20 mars 2008
La Disparition d'Anastasia Cayne - Gregory Galloway
C'est au début une histoire simple et ordinaire autour d'une rencontre entre deux lycéens que tout séparait. Le narrateur est un garçon effacé, la jeune fille - Anna - vient d'arriver en ville et affiche une attitude qui la différencie d'emblée du reste du troupeau. Avec son look gothique, ses mèches blondes et son maquillage noir, elle impose son style, en plus d'être totalement imprévisible et foncièrement originale. Par exemple, Anna aime écrire des nécrologies, 1516 au total, soit le nombre de tous les habitants de la ville. C'est une fille qui cultive une curiosité insatiable : elle lit sans arrêt, écoute de la musique, regarde des tonnes de films et surfe sur le Net pour se chercher de nouveaux bouquins à lire, de nouveaux disques à écouter, de nouvelles choses à voir. Il n'existait rien au monde qu'elle n'ait pas envie de connaître. Le narrateur est rapidement séduit par Anna. Ils vont sortir ensemble, et la jeune fille pimente leur relation avec des cartes postales, des livres, des chansons, des codes secrets... Et puis un jour, Anna disparaît. Le narrateur va tenter de comprendre les messages codés qu'elle a laissés, persuadé que ce sont des indices pour la retrouver.
C'est un roman singulier, où règne une atmosphère étrange et indicible. Dès la deuxième moitié du récit, l'histoire plonge un peu plus dans la quête des indices pour retrouver la jeune fille disparue. Mais au début, la narration patine à présenter Anna / Anastasia (seulement pour ceux qui l'appréciaient) et la relation entre les deux lycéens de 16 ans. Simplement, d'instinct on perçoit la petite faille qui peut gripper la belle mécanique, le titre ayant déjà indiqué la tournure des événements, on se surprend alors à être plus scrupuleux, plus vigilant sur les détails. Au final, cependant, Anna Cayne demeure un mystère à part entière, une entité floue et insaisissable. C'est alors qu'on peut légitimement se questionner sur le propos du roman. La pêche aux renseignements n'est qu'une goutte d'eau dans ce vaste décor noyé sous la neige ; il reste du récit une ombre planante, fugitive. Ce roman n'est pas sans rappeler Qui es-tu Alaska de John Green (Scripto Gallimard) pour le traitement réservé à la disparition subite d'une adolescente, et qui reste sans explication. Délicat et poignant pourraient correspondre à ce livre, également fort déstabilisant.
Albin Michel jeunesse, coll. Wiz Suspense - 362 pages - 15€
Traduit de l'anglais (américain) par Nathalie Peronny.
D'autres avis de lecture : Cuné ; Marie ; Chez Claire (bis) ; Citrouille ; Ricochet ; Sitartmag ; Les Minots

