A_GaronneA Garonne est le souvenir d'un homme pour une maison, celle de ses grand-parents, à Malause dans le Tarn-et-Garonne. C'est La maison où ses parents et lui descendaient chaque été pour y couler leurs jours heureux, échappant à une année confinée dans un logement de fonction en Ile-de-France (ses parents étaient instituteurs).
La maison de Malause est la parenthèse idyllique, bucolique et nostalgique d'un homme devenu écrivain et qui aujourd'hui se penche sur sa feuille pour y déposer toutes ses émotions. Du goût des échappées à vélo, du plaisir d'aller à la pêche, des souvenirs du bal et des filles aux robes blanches, de la grand-mère ou du grand-père qui occupaient une chambre séparée, de la quête des racines, des copains du village... Ce sont tous des moments à jamais gravés dans les mémoires.
En écrivant ce livre, Philippe Delerm prend le pari de livrer une part intime plus audacieuse qu'auparavant. Lui qui voue son écriture à la restitution d'instants fugitifs, à l'intensité des sensations d'enfance atteint avec ce récit une grandeur qui est très émouvante. Dans les dernières pages de son livre, il explique ce que devient cette maison après la mort de ses grand-parents, qu'elle représente toujours un point d'ancrage pour toute la famille et qu'elle porte désormais le nom de La Mascagne, "la maison de ses racines".
Par certains aspects, ce livre me fait penser à La Gloire de Mon Père de Pagnol, et si j'éprouve une grande affection pour ce condensé de souvenirs de l'enfance, c'est aussi parce qu'il pointe le doigt sur l'importance d'une Maison dans l'Histoire d'une famille, et parce que tout n'est pas idyllique. "Pas évident de vivre ensemble quand on ne vit plus ensemble. Et puis, au coeur de la famille, chaque famille a son évolution, son destin. Le quotidien n'est pas si simple à moduler, quand les systèmes de vie s'éloignent et que l'affectif apparaît toujours en filigrane, dans les moments passés ensemble. Mais tout cela, nous le savions à l'avance. Les idées les plus fortes, celles qui nous font vivre, sont les plus difficiles à incarner. Les plus belles. La Mascagne est là. Une maison à partager, par le présent, par la mémoire."
Voilà, c'est tout simple et sensible à la fois. Moi j'aime beaucoup.

135 pages - Nil, mars 2006 - Points, mai 2007.