"Personnes susceptibles s'abstenir" était la règle préconisée par ce nouveau jeu de société qu'a offert Niels à son frère Théo, lors de sa soirée d'anniversaire. Sont réunis leur mère, les amis et fiancées. Tous s'engagent dans ce jeu brûlant qui a pour but de délier les langues et mettre à jour les vérités cachées. Que pensent les uns et les autres, les uns sur les autres, les uns des autres ?
Ce roman délie la parole, ouvre la boîte de Pandore. Il est décomposé en trois parties, d'abord on lit les pensées des protagonistes, puis on assiste à la joute verbale, puis on prend le pas du narrateur, de l'auteur qui décrit ce repas suicidaire avec toute l'élégance et la subtilité qui caractérise l'écriture d'Alice Ferney. C'est d'une poésie inqualifiable, tant sur la valeur des sentiments, sur le poids de la maternité et la féminité (thèmes abordés dans le roman).
Au cours de cette soirée, certaines paroles auront été lâchées et ne pourront plus être rattrapées. Les personnages ont tous bien conscience de cet enjeu mais ils foncent tête baissée. Un peu abasourdis, écoeurés, révoltés mais exaltés "d'être avec les mots comme des poissons dans l'eau". Ce roman donne enfin le pouvoir au langage, aux mots et à la langue éclatante et qui s'exprime, se libère. Il ne met pas en péril le sentiment de l'amitié car, après tout, un personnage le souligne : "Sans amitié, pas de confidences ni d'aveux ou de révélations, pas de critique profonde et transparente. En ce sens les amis, pour le bien qu'ils essaient de nous faire, sont aussi cruels que les ennemis qui nous souhaiteraient quelque mal.".
En un mot comme en cent, ce roman est magnifique, tout en grâce et dénuement, et dont le point final sera : "Qui peut croire que les mots servent la vérité ? Qui sait ce qu'ils tranforment vraiment en nous ? Quel est ce pouvoir qu'on leur prête ?". (La réponse est cachée dans ce livre !)

août 2006