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Générique d'ouverture : un immeuble ordinaire de trois étages, situé en Suède dans un quartier excentré d'une ville. D'une fenêtre, quelqu'un va lancer un pot de fleurs, un grand frisbee noir et un couteau de survie.

Dans sa chambre, un garçon, ou plutôt un jeune homme, est assis devant son bureau et fixe une série d'objets. Tout doit disparaître, se dit-il. Une carte de bus, une carte postale, une grammaire allemande, une plante verte, un sachet de graines, une page de recueil de chansons, un vinyle, une boîte de préservatifs, un drap plié, un drapeau américain déchiré, un bloc-notes à la couverture noire, un paquet ficelé avec du bolduc, un billet de cinéma, un lame de rasoir et une boîte de comprimés bleus. Pas loin, un téléphone... muet.

Voilà. Le film peut commencer. La dernière séance.

Le pitch : Dans un bus qui le conduit au lycée, un garçon rencontre une jolie fille aux longs cheveux roux. D'un simple regard, ils se plaisent et se rapprochent au rythme de trois jours par semaine. C'est Joli Coeur, celle pour qui son coeur va battre la chamade. Aucun doute pour lui, c'est le grand amour. Il doit partir un mois aux Etats-Unis, alors il lui écrit de longues lettres tous les jours, a hâte de la retrouver. Mais elle lui annonce en aimer un autre, c'est la désillusion. La vie sans Joli Coeur n'a pour lui plus de sens...

Comment fait-on pour s'effacer de la vie ? Comment fait-on pour effacer sa vie ? Comment fait-on pour en finir ? Comment fait-on pour mourir ?

Le film passe en boucle, à se faire du mal. Chaque séquence est un couteau planté dans le coeur. La bobine défile... Clap de fin.

Ce que tu aurais vu et entendu, en dernier chapitre, est une relecture intelligente de ce livre hors du commun. Puisant sa force dans son écriture singulière, à la manière d'un scénario de cinéma, où l'auteur intervient comme un metteur en scène, Faux raccord ne laisse pas insensible et interloque le lecteur... On suit le zoom de la caméra, accrochée au jeune homme, seul dans sa chambre et qui se repasse le film de son histoire d'amour déçue.

C'est aussi une façon originale de découvrir, du point de vue masculin, l'expérience d'une première relation amoureuse, avec son lot d'éblouissements et d'amertumes. Troublant...

éditions Thierry Magnier, (mars) 2008 pour la traduction française - 167 pages - 10 €

Pier Nilsson, 1992 - traduit du suédois par Agneta Ségol.

Illustration de couverture de Claude Cachin

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