28/09/07

Il était une fois ...

Il était une fois, dans un pays lointain,
Un jeune Prince qui vivait dans un somptueux château.

Bien que la vie l'ait comblé de tous ses bienfaits,
Le Prince était un homme capricieux, égoïste et insensible.

Un soir d'hiver, une vieille mendiante se présenta au château,
Et lui offrit une rose en échange d'un abri contre le froid qui faisait rage.

Saisi de répulsion devant sa misérable apparence,
Le Prince ricana de son modeste présent, et chassa la vieille femme.

Elle tenta de lui faire entendre qu'il ne fallait jamais se fier aux apparences,
Et que la vraie beauté venait du coeur.

Lorsqu'il la repoussa pour la seconde fois,
La hideuse apparition se métamorphosa sous ses yeux en un créature enchanteresse.

Le Prince essaya de se faire pardonner, mais il était trop tard,
Car elle avait compris la sécheresse de ce coeur déserté par l'amour.

En punition, elle le transforma en un bête monstrueuse,
Et jeta un sort sur le château, ainsi que sur tous ses occupants.

Horrifiée par son aspect effroyable, la Bête se terra au fond de son château,
Avec pour seule fenêtre sur le monde extérieur : un miroir magique.

La rose qui lui avait été offerte, était une rose enchantée,
Qui ne se flétrirait qu'au jour de son vingt et unième anniversaire.

Avant la chute du dernier pétale magique, le Prince devrait aimer une femme,
Et s'en faire aimer en retour pour briser le charme.

Dans le cas contraire, il se verrait condamné à garder l'apparence d'un monstre,
Pour l'éternité.

Plus les années passaient, et plus le Prince perdait tout espoir d'échapper à
cette malédiction,
Car en réalité, qui pourrait un jour aimer une bête ?

(récité par Jean Amadou)

Ce billet est offert à sa marraine la fée !

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Fantômes ~ Toby Litt

Paddy et Agatha ont quitté Londres pour s'installer dans cette maison qui a su les séduire sur le champ. Agatha était pleine de l'attente d'accoucher de son deuxième enfant. Le couple était heureux, confiant. Puis, survient L'événement. C'est là que le couple doit n'être qu'un seul bloc pour affronter la douleur et l'horreur, mais non. Agatha et Paddy deviennent deux étrangers qui partagent le même toit. Agatha a soudain des hallucinations, comprend que la maison lui parle, qu'elle respire et lui souffle des messages, rien que pour elle. Mais c'est compliqué à expliquer, même son époux reste sourd et le fossé entre eux se creuse. L'aversion muette de Paddy prend naissance. Il assiste, impuissant, à la folie croissante de sa femme. "Les choses avaient beaucoup changé depuis leur installation dans la maison", tout commence par cette phrase.

La maison est devenue le cadre du cocon, le lieu de sécurité où Agatha se sent aimée et apaisée, capable de continuer et de surmonter l'épreuve. C'est en gros le symbole du foetus dans le ventre de sa mère. Cela se rejoint : Agatha vient de perdre son bébé, sa maison la couve. Mais d'un autre côté, la maison projette des ombres inquiétantes : illusion de fantômes, périodes d'absence pendant lesquelles Agatha ne se sent plus exister. C'est finalement le fond du roman : chimère, rêve et mirage entre le réel et le fantasme constituent la pâte à tarte de ce roman visionnaire.

En fait, Toby Litt s'est inspiré de sa propre histoire et du désespoir de sa femme Leigh qui a fait trois fausses couches. En 60 pages, l'auteur raconte cette douloureuse expérience, sous la métaphore d'un lièvre, un "animal-idée-littéraire", pour une bien étrange introduction, fantaisiste mais incroyablement émouvante. Le roman qui suit, "fantômes", se base donc sur ce point de départ et l'auteur réussit un exercice difficile : se placer dans le corps d'une femme, comprendre sa détresse, raconter sa dépression. Il part ensuite en divagation, n'hésite pas à piquer quelques idées dans les romans victoriens, chez Henry James ou même chez Virginia Woolf (le passage sur les vagues y faisant immanquablement penser). Enfin bref, c'est un roman déroutant, c'est vrai, mais c'est un texte sensible, onirique et élaboré dans la psyché féminine. Pas mal, quoi.

Posté par clarabel76 à 13:48:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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L'échappée - Valentine Goby

 

l_echappeeMadeleine, seize ans, a quitté son village de Moermel pour travailler à l'Hôtel des Ducs de Rennes (là où les allemands ont pris leurs quartiers). Nous sommes en 1940. Un jour, arrive Joseph Schimmer. Il est différent des autres soldats, lui c'est un pianiste qui rivalise de rage et de sensibilité pour exprimer, à travers Liszt, la folie de la guerre.
Par hasard, il va choisir Madeleine pour être sa tourneuse de pages. La jeune fille est effrayée, elle ne connaît rien à la musique et se demande pourquoi elle a été choisie, et puis il lui faut vaincre ses réticences et ne pas fixer l'inconnu dans les yeux. Les avertissements de sa mère lui cognent encore dans la tête : « Les hommes t'attrapent par les yeux et le reste suit. Quarante mille Boches à Rennes, tu vas connaître par coeur le bout de tes chaussures. Me fais pas de saloperie, Madeleine. »
De toute façon, que peut-il arriver entre une petite paysanne inculte et sans charme et un musicien allemand qui occupe le territoire ? De la timidité, des frémissements, une séduction douce et un amour balbutiant ...

L'Histoire a voulu qu' « En ce temps-là, pour ne pas châtier les coupables, on maltraitait les filles. On alla même jusqu'à les tondre. » (Paul Eluard)
Car Madeleine va aimer Joseph Schimmer et attendre un enfant de lui. A la Libération, elle sera traînée avec d'autres filles, humiliée et bafouée. Et le temps passant, l'histoire rappelle qu'on n'efface jamais les consciences, que la rancoeur est tenace. Madeleine et sa fille Anne vont longtemps payer ce qu'on appelle maladroitement « une faute » (pour être polie).
Aussi, en s'inspirant du destin de cette femme brisée d'avoir osé aimer l'interdit, Valentine Goby brode l'inqualifiable à la violence laissée en goût amer dans la bouche. Jamais elle ne tombe dans le mélodrame, elle est, bien au contraire, dans la retenue.

Le style adopté par l'auteur peut cependant déconcerter : un débit lapidaire, un rythme quasi infernal. Et plus on avance dans la lecture, plus on sent cette pression enfler. Ce n'est pas de la colère, c'est de l'impuissance, une énorme frustration, la répétition insensée du même cauchemar.
La scène où Madeleine est tondue en place publique est émouvante, totalement éprouvante. On y retrouve les vers d'Eluard qui résonnent sinistrement dans cet interlude glauque et ignoble. Et c'est clair que c'est le passage le plus marquant du livre !
Le roman évolue dans le temps, il est composé de quatre parties. Son propos pourrait se résumer aux "grandeurs et décadences d'une femme amoureuse, d'une mère malgré elle et d'une fille qui ne connaîtra que l'absence".
La fin n'est pas fermée et offre plusieurs options. Ce procédé est discutable mais pourra satisfaire chaque lecteur qui choisira ainsi la version qu'il préfère.

Gallimard, 228 pages / Août 2007

** Rentrée Littéraire 2007 **

J'en profite pour rappeler le poème d'Eluard :

 

 

 

En ce temps-là, pour ne pas châtier les coupables, on maltraitait les filles.
On alla même jusqu’à les tondre.

 

Comprenne qui voudra
Moi mon remords ce fut
La malheureuse qui resta
Sur le pavé
La victime raisonnable
À la robe déchirée
Au regard d’enfant perdue
Découronnée défigurée
Celle qui ressemble aux morts
Qui sont morts pour être aimés

Une fille faite pour un bouquet
Et couverte
Du noir crachat des ténèbres

Une fille galante
Comme une aurore de premier mai
La plus aimable bête

Souillée et qui n’a pas compris
Qu’elle est souillée
Une bête prise au piège
Des amateurs de beauté

Et ma mère la femme
Voudrait bien dorloter
Cette image idéale
De son malheur sur terre.

(1944, in Au rendez-vous allemand)

Posté par clarabel76 à 09:00:00 - - Commentaires [39] - Permalien [#]
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