire, résolue et impérieuse. Le jour et la nuit. Quand les rôles s'inversent, Cécile saisit sa chance, au risque de courir à sa perte. Et sa course à bout de souffle, dans quel but ? Se substituer à l'autre, pas seulement. Avoir des reproches silencieux ? Car "à ta place", Cécile aurait fait d'autres choses, aurait empoigné sa chance. Mais encore !.. Il y a tellement de "si" dans une vie, tellement de "voudrais bien". Le destin de Cécile et Chloé, si emmêlé depuis des années, est cruellement empoisonné, enchaîné et désespéré. L'une des deux va perdre, souffrir. Immanquablement. On cherche à y croire, à sauver la face, mais...

Ce troisième roman de Karine Reysset est à la fois différent des autres, plus ambitieux. Toutefois son écriture est terriblement la même : douceur, cocooning, éveil des sens, appel des odeurs, du goût et des larmes, salées. Un roman écrit comme sur des coquilles d'oeufs, à lire comme tel !  Chez Points.


Je pense à toi tous les jours, par Helena Villovitch : Très tonique et pétillant, ce recueil pondu par l'extravagante Helena Villovitch vous redonne un coup de peps pour la journée ! "Je pense à toi tous les jours" est une véritable ode à la bonne humeur, à la fraîcheur, à la joie de vivre. En tout, douze aventures, douze portraits d'hommes, de femmes qui travaillent, rêvent d'être riche et célèbre, expliquent le pourquoi du comment du travail à domicile, pourquoi on ne répond pas au téléphone, le plaisir presque jouissif de conduire son antique Renault 14 avant d'être condamnée au RER, de supporter les autres, les ex, les amants qui perdent un boulon ... bref, c'est drôle, excentrique, désopilant et ça change de l'ordinaire. Héléna Villovitch, c'est une joyeuse et surprenante découverte. La personnalité de la jeune femme transpire à travers les pages et les lignes du livre. D'ailleurs, saluons l'ingénueuse idée de glisser quelques photos de l'auteur avec ses trois maris, d'elle avec son amaryllis ou dégustant un sushi.. eh oui, c'est étonnant, positivement surprenant et c'est franchement une belle tranche de Plus ! La critique du Monde ne s'était pas trompée en parlant d'elle: " Il y a de la vivacité et de la belle humeur. Héléna Villovitch ne manque pas de souffle! ".  Chez Points.


Prenez soin du chien, par JM Erre : Dans la rue de la Doulce-Belette, deux immeubles se toisent dans toute leur splendeur et décadence, avec à leur bord des locataires triés sur le volet par un propriétaire commun mais mystérieux. Seul l'agent immobilier, Monsieur Naudet, sert d'intermédiaire pour les visites, les réglements de compte et les réunions d'urgence. Car effectivement, dans ces deux immeubles, des drames en série vont surgir. Cela a commencé par un crime atroce, celui d'une locataire, mademoiselle Chiclet, assassinée chez elle par un pervers. Max Corneloup, auteur de romans-feuilletons, emménage dans l'appartement et prend très vite en grippe son voisin d'en face, Eugène Fluche, qu'il soupçonne d'épier tous ses faits et gestes. De l'autre côté, Eugène surprend également cet individu collé à ses fenêtres et qui passe son temps à l'espionner. Une guerre muette s'engage, les deux hommes consignent le tout dans leurs journaux intimes. Puis, le mystère du chien de madame Brichon retentit. Le fidèle Hector a disparu, sa maîtresse (et voisine de Max Corneloup) est convaincue qu'il a été zigouillé. La dame devient dingue. Roulement de tambours, d'autres délits vont survenir, des vengeances sourdes, basses et aveugles, jusqu'au gong final à paraître dans le "Paris Massacre" très prochainement...

Si cela n'a pas suffit pour vous convaincre de vous "jeter" sur ce livre, je ne saurai vous engager plus. Ce premier roman a la verve des franchouillards, des histoires impertinentes et amusantes qui manquent cruellement chez les auteurs débutants. Le roman est un doux mélange d'histoire policière, de moeurs de voisinage et d'une comédie de théâtre de bouvard. C'est franchement drôle ! JM Erre est ingénieux, non sérieux, intéressant et, pour tout cela, il mérite qu'on l'encourage et s'intéresse à cette galéjade mémorable ! Jusqu'au bout, on s'étonne et bravo l'artiste !
Chez  Points.


Le jugement de Léa, de Laurence Tardieu : "Le jugement de Léa" est l'histoire d'une jeune femme qui attend le verdict de son jugement. Elle a tué son petit garçon. Depuis, elle n'a plus ouvert la bouche et n'a rien dit à personne, rien dit de son geste, rien expliqué.  En attendant, donc, la jeune femme émeut son gardien qui arrive à briser sa carapace et à 'délivrer' celle-ci. Lentement Léa va raconter son parcours, depuis son enfance dorée, entourée de parents qui ne s'aimaient plus et n'ont jamais su donner de l'amour. Puis, pour fuir ce cauchemar, elle se précipite dans un mariage luxueux mais qui n'arrive pas à la remplir non plus. Elle quitte son mari, rencontre des hommes, mais toujours rien...

Combler son vide, combler sa solitude. Lorsqu'elle apprend qu'elle est enceinte, Léa pense s'en sortir et croit former avec son fils deux solitudes. Jusqu'au jour où ce petit garçon va la regarder autrement. "Que dit-on à un enfant de trois ans qui n'a pas connu son père et soudain le réclame? Que dit-on à un enfant de trois ans dont le père a été un amant de quelques heures, un corps de passage, un corps pour combler le vide? Dit-on la vérité? Et quelle vérité? Que s'est-il passé? Rien, ou presque." Léa est touchante et froide. Silencieuse et meurtrie. "Je n'avais pas imaginé la difficulté d'élever seule un enfant." Non, et c'est tout son drame.

Laurence Tardieu signe un roman grave, solennel et implacable. L'ambiance est pesante, mais le fond de cette histoire nous bouleverse envers et contre tout. Toutefois, les explications assez rares fournies par l'héroïne pour expliquer la mort de son fils demeurent vagues et ne suffisent pas. Personnellement j'aurais aimé en "avoir" un peu plus.  Chez Points.


Ils s'en allaient faire des enfants ailleurs, par Marie Ange Guillaume : La narratrice a une façon bien à elle de décrire la débandade des hommes de sa vie : "ils s'en allaient faire des enfants ailleurs". Ainsi soit-il ! Depuis sa petite enfance, cette jeune femme avoue un appétit d'ogresse pour les amourettes, cela lui a pris très jeune, pendant l'été, à la colo. Et son parcours n'a jamais cessé d'être parsemé de rencontres, d'envies d'y croire, de culbutades d'un soir, de tromperies et autres illusions sentimentales. Les hommes, c'est simple, n'ont jamais cessé d'être cette engeance indispensable dans son existence ordinaire, mais fuyante, lâche et fielleuse. "Les hommes avaient l'air vivants, forts, taillés dans une matière crédible (...) Ils m'aimaient à leur manière, ils en avaient les larmes aux yeux, mais ils ne pouvaient rien pour moi". Déjà la figure du père est égratignée, quel est-il cet homme qui part un matin avec la boulangère, en laissant ses livres et ses Mozart ?... Tous les mêmes, finalement.

En bref, le tableau de chasse de cette croqueuse d'hommes est impressionnant. Le livre est un court condensé de ses expériences en 110 pages, sur des chapitres filiformes et elliptiques. Cette boulimie d'aventures donne le tournis, mais c'est la conclusion de cette série qui fournit une tentative d'explication et clame l'indulgence. Cette jeune femme, donc, est une victime, une forcenée de l'amour, ni plus ni moins naïve : "je regarde cette agitée, cette affamée, avec toute l'affection qu'elle mérite. Elle m'amuse. Et c'est un peu grâce à elle, si je suis heureuse. Elle m'a fabriqué des souvenirs. Vu de loin, tout en vrac, il n'y a pas que du grandiose, mais l'essentiel y est, entre les lignes, entre les nuits : un bruit sourd, fragile et obstiné, comme un battement de coeur dans ta poitrine". Drôle et cocasse, ludique et coquine, cette narratrice a finalement su s'en tirer par une belle révérence. Et puis, si l'on revient à la dédicace du roman, elle l'a trouvé son amour : l'homme de la page 70 !    Points.


secrets_de_famille_2Secrets de famille, par Louisa May Alcott : Kate Snow est engagée comme gouvernante chez la famille Carruth pour prendre soin d'Elinor, une jeune fille affligée d'une maladie mentale (en fait, une dépression nerveuse doublée d'une profonde mélancolie). La famille Carruth est la cible d'une malédiction ancestrale : chaque héritier est persuadé d'être atteint de folie, pour remédier à cette tragédie les enfants s'interdisent de se marier. Or, Amy, la soeur d'Elinor, a justement entrepris d'épouser un certain Carroll, grand ami du redoutable Robert Steele, le mauvais esprit de la famille Carruth. Cet homme est une ombre menaçante sur la famille, il est omniprésent, s'arrogeant le droit d'imposer ses conditions chez ces infortunés, pris dans un étau, car Steele est le détenteur d'un secret, le confident d'une honte qui accable les Carruth.

Mais quel est donc ce secret ? Quelle véritable personnalité se cache derrière la figure farouche de Steele ? Et Kate Snow, petite bonne femme au caractère orgueilleux et décidé, quelle part cruciale va-t-elle s'accorder pour apporter la paix à Elinor et sa famille ? Car dans "Secrets de famille", il sera bien évidemment question de duplicité, d'amours naissantes, de tromperies et de drames en cascade. Louisa May Alcott a su diriger son histoire dans l'harmonie des romans sombres et oppressants, si le mot "harmonie" colle difficilement à cette idée... Mais Louisa May Alcott avait véritablement ce don pour la théâtralité, la tragédie en puissance et donnait à ses personnages féminins une tournure plus tapageuse que l'image de la blanche colombe, fragile des nerfs, et qui s'évanouissait au moindre mal. Dans "Secrets de famille", c'est Kate Snow qui tient la dragée haute. Elle n'est pourtant pas épargnée, car Louisa May Alcott ne la pare pas d'un halo totalement héroïque et salvateur. Sous la candeur, se cache forcément une fourberie en jupons... Encore un roman, injustement méconnu, de Louisa May Alcott à découvrir sans plus attendre !   Joelle Losfeld. 8,10 euros.


Et je vous épargne les autres sorties, tout aussi prometteuses (je n'en doute pas), mais ne les ayant pas lues, je m'abstiendrai d'alourdir cette liste ! ... :)

Posté par clarabel76 à 10:30:00 - Pochothèque - Commentaires [36] - Permalien [#]

Commentaires

Chère Clarabel continues à nous donner le tournis avec ta voracité de lire qui nous laisse ce sentiment d'admiration...

Posté par célina, 01/06/07 à 12:21:08

wouah tout ça en poche ! je sens que je vais me programmer une bonne séance de rattrapage car il y en a plein dans mes listes !

Posté par Laure, 01/06/07 à 12:27:03

Des idées...

pour le week end... Chargé le week end de la fête des mères... Je pars chez la mienne et je vais essayer de me faire gâter... en poche. Merci Clarabel.

Posté par caroline_8, 01/06/07 à 12:47:26

Ah merci Célina ! Je sais que parfois je dévore, je suis gourmande ... les nourritures terrestres m'intéressent peu, mais les pépites "livresques" : oui !!! :)

Posté par Clarabel, 01/06/07 à 13:08:56

Caroline, bon week-end en avance !
Samedi, c'est la kermesse à l'école de ma fille. Je suis réquisitionnée pour la journée ! :)
Mais un petit bouquin coincé dans son sac est l'outil indispensable, cela s'entend ! ;o)

Posté par Clarabel, 01/06/07 à 13:10:20

Laure, et dire que j'ai volontairement omis certains titres qui paraissent ce mois-ci ! Ne les ayant pas encore lus, je me suis dit qu'il m'était un peu difficile de mettre en avant tel ou tel titre. Je sais que d'autres vont s'en charger !
Par contre, j'ai relevé de bien belles sorties, c'est vrai. Juin annonce les vacances, ça se sent !!! :))

Posté par Clarabel, 01/06/07 à 13:12:26

Hum, de belles sorties en perspectives. Dis moi Clarable, qui donc traitais-tu de tentatrice...? ^^

Posté par Morwenna, 01/06/07 à 15:16:35

Et comment expliquer les achats suivants : La colline aux gentianes, L'appel du passé, L'auberge du pélerin, L'oiseau dans la cheminée, La ballade et la source, Sarn (et j'en passe!) .. ? Hein ??? ;o)

Posté par Clarabel, 01/06/07 à 16:04:25

Je venais de me faire la promesse de ne plus acheter de bouquins avant au moins 15 jours (je viens de dévaliser deux librairies) mais tu es la reine des tentatrices !!!!

Posté par cathulu, 01/06/07 à 17:16:49

Moi aussi j'ai le tournis, là ! ;-)

Posté par Tamara, 01/06/07 à 17:53:45

oh!

mais il y a du Elisabeth Goudge d'en l'air... j'ai lu cela, il y a longtemps. Ma mère les avait lu, elle aussi. C'était dans ce pays très lointain... et même ma fille ainée en a lu deux.

Posté par caroline_8, 01/06/07 à 17:57:52

mais je pense...

que le meilleur d'E.Goudge est -Le pays du dauphin vert- par contre, je ne pense pas pouvoir le relire... pas la patience des longues descriptions; style de lectures romanesques que j'ai lu à 14 ans... J'ai trop changée!

Posté par caroline_8, 01/06/07 à 18:04:21

Miam! (et moi j'aime autant les nourritures terrestres que livresques, c'est un grand drame que je vis là:)) Quand je pense que je rentre tout juste de la librairie (où j'ai acheté entre autres "Mieux que dix fées", tentateuse, va!:)), va falloir que j'y retourne, trop dur la vie... :))

Posté par fashion victim, 01/06/07 à 18:14:48

Un million de mercis Clarabel pour toutes ces bonnes nouvelles ! cela fait un moment déjà que j'ai envie de lire Lily le tigresse et puis je me décidais pas, bon là je vais me laisser tenter (en poche, ça ne compte pas vraiment non ? :)
Et puis je note La maison dans les dunes, parce que je suis quasiment sûre d'aimer !!
Olalala, les romans d'Elisabeth Goudge, je les ai retrouvés récemment (ils étaient restés en Normandie). Cela fait quelques mois que je veux les relire, avec les romans de Rosamond Lehmann (que nous avons évoqués récemment !).

Posté par lily, 01/06/07 à 18:28:36

Elizabeth & Rosamond sont désormais mes nouvelles amies, en plus de Daphné, Dorothy (Eden), et Alfred (Hitchcock). Cela commence à faire du monde dans la maison ! Mais bon, j'espère qu'ils vont me dorloter, oui je crois qu'ils vont m'offrir de bonnes petites heures de délectation et de frissons !
Allez, soyons fous ! :))

Posté par Clarabel, 01/06/07 à 18:48:43

Lily, j'espère que tu vas aimer Lily la tigresse, personnellement l'écriture m'a transportée et j'ai aimé la folie de ce roman ! Car oui c'est complètement loufoque, de plus en plus dans son évolution, et carrément à la fin. Bon cela peut déconcerter, oh oui ! mais j'admets avoir voulu lire le 1er roman d'Alona Kimhi dans la foulée (Suzanne la pleureuse). Bien entendu ce livre figure encore dans mes piles, c'est tout simplement pas-ma-faute ! ! !

Posté par Clarabel, 01/06/07 à 18:50:46

Ah là là, après Jane Austen, voici la Elisabeth-Goudge-mania (suivi de près par Du maurier, Webb, et Lehmann):D
N'empêche, je vais - enfin - pouvoir en parler avec des gens qui connaissent [ou qui vont connaître bientôt ;-)].
Je persiste néanmoins: dans la catégorie tentatrices, tu te places quand même dans les premières Clarabel [en compagnie de Lilly, Cuné, Fashion...entre autres!]

Posté par Morwenna, 01/06/07 à 18:51:41

Bon les filles, il ne faut vraiment pas m'en vouloir, surtout j'insiste en précisant qu'il ne s'agit là que d'un modeste échantillon !!! J'ai découvert la liste des nouveautés, moi aussi j'avais le tournis. Que de titres qui promettent ! Mon panier aussi s'est chargé, grrrr !

Posté par Clarabel, 01/06/07 à 18:52:30

Cathulu, quinze jours de répit ? Bah ça tombe bien car certains titres vont paraître pile poil dans ces eaux-là !!! :D
Ils n'attendent que toi !

Posté par Clarabel, 01/06/07 à 18:53:16

Ouf ! Morwenna, tu me rassures, je partage le podium ! ;o)
Sans quoi, j'étais prête à dénoncer, suffit qu'on m'accuse, hein !!! :D :D
Je suis partante pour une "Folie" nommée Elizabeth Goudge & consoeurs ! Chouette !!! :)

Posté par Clarabel, 01/06/07 à 18:54:42

NB : Tiens, je me rends compte de l'étonnante coincidence ... Lily / Lily la tigresse ! Ah je comprends tout, coquine !!! ;o)

Posté par Clarabel, 01/06/07 à 18:56:14

Argghhh... Clarabel, ça me déprime quand je vois cette liste... moi qui suis sur le même bouquin depuis 15 jours ;-) Mais comment fais-tu ?! Tu as un secret, je suis sûre...

Posté par Le Chat, 01/06/07 à 19:29:44

Chère Clarabel,je suis une vraie fan de Rosamond lehman, j'ai lu tous ses livres parus en poche mais hélas tous épuisés. Il faut aller sur le sîte Amazone ou les trouver chez les bouquinistes. J'aime tellement cet écrivain que je la préfère à Virginia Woolf bien que, elles sont toutes les deux au panthéon de mes écrivains préférés avec Cesare pavese, Robert walzer et aussi notre chère Colette.J'admire tellement Rosammond lehman que je veux la garder pour moi toute seule.

Posté par célina, 01/06/07 à 19:55:00

J'ai oublié Edith Warton et Willa Cather

Posté par Célina, 01/06/07 à 20:42:47

Tout à fait d'accord Célina !
Est-ce que tu acceptes de me prêter un tout petit peu ta Rosamond ? J'ai vraiment envie de me plonger dans son univers, et là tu vois, à découvrir qu'elle appartient à un cercle très fermé de Grands Ecrivains (que j'aime aussi), je me surprends dix fois plus curieuse, gourmande et quémandeuse !!! :)

Posté par Clarabel, 01/06/07 à 20:51:35

Le Chat, il me semble que je dors de moins en moins ! Mais bon, c'est la Kulture qui maintient en forme, non ? :)
Aucune cerne à l'horizon ! Non mais je rêve ???!

Posté par Clarabel, 01/06/07 à 20:53:34

Que de tentations. Et dire que demain je vais à la librairie. Oups, ça va être dur!

Posté par katell bouali, 01/06/07 à 21:25:28

Je note...

- "Lily la tigresse" :Il m'avait déjà fait envie à sa sortie. C'est bien qu'il soit sorti en poche !
- Le Philippe Derlerm : Deux solitaires qui se retrouvent autour d'un tableau et un secret de famille, c'est ma "came" !
- "A ta place" de Karine Reysset
- Le Helena Villovitch : Pour sa bonne humeur et sa joie de vivre !
Et c'est tout car même si ce sont des poches, ça suffit ! ;o)

Et "Prenez soin du chien !" est toujours à m'attendre patiemment sur mes étagères...

Merci pour cette sélection, Clarabel !

Posté par Caro[line], 01/06/07 à 22:37:05

Caroline, j'espère que tu vas te régaler !
J'avais beaucoup aimé le "Prenez soin du chien", c'est assez désopilant !!! J'attends que l'auteur nous serve une suite prochainement, ça vaut le coup d'oeil ! ;o)
J'aime bien ta sélection dans les poches, j'espère que tu ne seras pas déçue ! :)

Posté par Clarabel, 02/06/07 à 08:58:03

Katell, rassure-toi ! Tous les titres ne sont pas ENCORE tous disponibles sur les étagères des libraires, donc voilà un sursis bien appréciable, mais bon ... un jour le couperet va tomber !!! :))

Posté par Clarabel, 02/06/07 à 08:59:09

Sous prétexte que ce sont des poches, tu nous en conseilles plus!Je ne crois pas que ce soit tout bénef'pour nos comptes bancaires!
Bonne kermesse ;-)

Posté par Anne, 02/06/07 à 12:48:20

Sais-tu que "Lily la tigresse" est le nom d'une petite squaw dans Peter pan ? Je ne sais pas si il y a un rapport !
Sinon, plein de livres intéressants, et le Philippe Delerm, forcément !
Bonne fin de journée Clarabel !

Posté par antigone, 02/06/07 à 16:51:39

Difficile de faire son choix dans tout ça, j'ai une préférence pour P.Delerm et Louisa May Alcott.
Prenez soin du chien sort déjà en poche ? je pensais que c'était un livre assez récent !!! il m'intéresse lui aussi !
Les kermesses, j'adorais m'y rendre ! ;-)

Posté par Florinette, 02/06/07 à 21:56:58

Oh oui ! C'est vrai Antigone ! Il existe une Lily la tigresse dans Peter Pan !
Bon, je ne vois pas le rapport avec l'histoire proposée par Alona Kimhi, et je crois donc qu'il s'agit juste d'une simple coincidence !! ;o)
Delerm ! Bien entendu ! ! !

Posté par Clarabel, 03/06/07 à 12:43:22

Anne, je ne me fais aucun souci sur les futures bonnes affaires que tu vas dénicher ! Hein ! ;o))

Posté par Clarabel, 03/06/07 à 12:44:05

Moi aussi, Florinette, j'avais été surprise de découvrir le "Prenez soin du chien" en poche, mais après tout c'est un roman de début 2006, donc "ça le fait" ! Et c'est tant mieux !!! :o)
La journée Kermesse fut chaude, chaude, chaude. J'en ai encore "des vapeurs" aujourd'hui !!! ;o)

Posté par Clarabel, 03/06/07 à 12:45:28

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