26/05/08

Une ombre, sans doute - Michel Quint

Quatrième de couverture

Un homme arrive dans un village du Nord. Ses parents se sont suicidés. Il n'en connaît pas la raison. Commence alors une quête aux souvenirs. Flash-back : nous sommes pendant la Seconde Guerre mondiale, les parents du narrateur viennent de se rencontrer. Ambiance d'un atelier de couture où les ouvrières chantent, aiment et pleurent leurs amours défuntes. Tout est prétexte à oublier les noirceurs de la guerre. Arrive un espion anglais qu'il faut cacher, mais un Allemand n'est pas loin qui peut mettre en péril cet élan généreux.

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C'est encore une fois un roman remarquable, écrit par Michel Quint qui nous offre, au-delà d'une histoire émouvante et très fouillée, un style hors pair. J'aime son style, j'aime son genre d'emberlificoter les lettres et les mots, ça court sur le papier et ça roule sur la langue... j'adore ! On n'invente pas une telle écriture, on la sent et on la respire, ça fait du bien d'avaler des goulées pareilles et ça vous brise tous les carcans et les règles bien établies.

L'histoire, parlons-en, est une pelote de noeuds qui court durant des années, depuis la fin des années 30 jusqu'à nos jours. Le narrateur, de retour dans un village du Nord, a appris la mort de ses deux parents, à moins de vingt-quatre heures d'écart, et découvre ensuite qu'ils se sont suicidés. Un employé de mairie, un ami d'enfance, à vrai dire, constate également que le prénom de notre homme, George, est écrit sans S et qu'il faut deux témoins pour attester son identité. La situation est risible, mais pourquoi pas ? Il rencontre Augusta, une ancienne amie de la famille, qui va lui confesser des révélations importantes sur les siens. Cela s'est passé pendant l'occupation des allemands, dans leur petit coin perdu, à la campagne et dans un atelier de couture. Il y avait Valentine et Paul, les parents du narrateur, et Rob, l'espion anglais qui était tombé fou amoureux de Valentine... Tout le monde n'a pas la graine d'être un héros, on le sait, mais l'humanité est surprenante car elle est capable de briller ou de cracher par sautes d'humeur.

Plus qu'une vérité sur les origines d'un homme, qui semble immunisé contre le chagrin, le roman ouvre les portes d'un placard rempli de fantômes. Tous les acteurs de ce théâtre de boulevard, un peu aigre, sortent des mémoires et revivent devant nos yeux. Le passé reprend forme, le narrateur voit ses personnages et leur vie, non comme un modeste spectateur ou témoin de l'histoire, mais tel un spectateur assis au premier rang. "Je laisse voleter et s'ordonner des mots lointains et proches, je m'écoute venir du fond du temps. J'ai cinquante-neuf ans depuis peu et je ne sais plus qui je suis. Sinon le roman d'inconnus en quête d'auteur. Peut-être la littérature n'est rien d'autre que cela, un destin lu à rebours, corrigé, cette invention de soi qui devient la seule réalité. J'ai tiré une chaise vide à mon côté, vous n'avez qu'à vous installer."

Avec Michel Quint, il faut juste tendre l'oreille et écouter. Il vous raconte une histoire qui prend son temps, avec des personnages qu'on apprécie, malgré leurs faiblesses ou leur part d'ombre. Il n'y a pas d'héros dans ce livre, juste des êtres désespérés et capables (coupables?) d'accomplir des actes fous et insensés. Si c'est pas de l'amour derrière tout ça, c'est quoi alors ?

Editions Joelle Losfeld, 2008 - 207 pages - 16€

Extrait :

Personnellement, j'ai une petite tendresse pour les filles de l'atelier de couture, "Elles ne sont pas maquillées cinéma, elles ont leur âge, du bourrelet à la taille et la poitrine sans illusions, mais leur chair n'est pas triste, elles exhibent des anatomies de vamps, une lingerie de quatre sous visible aux jours des broderies, ou effrontées nues sous la robe fluide, et puis permanentées à la diable, le cheveu en rebellion, mais toutes elles ont fière allure, se pavanent avec des mines, fument des cigarettes, les lèvres en cul de poule, valsent lentement, menton levé, roulent de la hanche et battent des cils. Et elles chantent en se tenant les mains, ou seules, les yeux perdus par-delà les fenêtres..."

Posté par clarabel76 à 08:00:00 - - Commentaires [19] - Permalien [#]


Commentaires sur Une ombre, sans doute - Michel Quint

Il n'arrête plus d'écrire ! :)

Posté par cathulu, 26/05/08 à 08:12:23

Oh la la faut que je le lise. Je ne me suis jamais remise d'Effroyable jardin!!

Posté par Ori, 26/05/08 à 08:16:29

Ton billet donne très envie de le découvrir, en tout cas...

Posté par maijo, 26/05/08 à 08:59:16

jamais lu cet auteur encore, je sais que ça manque cruellement à ma culture ! Ah que tu me donnes envie !

Posté par amanda, 26/05/08 à 08:59:32

Je viens juste de l'acheter et à la lecture de ton billet, je pense qu'il sera mon prochain livre de chevet.

Posté par Mireille, 26/05/08 à 09:21:01

Il me tente beaucoup celui là. J'ai loupé l'auteur aux Etonnants Voyageurs, mais je ne louperai pas son livre !

Posté par Gambadou, 26/05/08 à 09:33:59

Après ce billet, tu me donnes très envie d'ouvrir grand mes oreilles, de respirer cette écriture, de découvrir cet auteur encore jamais lu.

Posté par Emmyne, 26/05/08 à 09:55:53

Le roman qui m'a le plus bouleversé de Michel Quint s'intitule "Corps de Ballet" !
C'est un auteur qui me touche, j'aime beaucoup sa façon d'écrire, de raconter ses histoires. C'est atypique et reconnaissable entre mille.
A tenter dans tous les cas !!!

Posté par Clarabel, 26/05/08 à 09:59:48

Michel Quint est un remarquable raconteur, au sens le plus kiplingien du terme. Kiplingien, tiens, je ne le connaissais pas, cet adjectif, je le recaserai.

Posté par Georges F., 26/05/08 à 10:31:24

Ce livre ne m'attend pas... J'en attends BEAUCOUP d'autres ! :)

---J'ai repris ton com chez moi ;).--- J'ai bien lu attentivement ce que tu écris sur la beauté et tout ça de l'écriture, mais non, je ne me sens pas tentée, c'est peut-être le "Seconde Guerre mondiale" qui me fait encore fuir? enfin je laisse de côté aujourd'hui!

Posté par Gawou, 26/05/08 à 10:33:31

Gawou, il y a des jours sans ! :)

Moi, par exemple, je suis incapable d'être séduite par la nouvelle carrière de Scarlett Johansson. Pourtant dieu sait que j'adore en actrice !!! Mais chanteuse, non ça ne le fait pas ! :/

Posté par Clarabel, 26/05/08 à 10:54:33

--Je n'insisterai pas plus sur Scarlett Johansson ;)--

Posté par Gawou, 26/05/08 à 11:04:16

Bon, c'est décidé, je vais le lire. En même temps, je ne suis jamais déçue par Michel Quint... son écriture, comme tu le dis, est un vrai délice.
Eh mais j'ai raté "Corps de ballet"! Il nous en avait parlé lors d'une interview à une amie et moi et j'ai veillé, veillé la sortie mais non, rien... en tout cas par sur mon bout de caillou, sûrement parce que c'était chez un petit éditeur il me semble. Bouh ouh ouh!

Posté par Véro, 26/05/08 à 11:20:21

Oh! Mais que c'est tentant ça! J'ai adoré "Effroyables jardins" et la trame de ce roman semble être très riche! Il me le faut... bientôt!!! ;)

Posté par Karine, 26/05/08 à 12:59:08

J'aime beaucoup Michel Quint et ton billet me donne envie de découvrir ce roman. Allez, encore un sur ma liste de futurs achats !

Posté par Alwenn, 27/05/08 à 16:00:33

J'aime particulièrement "Et mon mal est délicieux". Un texte très court, intense comme Michel Quint a le secret.
A lire d'urgence;)

Posté par vanessa(eliabar), 27/05/08 à 21:24:25

Je n'ai toujours pas lu "corps de ballet", pourtant noté plusieurs fois... Alors je note celui-ci devant ton enthousiasme !!!
Bon mercredi Clarabel !!!

Posté par antigone, 28/05/08 à 11:22:29

Tout ce que tu en dis me laisse supposer que ce livre devrait certainement me plaire, en tout cas j'en prends note !! :-))

Posté par Florinette, 29/05/08 à 10:00:45

Lisez ! Lisez Michel Quint ! C'est un auteur remarquable !!!

Posté par Clarabel, 29/05/08 à 10:10:09
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