empreintes_du_diable« Voilà bien longtemps, à Coldhaven, petit port de pêche sur la côte est de l'Écosse, les gens s'éveillèrent un matin dans l'obscurité de la mi-décembre pour découvrir non seulement que leurs maisons étaient ensevelies sous une couche de neige épaisse et irréelle comme il ne s'en voit qu'une ou deux fois par génération, mais aussi qu'une chose étrange s'était produite pendant leur sommeil, une chose dont ils ne purent rendre compte qu'au moyen de rumeurs et d'histoires qu'en honnêtes croyants, ils avaient honte de colporter, des histoires évoquant le diable, ou les esprits, des histoires reconnaissant à contre-coeur la présence dans le monde d'une puissance cachée que, la plupart du temps, ils préféraient ignorer. »
Ce qu'il s'est passé à Coldhaven, à cette époque, ce sont des traces de pas retrouvées dans la neige et qui ont été associées à des empreintes du diable ! Ceci place un peu le décor, car bien des décennies plus tard, c'est un fait divers dramatique qui frappe ce petit village écossais : Moira Birnie a mis fin à ses jours, et à celles de ses deux petits garçons, mais a laissé la vie sauve à sa fille aînée, Hazel. Pourquoi tant de pourquoi ? Il faut se pencher vers Mrs K, la femme de ménage du narrateur pour connaître le fin mot de ce drame. Non contente de paraître la copie conforme d'Ingrid Bergman, « tant de visage que de maintien », cette dame pratique en experte l'art du commérage.
« Ce qu'elle avait de particulier, c'est qu'elle n'était pas sûre de sa véracité. Comme Miss Marple, dans les romans d'Agatha Christie, elle attendait d'être en possession de tous les éléments, après quoi elle révélait le tout, dans ses moindres détails subtils et ironiques. »
Selon les informations de Mrs K, Moira avait décidé que son mari violent était le diable en personne !
Mais ce que Mrs K ignore, ou peut tout juste soupçonner, c'est qu'en épargnant la vie d'Hazel, Moira a provoqué un mini séisme dans l'esprit du narrateur. Il y a quinze ans, Michael Gardiner avait été le petit ami de Moira Kennedy et aujourd'hui il s'imagine qu'il pourrait être le père de l'adolescente. Cette prise de conscience est-elle avérée, oui ou non ? L'homme a vécu toute sa vie dans ce coin reculé, occupant désormais la maison de ses parents, il est marié à Amanda, qui a pris le parti de s'échapper le plus possible pour ne pas mourir d'ennui.
Un jour, Michael décide donc de retrouver Hazel et de l'emmener loin de Coldhaven. Ce n'est pas une escapade amoureuse, même si l'adolescente est belle, aguicheuse et intriguante. Il a entrepris cette fuite en avant plus pour se rassurer, pour trancher avec sa vie et pour se sortir de son inertie.
Mais je m'aperçois que c'est très réducteur de l'expliquer ainsi, car l'histoire montre que tout n'arrive pas sans rien, que le déclic provoqué tardivement est une suite logique à des événements antérieurs, survenus jusque dans l'enfance ! Alors qu'il n'était qu'un écolier, par exemple, Michael a été terrorisé par Malcolm Kennedy, le frère de Moira. Le roman ne serait-il qu'un concours de circonstances ?
Non plus.
C'est beaucoup plus ambivalent. Cela ressemble à un magma de pressentiment, de confusion et de crainte. Ce que ressent le narrateur est inscrit dans les terres de ce trou perdu d'Ecosse, fait partie intégrante des légendes et des mystères. Et toutes les questions qu'on soulève demeurent dans les airs, et ce n'est même pas grave de les laisser en suspens ! Après tout... Absorbée par l'atmosphère de Coldhaven, l'histoire s'inscrit à son tour dans les nombreux points de suspension.
Ecrit avec un sens aigu des sensations à vivre et ressentir, ce roman révèle une ambiance envoûtante, dans laquelle on s'y perd, et prouve que son auteur, John Burnside, est un grand écrivain poète !

Métailié - 218 pages - 18.00 €  (Janvier 2008)

Traduit de l'anglais (Ecosse) par Catherine Richard.