09/07/07

Un auteur : Julianna Baggott

Comme elle respire

Un matin d'été 85, le père de Lissy, quinze ans, s'enfuit du domicile conjugal avec une employée de banque rousse. Cette escapade érotique ne durera qu'un mois, juste de quoi rendre la mère de Lissy cramoisie de honte. Du coup tout va être employé pour faire comme si. Comme si cet été ("de débauche de vérité") 1985 n'avait jamais existé. La narratrice (Lissy et quelques années en plus) va opérer un étrange rapprochement entre son parcours et celui de sa mère lors de cet épisode gravé dans sa mémoire. Car toutes deux ont un parcours quasi semblable. Lissy à trente ans est enceinte mais sa vie sentimentale est compliquée. Elle se souvient de ses quinze ans et de sa perte de virginité. Elle se rappelle aussi qu'avec sa mère elles étaient parties sur la route pour retrouver le père biologique de Lissy (et donc de découvrir que le papa en escapade extraconjugale n'est pas son vrai père) et ainsi retrouver un premier amour perdu. Toutes deux se forgent (ou reforgent) une identité amoureuse.

Un peu complexe à expliquer mais bien captivant à lire. Julianna Baggott dresse un portrait décapant de deux femmes à travers deux époques mais a le tour de force d'en souligner tout le parallélisme. Portrait aussi des années 70 que l'auteur n'hésite pas à écorcher et à remettre en question. Attention, second degré, dérision et ton décalé du début à la fin. De premier abord déconcertant mais passionnant en durée.

Miss America ne pleure jamais

Ce deuxième roman de Julianna Baggott relève du même principe narratif que son premier livre ("Comme elle respire") : portraits croisés d'une mère et de son enfant. Sauf que dans "Miss Amérique" la mère se confronte à son fils. Cela nous donne un passionnant roman, au plaisir égal à celui fourni pour le premier. Vraiment rien de surprenant. Le style est identique : ton décalé, second degré, dérision et humour blasé. Julianna Baggott a séduit avec "Comme elle respire", elle confirme son potentiel avec "Miss Amérique". A lire si vous appréciez la plume de Miss Baggott !

juillet 2004

Posté par clarabel76 à 15:51:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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L'Officiante - Catherine Clémenson

L_officianteIl est difficile de se séparer d'une maison, encore plus de ses souvenirs. C'est le constat de la narratrice qui regarde de loin les visiteurs et potentiels acquéreurs de la grande maison héritée d'une tante, sur l'île de Noirmoutier. Chaque pièce étant associée à une personne, à une période essentielle dans la vie de la famille, la narratrice s'avoue décontenancée par l'intrusion d'inconnus sur ses plates-bandes. Mais il faut vendre, par manque de moyens pour entretenir cette immense propriété familiale.
Elle n'est pas parfaite, la propriétaire s'est toujours exercée à démontrer aux acheteurs les imperfections de sa maison. Mais cette fois-ci, le couple semble sous le charme, séduit aussi pour toutes ces précieuses aspérités. Il est donc l'heure de tourner la page, de faire le bilan, de ranger l'album de famille, "d'un ton sépia, toutes ces choses se sont mises à vibrer, faisant entendre leur chant suranné".
Charme indicible et fragile, récit à la fois intimiste et empreint d'un hymne pour le goût de l'ancien, de la nostalgie, ce doux murmure emporte le lecteur, sensible à cette poésie. Pas seulement tourné vers le passé, ce livre donne aussi de l'allant et chasse la mélancolie. Car "L'officiante" invite à se poser, à rêver, à penser...
Très joli.

Seuil, 173 pages.  Mars 2005.

... Je te dis pas, Sathya, l'odeur des draps séchés en plein air ; on en a tant parlé dans les poèmes et les chansons d'auteurs disparus. Tant de corps ont été vivifiés de la sorte. Est-ce que tu connaîtras seulement les draps ? Dans les couettes on ne peut pas s'enrouler, on ne peut pas cacher ses larmes comme dans un grand mouchoir ni deviner comme sous la neige le paysage des corps, le pic du sexe des hommes et les contreforts en pente douce des seins des femmes. Ces beaux renflements que l'oeil caresse avant que la main n'entre en contact avec le linge fin, l'exquise fraîcheur du drap qui rendra plus délicieuses encore la surprise de la peau, sa chaleur, et la texture unique de son grain. Les couettes recouvrent tout d'une épaisse couche trop lourde et peu maniable.  (...)

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