Quatrième de couverture

C'est passé 30 ans que les coeurs deviennent fragiles. Ce livre, entre réalité et fiction, est la chronique douce et drôle d'une trentenaire divorcée, mère de famille, dont le coeur s'est fracassé un soir de Noël quand son compagnon l'a quittée : « Avec mon coeur dans sa minable valise, pleine de mon minable passé avec lui, une brosse à dents, quelques caleçons et trois chemises dont une repassée par mes soins. » Pour se remettre à l'endroit, il faut marcher à l'envers. Du nouvel homme, arrivé par hasard, on ne veut rien savoir. On connaît l'odeur de son savon avant de connaître son nom. On fait parler les corps pour mieux taire les mots. Le silence est-il la clef des passions qui durent ?

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A la question : Le silence est-il la clef des passions qui durent ?, je réponds oui, sans hésiter. Ce roman en est le parfait exposé ! Sa narratrice, Lilli, est une jeune femme divorcée, mère de trois enfants, qui partage la garde alternée avec le cynique Noël, parti avec une valise le soir même de cette fête. Après ça, on vous ramasse à la petite cuillère, vos idéaux et vous. Vous ne croyez plus en grand-chose et vous attendez juste que le temps passe, au jour le jour. C'est fini de rêver éveillée ! Et puis, les vacances arrivent, vous êtes détendue et disponible, vous acceptez qu'un type vous drague et vous le suivez dans sa chambre, vous êtes consentante pour cette nuit sans lendemain. Aucun discours, juste du plaisir à saisir. Et ça marche plutôt, comme philosophie. Le retour à Paris, la grisaille ou l'été indien, et toujours votre amant connu en Corse vous "textote" (quel terme horrible!).

Ce n'est pas encore une liaison, ce n'est pas du tout une histoire d'amour. Cette histoire entre Lilli et Antoine s'est construite à l'exact opposé des schémas classiques, l'exposition du corps avant l'usage des mots. Le classicisme est rebattu et usé, la preuve est que Lilli a perdu ses illusions et ne croit quasiment plus au coup de foudre. Elle n'est pas amoureuse de cet Antoine, elle le voit épisodiquement, accepte qu'il en fréquente d'autres. Elle ne veut pas de scénario dans la tête, "de lui je ne veux que le bon, même si cela suppose parfois un grand vide. Le vide ne me fait pas plus peur que le silence, il permet de prolonger le deuil de ceux qui m'ont fait mal et qui m'habitent encore, malgré moi. Le silence guérit les maux, et je prends mon temps, sans pour autant dire d'Antoine qu'il est mon passe-temps. Il est juste mon autre temps, mon lien ombilical avec les choses de l'amour qui me font du bien."

Portrait d'une femme désabusée, qui cherche à panser ses plaies sans faire de plans sur la comète, cet Eloge du Silence se goûte sans appétit ni exigence. Le résultat est léger et spontané, livré sans fard. J'ai bien aimé l'histoire et l'idée, mais je n'ai pas trouvé l'écriture exceptionnelle, parfois un tantinet alourdie d'effets de style qui pénalisent la sensation (ou l'envie) de simplicité. Résultat, on passe un bon moment à lire ce court roman (150 pages), sans prétention. Et on est content d'accompagner cette femme dans sa guérison ! A suivre, par curiosité.

Plon, 2008 - 152 pages - 16,50 €

Les avis (positifs) de Cuné et Virginie