03 avril 2008
Nord et Sud - Elizabeth Gaskell
Après la série de la BBC, le livre...
Bien que j'avais déjà vu la série, très bien adaptée de la BBC, j'ai plongé de tout coeur dans le roman d'Elizabeth Gaskell, reprenant plaisir à découvrir les scènes cruciales, y relevant les nuances, les charmes et savourant les détails qui approfondissent les images. De plus, jamais je n'ai pu me décoller de l'esprit la figure de Richard Armitage, l'interprète de John Thornton. C'est l'acteur idéal pour incarner cet être intransigeant, redoutable en affaires, et qui pourtant devient le héros romantique par excellence depuis sa rencontre avec la jeune Margaret Hale.
Dans le livre, la demoiselle a vécu neuf années à Londres auprès de sa tante et de sa cousine Edith, qui vient de se marier au Capitaine Lennox. Margaret a repoussé les avances du beau-frère, Henry, malgré l'entente cordiale qui les unissait. La jeune fille est rentrée à Helstone, chez ses parents, où elle n'y passera que quelques mois lorsque son père fait l'annonce mortifiante de tout abandonner pour débuter une nouvelle vie dans le nord de l'Angleterre, à Milton, une cité industrielle. La famille subit un revers pénible, les contraignant à revoir leur train de vie, emménageant dans un quartier reculé et dans une maison humble. Et pourtant, Margaret affiche une superbe hautaine et dédaigneuse, un port de reine qui laisse supposer d'elle un dégoût profond pour la localité où elle réside désormais. De même, ses discours sur le commerce, les manufacturiers et l'économie font désordre et piquent John Thornton, lui-même parvenu à son niveau par la sueur de son front. L'homme est partagé entre son agacement et son attirance pour la jeune femme. Il est persuadé de ne pas être à sa hauteur, et Margaret semble disposée à lui faire ressentir son infériorité.
C'est de la pure inconscience, parce qu'il ne faudrait pas méjuger miss Hale en la traitant de bêcheuse. Certes, les premiers chapitres du roman ne lui donnent pas le beau rôle. Son maintien altier s'associe à une maladresse et une naïveté consternantes. Cela s'explique tout bonnement car elle est fille de pasteur, originaire d'une région totalement ancrée sur le savoir-vivre et l'éducation, et elle découvre à Milton des ambitions différentes. Elle est choquée, assez nigaude dans ses rapports avec la famille Higgins, ou se lance au cou de Thornton quand éclate l'émeute des grévistes, bref c'est une oie blanche qui a pour excuse d'agir selon une certaine dignité, assumant trop brutalement une charge héritée par l'inertie de ses deux parents. Depuis leur arrivée dans le Darkshire, Mrs Hale se plaint, elle est souffreteuse. Mr Hale a vite abdiqué devant l'amoncellement des tâches ordinaires, et se réfugie dans l'étude, les livres et ses leçons privées. A ceci, vient s'ajouter leur secret de famille, bien tu, bien protégé : Frederick, fils aîné et chéri, est en exil forcé en Espagne, menacé de Cour Martiale pour une sombre affaire de mutinerie, à laquelle la jeune Margaret n'a jamais eu voix au chapitre.
La trame se tisse par monts et par vaux, car Mrs Gaskell a résolu de moudre le romanesque à la conscience sociale. J'ai déjà répèté combien ce roman était l'histoire d'une confrontation entre le Sud, paisible, rural et conservateur, et le Nord, industriel, énergique et âpre, en plus d'être cette histoire sentimentale entre Margaret Hale et John Thornton, tout deux engoncés dans leurs préjugés et leur orgueil, représentant implicitant les deux partis. Ce grand Classique de la littérature anglaise, qui redonne toutes ses lettres de noblesse à l'injustement oubliée Mrs Gaskell, est un chef d'oeuvre de maîtrise et de perception. On y trouve, aussi, une analyse psychologique subtile et beaucoup d'humour (notamment dans la scène finale). La description de la condition ouvrière, avec ses misères et ses passions, est aussi compatissante que bien documentée. L'auteur évoque notamment le rôle que les syndicats commencent à jouer et surprend par l'acuité avec laquelle sont perçus les rapports de pouvoir (ce qui stupéfie encore le lecteur moderne, tant la critique semble toujours d'actualité !).
Bien entendu, la relation orageuse entre les deux protagonistes rappelle merveilleusement le roman de Jane Austen, Pride & Prejudice, allant jusqu'à retrouver la même scène où Thornton se déclare tandis que Margaret l'éconduit ! Mais les deux écrivains ont résolument un ton et une touche à part, des objectifs propres - Jane Austen cultivait l'esprit, essentiel chez ses personnages qui évoluaient dans des sociétés qui paraissaient protégées, ou très éloignées de la misère alors que Mrs Gaskell la décryptait et l'introduisait dans ses trames romanesques. En bref, ce sont bien là deux auteurs incontournables, qui caractérisent à leur façon la puissance et la richesse de la littérature du 18ème anglais !
traduit de l'anglais, préfacé et annoté par Françoise du Sorbier.
500 pages. Fayard, 2005 pour la traduction française / 25€
A été également lu par Lilly , Emjy
Commentaires
waouhhhhhhhhhh quel billet!!!! bien entendu il est evident que sainte lamousmé plussois !!!! :o)))
Sainte Lamousmé, adepte du tantrisme ! C'est désormais écrit noir sur blanc !!! ;o)
Il faut que je lise ça!!!! Et, coïncidence, je dois aller chercher un bouquin commandé en librairie aujourd'hui! Peut-être auront-ils celui-ci aussi!!!
Emjy m'en a dit beaucoup de bien... Il me tente énormément... mais n'était pas en rayon lors de ma dernière visite en librairie :(
Aelys,
Effectivement ce livre semble indisponible ! C'est Fayard qui a eu l'excellente idée de le remettre au goût du jour en 2005, mais hélas le stock n'a pas été réapprovisionné.
Et je crois également que les sites d'occasion ont été submergés par les demandes !
Karine,
Peut-être de ton côté, outre-Atlantique, les libraires seront mieux pourvus !
Sans quoi, si quelqu'un a une solution !
Personnellement je désespère de trouver "Mères et Filles". :/
Je suis contente de voir que tu as aimé ! :) Tu as écrit là un très beau billet !
Pour répondre à ta question dans les commentaires de ton billet sur la mini-série, j'ai lu le livre avant de regarder l'adaptation(ce que j'essaie toujours de faire dans la mesure du possible ...). J'ai beaucoup aimé le roman mais j'ai été plus enthousiasmée par sa mise à l'écran ... Bizarre, sans doute ;o)
Sinon, je croise les doigts pour que tu tombes bientôt sur "Femmes & Filles", lequel vaut aussi son pesant de cacahuètes !
Sinon, je compte très bientôt poster un billet sur "Evelina" de Fanny Burney. J'ai pu le dénicher d'occasion il y a quelques mois (comme quoi, tout vient à point à qui sait attendre lol)
Disponible ? Que nenni ! Après ton billet sur la série BBC, j'ai cherché en neuf (Amazon, FNAC)et en occasion (Priceminister) : rien, nada.
A la bibliothèque de ma ville, il y a "Cranford", je vais faire avec.
Lui no plus n'est plus disponible ? Très beau billet Clarabel, qui me rappelle que j'ai toujours "Femmes et Filles" en stock, et que je ne l'ai pas lu...
J'avais déjà noté ce titre suite à ton billet sur la mini série, mais là je vais le souligner en rouge :) J'espère que je vais le trouver en librairie, vos commentaires me font peur ! Un seul livre manque, et ma bibliothèque est dépeuplée :)
Ah oui j'ai fait une horrible confusion, "Femmes et Filles" c'est mieux ! ;o))
Mais je me doutais que ça clochait, j'essayais de me rappeler le titre d'après la version originale, bref j'ai pataugé dans la gadoue !
Aye, Aye, Aye ! Mes aïeux ! Il me semble que ce livre soit classé parmi les introuvables - chose inadmissible.
Il faudrait faire cohésion et porter une lettre aux éditions Fayard pour nous ressortir quelques exemplaires, ou prier que l'oeuvre passe en Folio Classiques.
Why not ?
Brûlons des cierges ! Je compatis à votre malheur (ou votre frustration !). Je m'emballe, ce soir.
Emjy,
Je trouve que la série et le roman sont très complémentaires. J'avais déjà ressenti ça avec Autant en emporte le vent.
Malgré quelques hésitations quant à choisir s'il fallait lire d'abord le roman ou regarder la série, j'ai pris la décision de m'imprégner d'abord des images, puis de me plonger dans l'état d'esprit des personnages, et résultat je ne regrette pas !
Ah, il me tarde aussi de connaître ton avis sur Evelina ! C'est un livre qui m'avait été offert, gardé précieusement sur mes étagères. Et je sais -hélas - qu'il figure également parmi les Introuvables !
Quelle épidémie !
Ouaip ouaip ouaip... Je suis allée me réinscrire à la médiathèque de la ville voisine exprès (presque ;o)) mais rien de rien de Miss Gaskell dans les rayons.... Bouh !
Tout à fait d'accord, sauf pour "oie blanche" associé à Margaret, je dirais plutôt maladroite et décalée par rapport à ses repères habituels. La première fois qu'une personne m'a fait le "hug" anglo-saxon, j'ai réagi comme Margaret face à une poignée de main. Ben on peut pas connaître tous les codes quand même. Je la comprends donc tout à fait.Et puis c'est plutôt Thornton qui est maladroit, il choisit quand même le pire moment pour une déclaration mais bon lui aussi est victime de malentendus (il n'est pas beaucoup aidé par sa soeur le pauvre, tiens pour un peu je dirais que c'est elle l'oie blanche et toc!)
C'est un calvaire de trouver du Gaskell en français. Je cherche aussi "Femmes et filles" d'occasion mais c'est introuvable. Tant pis je le garde pour moi et je ne le partage avec personne celui-ci.
Tu m'as donné envie de lire cet auteur. Du coup je suis allée hier chercher ce livre à la médiathèque. J'ai hate de me faire mon propre opinion.
En fait, j'ai trouvé Margaret très cruche. J'étais bloquée sur le jeu de l'actrice, et du coup j'avais un peu perdu de vue que la Margaret du roman était la plus plausible dans ses attitudes, ses poses, ses 'shocking' touches, etc. Oui, car au début j'étais trèèès agacée par cette Miss ! Je croyais qu'elle le faisait exprès, mais bon.
Je sais que Thornton est aussi très maladroit, alors pour son excuse je lui trouverai que c'est la toute première fois qu'il connaît le sentiment amoureux, que ça le perturbe car il ne parvient pas à contrôler ses mots, ses gestes et ses pensées. Il a grandi en suivant le même chemin, droit, dans un périmètre carré, très strict. Sa seule présence féminine a été sa mère, et un peu sa soeur.
Quelle empotée, aussi ! J'avais adoré l'actrice dans la série, elle donnait une interprétation comique et dérisoire à son personnage. C'était mieux, mais oui moins réaliste.
Il n'empêche, pour en revenir au début, que Margaret reste pour moi une 'oie blanche', c'est aussi l'histoire de son apprentissage. Elle arrive pure, vierge, idéaliste. Sa vision va changer, ses idées, ses attitudes.
Enfin voilà ... :)
Frédérique,
Ai-je bien compris que tu avais réussi à mettre la main sur le livre en médiathèque ???!!!
Amies lectrices, voyez que tout est possible !
Bonne lecture, Frédérique ! J'espère que tu vas aimer ! (Il faut voir la série aussi !)
Comme quoi, on peut avoir une vision différente d'un même personnage. Pour moi, elle a cette même indépendance d'esprit qu'Elizabeth Bennet avec plus de restrictions dans la parole parce qu'elle a grandit à Londres où les relations sont probablement beaucoup plus formelles qu'à la campagne où tout le monde se connaît. Pourquoi les hommes d'alors s'imaginent-t-ils tous que demander est une simple formule de politesse, juste un petit détail sans importance (un peu comme les enfants mal élevés qui croient que "s'il vous plait" ça veut dire "je veux")?
Moi, je préfère justement le réalisme de celle du roman dont l'évolution est justement plus "nécessaire", plus complète. Ce que je trouve plus intéressant par rapport au film où ça n'est pas développé, c'est que elle vient en fait de Londres plus que de la campagne, donc l'idéalisation du Sud vient plus de son souvenir de petite fille plus de la réalité de son observation (d'ailleurs ça me fait penser à une scène de Bienvenue chez les Ch'ti avec Galabru! Quelle comparaison!!!), et j'aime son retour dans le Sud également plus précis que dans le film. Mais pour moi, il y a dans le terme "oie blanche", une idée de candeur qui n'existe pas chez Margaret. Pour moi, une "Oie blanche", c'est plutôt Catherine Morland dans Northanger Abbey de Jane Austen qui pour le coup est d'une naïveté presque coupable. Peut-être que je me trompe car je ne connais pas la définition exacte du mot. Pour le côté pur, vierge et idéaliste et tout le reste je suis tout à fait d'accord avec toi. Effectivement, elle a beaucoup à apprendre. Par contre, j'avoue qu'elle ne m'a jamais agacé (je lui faisait confiance moi;o)) )
(Pas trop le temps, je me sauve mais je reviendrai en discuter !) ;))
Pff, de toute façon tu fais exprès de ne pas nous laisser le choix ! Comment résister ??:)
Je suis en pleine lecture d'Autant en emporte le vent et ton billet, très précis, m'a donné envie de lire Nord et Sud ! Maintenant, y'a plus qu'à trouver ce livre introuvable :-)
Bonjour Argantel !
Une (future) fan d'Autant en emporte le vent ? Puis de Nord & Sud ???
Je ne peux que t'accueillir trèèèès chaleureusement ! Je te souhaite du courage pour ce marathon de l'impossible (trouver un livre introuvable !?!).
Mais il faut le lire, le découvrir.
Magnifique série, magnifique roman !
Bonsoir ! J'ai, tout comme vous succombé au charme fou et à la superbe interpretation des deux acteurs principaux de la série North and South...le livre, je l'ai découvert ensuite, pas facile de se le procurer, je vous assure!!
La dernière fois que j'ai vu une adaptation aussi bien réussie était Orgeuil et préjugé, et si vous comprenenez l'Italien, surfez sur Cime tempestose, d'Emilie Brontee....vous apprécierez !
Dommage que nos chaînes francophones ne transmettent pas ces séries de la BBC, snifff!f!!!
Marie, cette adaptation d'Emily Brontë serait-elle celle de Wuthering Heights ? Je ne connais qu'une seule oeuvre de cette auteur, et c'est celle-ci (qui figure parmi mes préférées !).
Je vous comprends pour North & South et aussi pour Pride & Prejudice. Ce sont deux oeuvres d'excellence !
Cime tempestose : Les hauts de hurlevent
Bonsoir Clarabel, Cime tempestose est une adaptation du livre, faite par la chaine Italienne avec l'un de mes acteurs dramatiques préférés : Alessio Boni...remarquable, vous verrez ! Pour en avoir un petit aperçu, surfez sur you tube ...Il est sorti actuellement uniquement en Italien (snifff) et il y a 2 épisodes...Gràce à ce film, je me suis replongée avec bonheur dans le roman d'E Brontee...Très bonne soirée à vous !


