Ma_femme_est_une_sorciereDans la petite ville de Warburton, dans l'état de New York, T. Wallace Wooly Jr. est un homme respecté, pour sa richesse et sa loyauté envers sa défunte épouse. Un soir, après un rendez-vous avec Betty Jackson, sa blonde secrétaire aux longues jambes, Wooly est le témoin inopportun du violent incendie de l'hôtel Monroe. L'homme, dans toute sa fascination pour le feu, se précipite sur les lieux et découvre une jeune femme prise aux pièges des flammes. N'écoutant que son courage, il porte secours à cette donzelle à la peau si fraîche et dénudée !
Un scandale ! Les journaux colportent aussitôt la nouvelle. M. Wooly n'est pas un homme de la bagatelle, il faudrait que cela se sache. Justement il a un entretien avec cette Mlle Jennifer Broome, rescapée du sinistre. Ses employés le mettent en garde, mais lorsque l'apparition opère, c'est déjà trop tard ! « Mais lorsqu'une femme a une couronne somptueuse de cheveux brillants et sombres, lorsqu'elle a des yeux en amande, à demi fermés, des iris d'un jaune clair et lumineux luisant dans l'ombre de la chambre, lorsqu'elle a une bouche incurvée en un sourire bref, semblable à celui d'un chat, cruel et passionné, de petites dents blanches se montrant en un sourire de joie sans mélange, une main, aussi blanche que neige, se tendant avec impatience... »
Las ! notre homme est ensorcelé ! Pris sous le charme de cette redoutable séductrice, Wooly va accepter de l'épouser sur le champ. Cette annonce plonge l'entourage en émoi, mais les noces se déroulent sans tambour ni trompettes. Jennifer Broome devient la nouvelle Mrs Wooly, et aussitôt son désir d'exclusivité va s'étendre de façon étourdissante. Un par un, elle écarte les opportuns, les présences encombrantes, tourne la tête des récalcitrants, renvoie dans leurs chaumières les résistants.
Les carottes sont cuites !
Mais M. Wooly commence à s'étonner du comportement de son épouse. D'abord il se surprend à ressentir une contradiction dans ses sentiments, un mélange d'agacement et d'attirance incontrôlable. Puis il découvre Jennifer, en pleine nuit, escalader la bignone avant de rentrer se coucher aux aurores. Quelle étrange jeune femme ! Et si elle n'était finalement pas ce qu'elle prétendait ?
Démasquant le pot aux roses, Wooly va mettre les pieds dans le plat mais ne sera pas, pour autant, débarrasser de sa sorcière de femme ! Cette dernière, déchaînée, va lui jeter un sort qui conduira notre bonhomme à finir « rond comme une queue de pelle » !

Sordide - pensez-vous ? Un peu hélas, oui. Autant le début du roman était savant, pétillant, subtil et délicieusement ironique, autant la fin du récit vire complètement burlesque et lourde comme c'est pas permis ! Décédé prématurément, l'écrivain Thorne Smith n'a pas pu terminer son roman et c'est un autre auteur, Norman Matson, qui a bouclé le manuscrit. Pourrait-on expliquer le déséquilibre de la lecture par ce fait ?
Quoi qu'il en soit, le roman a été adapté à l'écran par René Clair (avec un scénario largement remodelé), puis a fait l'objet d'inspiration de pièces de théâtre et d'un film (Bell, Book and Candle - devenu L'Adorable voisine au cinéma - avec James Stewart et Kim Novak).
La lecture de ce livre vaut le coup d'oeil pour la peinture des personnages, entre un Wooly carrément niais et crétin, une Betty Jackson assez cruche et la féline Jennifer, qui provoque chaos et désordre pour attirer le stupide Wooly dans les flammes de l'Enfer ! Le roman a de belles choses à raconter, peut-être est-ce un tantinet désuet par endroits, mais il n'empêche qu'il remet les pendules à l'heure face aux récentes adaptations cinématographiques (cf. le déplorable Bewitched !).

Terre des Brumes - 230 pages -  Traduit de l'anglais par Anne-Sylvie Romassel.

Et puisque c'est bientôt la fête des sorcières, autant s'en donner à coeur joie ! ! !  ;o)

Un p'tit extrait, pour la route : 

«  - Jennifer est une vraie dame, adorable, cultivée. Elle sera une bonne mère pour toi.
- Oui, papa, dit Sara.
- Bien sûr, elle est très différente, dit Wooly.
- C'est vrai, dit Sara.
Ils ralentirent le pas pour qu'elle puisse regarder une dernière fois la grande et vieille maison sous les ormes.
- Tu fais des progrès en algèbre ? demande M. Wooly.
- Oui, oui, dit-elle. Je veux dire, pas du tout. Es-tu heureux, papa ?
- Hein ? Quelle idée de me poser une question comme ça ? Si je suis heureux ? Le jour de mon mariage ? Je suis gai comme un pinson.
- Vraiment ?
C'en était trop.
- Vraiment ? Diable, fillette, comment veux-tu que je sache si le pinson est vraiment gai ? Je n'en ai jamais vu, et je n'ai jamais eu l'occasion de lui poser la question. Toute cette histoire de pinson qui siffle nuit et jour, en proie à je ne sais quelle éternelle gaieté n'est peut-être qu'un mythe. Mais un mythe, ajouta M. Wooly assez follement, vaut peut-être une messe. Ha, ha !
- Je ne t'ai jamais vu comme ça, dit tristement Sara.
- Tu ne m'as jamais vu le jour de mon mariage, fillette, rétorqua M. Wooly.
- Ne me donne pas du fillette à tout bout de champ comme si nous étions dans un roman de Dickens, ou de je ne sais qui.
- Eh bien, Mlle Wooly, il est pourtant bien vrai, n'est-ce pas, que c'est la première fois que vous me voyez le jour de mon mariage ? Vous n'étiez sûrement pas invitée la première fois. Quant aux pinsons, j'allais justement dire que « l'amour se gausse du mythe du gai pinson ». Ha, ha !
- Oh pauvre papa, dit Sara. Tu es à bout de nerfs.
- Ha, ha, dit M. Wooly.
- On dirait que tu es ensorcelé.
- Et pourquoi pas, Sara ? N'est-elle pas ensorcelante ? »