J'ai eu du mal à entrer dans le roman : trop austère, trop figé. Je trouvais le personnage central, le peintre David, résolument lugubre. Parce que le style était du genre "aérien", j'ai tourné les pages pour finalement être surprise d'intérêt et d'engouement pour ce texte ! On ne s'attache pas seulement, en fin de compte, aux tergiversations du peintre. Exilé à Bruxelles après des déboires dans ses implications politiques, David laisse derrière lui un tableau d'une grande ampleur : "Le sacre de Napoléon". Mais dans son exil les remords l'assaillent, sous forme de pleurs d'enfant qui fredonnent incessamment dans sa tête. Que signifient-ils ? Et pourquoi ses pensées reviennent-elles sans cesse au Sacre ? Quelle était réellement la portée du tableau et de ses protagonistes ?.. C'est ce qu'au fil des pages on découvre, on apprend patiemment. A cela s'accompagne une autre figure : Marguerite, l'épouse de David. Marguerite est laide, elle a vécu dans l'ombre du peintre, a déroulé un tapis rouge pour parfaire son travail, jouait le rôle de la cuisinière, de la repriseuse, ordonnant une maison impeccable, aux armoires rangées, et sacrifiant aussi son rôle de mère, aux bons soins d'une gouvernante. Bref, Marguerite a fait le sacrifice d'elle-même pour cet homme qu'aujourd'hui elle tend à ne plus supporter, à être dégoûtée. A lui en vouloir au point de chercher vengeance ! Un dialogue de sourds semble s'installer entre les deux époux, et l'auteur le fait partager au lecteur. Du coup, peut-on adresser plus de reproches à l'un qu'à l'autre ? Pas évident. On oscille facilement entre la compassion, la révolte, la solidarité ou la fascination. Je crois que l'image dorée des deux époux, qu'ils ont soigneusement tenté d'élaborer pour faire bonne figure, tend à se craqueller au fil des pages. La fin est fatalement tragique, dans la logique des choses. Mais le roman, finalement, n'est pas juge : nulle condamnation ou sentence ne se profile. L'auteur préfère lever le voile sur les mystères d'une création avec les tourments, les tempêtes et les flots que cela soulève. Pas d'autre mot : c'est fascinant !

juillet 2004