24/08/07

logo_le_dilettante_2... Dilettante et fière de l'être !

Aujourd'hui, deux billets pour deux romans très originaux et qui gagnent à être lus !

Bonnes (pioches de) lectures !

Posté par clarabel76 à 08:31:00 - Commentaires [15] - Permalien [#]


Hors Jeu - Bertrand Guillot

Hors_JeuJean-Victor Assalti est un conquérant, un vainqueur, un Dominant. Diplômé de sa grande Ecole, il a connu une ascension fulgurante dans une boîte de com avant la chute libre en Septembre 2001. Depuis, le jeune loup pointe au chômage, renâcle et préserve un sourire Colgate auprès de ses amis tous plus brillants les uns que les autres, mais sentant bien la distance se tracer.

Par l'entremise d'un camarade, JV répond à une annonce pour un casting de jeu télé. C'est une idée sordide, un chapitre vu et corrigé du Dominant parmi les Dominés, ainsi considère-t-il sa position au coeur de la culture "populaire", la "culture plouc" !
Mais plus qu'une blague, ce pari va devenir un challenge crucial pour la carrière de JV. Collectionnant les entretiens avec les DRH, les chasseurs de têtes, épluchant toutes les annonces de job mais ne glanant toujours rien de concret, notre Jean-Victor commence à se ramollir, se voit expulser du Cercle d'Or et s'essoufle dans les soirées VIP où les conquêtes sans lendemain lui donnent la nausée. Notre loup se blinde, s'arme du Quid et du Petit Larousse et bûche comme un fou pour le face-à-face de SA vie !

Risible ? Ridicule ? Curieux ? « Hors Jeu » est le premier roman qui va vous convier dans les coulisses des jeux télé (Rappelez-vous « La Cible » qui a remplacé la cultissime « Pyramide » sur France 2 !), et ce faisant, suivre l'entreprise d'un Rastignac des temps modernes, chassé de son sérail, et farouchement déterminé à reconquérir sa place au soleil.
L'aventure est très, très drôle. Cependant, si l'attitude branchouille vous horripile, mieux vaut vous avertir du potentiel conflit se profilant à votre horizon de lecteur.
« Hors Jeu » met en scène un fier spadassin au comportement lamentable. Son regard dans l'arène du jeu télé est aussi cinglant que dans la position du quémandeur d'emploi, du séducteur à charge d'esbroufe ou du petit-jeune-qui-en-veut.
Méchant mais irrésistible, « Hors Jeu » est à l'image de son Jean-Victor Assalti. Insultant, mais angoissé. Intriguant, mais pathétique. Ce n'est pas le énième roman d'un trentenaire qui débarque dans l'édition et use des artifices d'usage pour attirer les spotlights, non ! C'est une lecture convaincante et pétillante, de même qu'elle n'hésite pas à irriter. Cerise sur le gâteau : l'auteur (Bertrand Guillot) nous dote d'humour acerbe et de cabotinage pour une autre idée de romance.
A suivre !

Le Dilettante - 280 pages - En librairie le 24 Août 2007 -  En savoir plus - Couverture : Atelier Civard .

{ Et derrière ... on découvre : Second Flore ! Félicitations à lui ! Et bon vent pour la suite des aventures ! ;o) }

** Rentrée Littéraire 2007 **

Posté par clarabel76 à 08:30:00 - - Commentaires [33] - Permalien [#]

Il ne vous reste qu'une photo à prendre - Laurent Graff

Il_ne_vous_resteDepuis la mort de la mystérieuse M., Alain Neigel n'a plus touché à son appareil photo, un Mamiya 35 mm de bonne tenue. Cela fait maintenant vingt ans.
Alain partage aujourd'hui sa vie avec Clara et accepte de l'emmener en week-end à Rome où ils descendent à l'hôtel Fontana, en face de la fontaine de Trevi. Fait exceptionnel, mais qui s'explique (cf. le roman), Alain a ressorti son Mamiya de ses placards et le porte en bandoulière dans les rues romaines.
Un jour, un homme en imperméable beige l'aborde, lui prend son appareil et le fixe droit dans les yeux au moment de le lui rendre. Gravement il lui dit : « Il ne vous reste qu'une photo à prendre » et lui tend sa carte avant de s'éclipser.
Perplexe et chamboulé, Alain va décider de rester à Rome pour dénouer cette étrange affaire.

Car si l'histoire au début paraissait simple et claire, elle va vite devenir étrange, improbable et captivante. « Il ne vous reste qu'une photo à prendre » est un jeu qu'on croirait grotesque, mais qui réunit en fin de compte cinq personnages dans une « réalité théorique, constituée d'échantillons représentatifs, de signifiants génériques ». Livrés à eux-mêmes, ces hommes et femmes doivent prendre LA dernière photo, celle qui compte, celle qui solde.
« Derrière chaque photo, par-delà le plaisir et la joie, il y a la peur, peur du temps qui passe, de sa fugacité, peur de voir puis ne plus voir, vivre puis ne plus vivre, avoir vécu et n'en avoir nulle trace démonstrative, nul souvenir tangible ; derrière chaque photo, il y a la peur de mourir, et la preuve de notre mort. »  (...)
« Les photos sont des actes manqués, des paroles sous silence, des baisers refoulés, des sourires figés, des yeux qui se ferment. »

Ce roman semi-étrange aux accents fantomatiques n'est pas une hallucinante aventure aux confins de la quatrième dimension ! Cela pourrait simplement s'apparenter au parcours initiatique d'un homme qui porte le deuil depuis des années et qu'un jeu fantasque va ramener vers la lumière éclatante du flash. (Jouons avec les mots ! ...)
Avant d'en savoir un peu plus, il est très, très bon de fabuler sur cette rencontre avec l'homme à l'imper beige - Méphisto dans sa tenue de camouflage, en opération de « repérage ». Car, comme sous l'effet d'une baguette magique, l'histoire prend un tour plus sombre, un peu inquiétant.
On pensait suivre la logorrhée d'un type ironique et au sens de l'humour décadent. On se plantait ! Finalement Laurent Graff est un virtuose qui manie à sa guise la crédulité de ses personnages et de son lecteur. Tous dans le même sac, à bord d'un minibus de couleur marron. (Les participants de ce jeu ont tous des rôles atypiques !)
Ce dilemme de la dernière photo devient un challenge de « sauve-qui-peut » pour ces héros malgré eux. Ils vont comprendre que derrière ce geste faussement anodin se trouve une vérité plus amère et terrible.
Vous désirez en savoir plus ? Car oui, la lecture en vaut vraiment le coup ! N'hésitez donc pas à franchir la frontière de cette couverture aux allures de yin et de yang !

Le Dilettante - 155 pages - Août 2007 - Couverture : Atelier Civard.

** Rentrée Littéraire 2007 **

Posté par clarabel76 à 08:30:00 - - Commentaires [18] - Permalien [#]