North & South (la série BBC, 2005)
Chose promise, chose due : voici une bafouille sur la série BBC adaptée du roman de Mrs Gaskell (oui, encore ! ce fut un week-end totalement dédié à la dame !). North & South, ou la confrontation entre deux mondes que représentent le nord industriel et le sud bucolique et nonchalant, et à travers ces deux antagonismes c'est l'histoire impossible entre John Thornton et miss Margaret Hale, qui vient d'arriver à Milton avec sa famille, directement du Hampshire.
Pourquoi un tel déracinement ? Mr Hale était clergyman à Helstone, menait une vie cosy et paisible au coeur d'une nature verdoyante, mise en beauté par des buissons de rosiers. Sa décision de tout quitter lui est propre, une question d'honneur et de formalité, selon lui, mais ce choix affecte profondément son épouse, incapable de s'adapter à sa nouvelle vie. Il est vrai que Milton, dans le Lancashire, est une ville bruyante, sale, peuplée d'une faune accaparée par le gain et l'argent - le regard des Hale est sans appel. Margaret et sa mère gardent une image terriblement romantique de leur Sud, refusant de s'astreindre à la moindre indulgence pour des hommes comme Thornton, qui ont en charge de diriger les filatures de coton, soumises à des règles du marché impitoyables et aux mouvements de grève de leurs ouvriers.
John Thornton est dur, âpre au travail, exigeant avec lui comme avec les autres. Il force l'admiration, le respect et le dégoût. Margaret Hale est aussitôt choquée par son attitude. La première rencontre résonne encore des échos de leur vive discussion, passée l'instant de grâce d'un coup de foudre annoncé. L'enfer à Milton est blanc, la couleur du coton. Cela vole en poussières dans les manufactures, cela empoisonne les poumons des plus faibles, cela nourrit des centaines d'employés, cela semble improbable de surpasser le lin, selon Margaret et ses proches. Thornton mène son affaire d'une main de fer, aidé par une mère aussi coriace et qui voue à son fils une dévotion aveuglante. Elle perce chez John et Margaret un lien dont ils sont encore ignorants, doutant que cette fille au caractère impossible viendra lui voler son fils, tôt ou tard.
Pour l'heure, miss Hale est préoccupée à comprendre les motivations des pauvres gens, comme les Higgins, qui revendiquent à juste titre une augmentation de salaires et du pain sur la table. Elle soutient en son for intérieur leurs prétentions à mener une grève, et excuse leurs actes désespérés qui sonnent comme des insultes aux yeux de Thornton. L'homme, devenu ami avec Mr Hale, se sent poussé à justifier chacune de ses positions pour répondre à l'obstination de Margaret, mais son discours devient davantage une flèche contre lui, par la faute de son tempérament explosif et son orgueil démesuré. Margaret est également coupable de son opiniâtreté, en plus d'être enfermée dans son image idyllique d'un Sud irréprochable et supérieur en manières.
Ce combat des préjugés rappelle incidemment Pride & Prejudice de Jane Austen, la conscience sociale en plus, mise abruptement au coeur du récit par cette confrontation entre les sensibilités existant au Nord et au Sud. Un autre élément de comparaison entre en scène, à mi-parcours, avec la demande en mariage qui est refusée par la demoiselle. Cependant, Margaret et Thornton ne remplaceront pas Elizabeth Bennett et Darcy, et n'ont pas la prétention de le faire non plus ! North & South possède ses propres qualités et un charme sans égal qui saura tout autant enchanter les fans de Jane Austen !
Mrs Gaskell avait ce talent indéniable de créer des personnages féminins dynamiques et acteurs de leur propre destin. Margaret Hale en est un exemple, puisqu'il s'agit de son parcours initiatique durant lequel elle apprendra à modifier son jugement, à évaluer sa propre conscience et à accepter le changement. Cette notion revient très souvent chez l'auteur, également soucieuse de décrire le contraste entre les couches sociales et dépeindre un contexte historique très pointu. North & South est plus qu'une simple romance entre Thornton et Margaret, c'est une dénonciation des enjeux économiques, un forum pour les plus démunis, une conscience collective qui implique que tous sont impliqués dans une chaîne humaine inextricable.
Margaret elle-même va revoir ses appréciations, se révélant plus sévère à considérer Helstone et le faste d'une vie à Londres. Implicitement, elle va se mordre les lèvres d'avoir repoussé Thornton et, surtout, de l'avoir fait douter sur son caractère droit et honnête (en effet, elle a été surprise dans les bras d'un autre homme, forcée de mentir sur sa présence sur les lieux où a eu lieu un crime, retenue de ne pouvoir dévoiler ce qui représente un secret de famille !). Leur relation devient aussi fine et fragile qu'un fil de toile d'araignée. Toutefois la mise en scène demeure impeccable, jouant avec un idéal romantique qui cache une autre noirceur, la caméra s'appuie sur les regards que tous deux se lancent ou le scénario s'amuse de cette attraction physique qui les horripile, ne pouvant la contrôler.

Je ne crois pas me tromper en affirmant que Richard Armitage interprète un John Thornton plus vrai que nature ! Sa raideur, ses yeux bleus, son flegme et sa virulence font de lui un être captivant. On pourrait se méprendre sur lui, dès les premières minutes, avant d'en apprendre davantage sur son passé, ses souffrances et sa relation si ambivalente avec sa mère. Sa rencontre avec Margaret va contribuer à faire douter de lui et le conforter que la jeune fille n'a cure de lui. Plusieurs fois, il insiste là-dessus, comme pour se faire violence. Est-ce un moyen pour se rassurer ou se voiler la face ? Les rebuffades de Margaret vont profondément l'ébranler, et surtout lorsqu'elle refuse sa demande en mariage, il en sortira agacé, vexé, soulagé et/ou blessé. (A noter, cette scène n'a pas à rougir de LA fameuse scène entre Darcy et Liz !)
De manière générale, la réalisation est superbe, irréprochable (à un détail près) et signe là une adaptation réussie, tour à tour poignante, sensible et sentimentale, sans paraître trop fleur bleue. North & South doit être vue pour x, y raisons. C'est dit, c'est ainsi, ça ne se discute pas !

North & South, d'après l'oeuvre de Mrs Gaskell. Réalisé par Brian Percival, sur un scénario de Sandy Welch. Série en 4 épisodes d'approximativement 60 minutes.
Casting : Daniela Denby-Ashe (Margaret), Richard Armitage (Thornton), Sinead Cusack (Mrs Thornton), Leslie Manville (Mrs Hale), Tim Pigott-Smith (Mr Hale), Pauline Quirke (Dixon), Brendan Coyle (Nicholas Higgins), Anna Maxwell Martin (Bessy Higgins), Jo Joyne (Fannie Thornton), Brian Protheroe (Mr Bell), William Houston (Boucher), John Light (Henry Lennox)...
La série est en anglais exclusivement, avec sous-titrages anglais.
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A voir : Lilly a également vu cette série. Isil également.
Et ce serait un crime de lèse-majesté de ne pas inclure le lien suivant : http://the-inn-at-lambton.cultureforum.net/index.htm (véritable lieu de pélerinage pour tous les amateurs d'auteurs anglais du XIXème, etc.)
Commentaires sur North & South (la série BBC, 2005)
- Je confirme que c'est à voir et à lire car si la série est époustouflante, le livre est encore mieux, surtout la scène finale et on y comprend aussi mieux pourquoi Margaret change à ce point d'avis sur le Sud à la fin (pauvres chats!). J'adore Jane Austen mais j'aime tout autant Gaskell car si le style n'est pas aussi bon que celui d'Austen, les sujets en sont plus riches et il y a beaucoup de thèmes modernes dans North and South (mondialisation de la production par exemple) et ils n'ont pas été oubliés dans l'adaptation ce qui est formidable même pour celles qui ne sont pas de grandes romantiques, comme moi. Eh oui je dois l'avouer, j'ai autant aimé les relations entre Margaret et les Higgins et entre John et Nicolas Higgins que celles entre Margaret et John, qui sont pourtant déjà bien plus intéressantes (car dans un contexte de classes) que la plupart des histoires de ce type.
- Mélanie,
Change de mari !!! (sic)
Je plaisante. Je ne voudrais pas que Mister D. fasse appel à un maître vaudou pour me punir. :( Soit, je l'aurais bien mérité !
Parce que c'est bien dommage pour Cranford, tout de même !
Karine,
Je suis en train de lire le roman, après avoir déjà vu la série. Vois-tu ! Je sais que ce n'est pas logique, et souvent je me mords les doigts de procéder ainsi, mais bon... J'ai été incapable de résister à la tentation !
Mais je suis plongée dans le roman, je savoure, c'est très très bon !!! - Isil,
Mrs Gaskell mérite indéniablement qu'on la remette à l'honneur ! Je crois en avoir très peu entendu parler durant mes études, contrairement à Jane Austen ou aux soeurs Brontë. C'est étrange, et c'est grâce au forum The Inn at Lambton que j'ai pu corriger ce manque !
J'explore les détails, j'apprécie les relations (je ne vais pas mentir que cela me plaît beaucoup ce qui existe entre Thornton et Margaret), mais la série est également brillante avec les relations qui se tissent autour, avec les Higgins par exemple.
Je lis le roman, j'ai l'impression de m'arracher le nez quand je le quitte ! - Mais nous sommes TOUJOURS très à la mode ma chère Gawou ;0)
J'ai étudié ce roman et un autre de Gaskell (Cousin Phylis, qui est d'ailleurs avec Cranford dans l'édition que j'ai, il faudrait que je le lise!) mais c'était à la fac en GB plutot qu'en France. Il est souvent étudié car c'est un très bon exemple de description de la révolution industrielle et du fossé social entre le nord et sud de L'Angleterre (qui, il faut bien le dire, existe toujours!) - Mélanie,
C'est vrai que les romans de Mrs Gaskell sont des puits de référence pour étudier la révolution industrielle et le fossé creusé entre les couches sociales, et/ou les régions. Mais pourquoi mes profs n'ont jamais pris le temps de nous y intéresser ?
Ah par contre, j'avais du Thomas Hardy en long, en large et en travers !!! pfff ! - et bien moi vous allez peut etre trouvez ça etrange mais....je me le garde...pour le jour parfait ou je pourrais le regarder!!!:o))) je sais que c'est stupide mais j'en attends tellement (parce que j'adore le livre et parcequ'entre autre emjy et isil en ont tellement bien parlé ...) que je me le garde comme un petit tresor à ouvrir un jour de grand besoin!!!! ;o)
- Magnifique billet ! C'est vrai que N&S fait incontestablement parti de ce qui se fait de mieux dans les productions BBC ... Et Richard, je ne t'en parle même pas^^
Par contre, je sais que je vais me faire jeter des tomates mais ce n'est pas grave...J'ai apprécié le roman mais peut-être pas autant que la mini-série. C'est très rare que je ressente ça mais ça m'arrive parfois^^
Sinon, je viens de lire ton commentaire posté sur mon blog. J'attends avec impatience de connaître ton avis sur Wives & Daughters ! Cette série est, une fois de plus, un vrai bijou.
Pour ma part, je vais bientôt poster mon avis sur les adaptations de Daniel Deronda et de Tess d'Urbervilles :) - Emjy,
Je sors à peine du roman de Mrs Gaskell, et je t'avoue que je suis encore toute imprégnée de cette histoire.
L'avais-tu lu avant ou après avoir vu la série ?
Je découvre le roman après l'adaptation télévisée. Et j'assure que c'est drôlement bien d'avoir agi ainsi ! Dans le roman, je découvrais un John Thornton encore plus impressionnant et attachant. Déjà j'étais sous le charme devant mon poste de télé, mais en lisant les lignes de Mrs Gaskell, j'étais ravie ! J'entrais dans les pensées du monsieur, je le découvrais sincère, secret, humain, bref j'étais en amour !!!
Et puis, dans ma tête, j'avais Richard Armitage qui était attaché au personnage de Thornton. C'est tellement lié !
Bon je ne te lance pas de tomates, tu as bien le droit d'avoir tes propres goûts et réticences !
J'ai maintenant hâte de recevoir Wives & Daughters, parce que indubitablement Mrs Gaskell est entrée dans mon corps !!! :)
J'attends tes prochains billet, sur Daniel Deronda (pour ne pas te mettre la pression). Car je suis horriblement fâchée avec Thomas Hardy et sa Tess !!!! Brrr ! ! ! - Ah mais moi je jette des tomates à Emjy ;o))) Comme toi Clarabel j'ai vu l'adaptation et lu le roman dans la foulée. D'ailleurs, c'est devenu une méthode. Adaptation BBC puis lecture et je ne suis jamais déçue. J'ai commencé avec Our Mutual Friend, puis il y a eu North and South, Vanity Fair, Jane Eyre, Kidnapped (un tout autre genre et pour une fois j'ai préféré l'adaptation à l'original), Bleak House, Middlemarch et j'en oublie peut-être. Seul Wives and Daughters y avait échapppé car j'hésitais à lire une oeuvre inachevée mais j'ai fini par succomber. Pour en revenir à North & South, j'adore ce roman que j'ai déjà lu deux fois et que je relirai encore. J'y ai retrouvé tout ce que j'ai aimé dans le film avec une dernière scène encore plus merveilleuse et surtout beaucoup plus de détails sur l'aspect social qui me plait aussi énormément.
Quel courage cette Lamousmé. Adepte du tantrisme? - Isil,
Aussi étrange que cela puisse paraître, j'ai finalement trouvé par ce procédé (le roman après l'adaptation) un prolongement au plaisir ressenti grâce aux images !
Avec le roman, c'est un autre film qui se joue dans ma tête, très proche de ce que j'ai déjà vu. Enfin je m'y retrouve aussi, et j'apprécie.
Au sujet de Vanity Fair, il existe une version de la BBC ? J'avais vu le film de la réalisatrice aux origines indiennes, avec Reese Winterspoon (désolée pour l'orthographe). Bien aimé, même avec les libertés exotiques et froufroutantes (les purites n'ont pas aimé). Mais si d'aventure une adaptation de la télé anglaise est sur le marché, je suis intéressée ! - Absolument! Et elle est excellente la version BBC. A côté, la version avec Reese W. est fade (sauf pour le côté froufroutrant). Je n'ai pas détesté mais pas particulièrement retrouvé ni la série ni le roman. Dans la série, on retrouve Philip Glenister, le Mr Carter de Cranford. Et l'actrice qui joue l'héroïne est fabuleuse.














