En septembre dernier, les avis sur ce livre n'ont pas tardé à poindre sur la blogosphère, mais le jugement général était assez tristounet. Les lecteurs ont été frustrés et déçus par ce roman ! Du coup, j'y suis allée à reculons, repoussant mois après mois sa lecture. Et me voici donc, presque un an après, avec "le devoir accompli" ! :o) Mon verdict est moins lourd, mais je pense qu'avoir été prévenue d'une déception fort probable a su me blinder (et me préparer au pire ?). Car finalement, j'ai lu, j'ai vu et j'en suis bien rendue !

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La petite histoire : Mike Hannah est un détective privé qui vient juste d'avoir quarante ans. Le même jour, il se blesse au dos et est en partie immobilisé. Assez grisé de coller à la peau du personnage joué par James Stewart dans Fenêtre sur cour d'A. Hitchcock, son film fétiche, notre homme en profite pour rêvasser et faire le bilan de sa vie... morose et routinière. Ce n'est pas le démon de midi qui frappe à la porte, mais la claque retentissante du temps passé à s'ennuyer, à ne pas connaître ceux qui l'entourent et à dormir tous les soirs dans le lit d'une femme qui préfère se confier à son journal intime. Un soir, Mike rêve de son ancienne petite amie qui l'a quitté vingt ans auparavant, cela a pour effet de réveiller ses fantasmes ronronnants... Et encore ? Sa récente rencontre avec Will, l'écrivain, va aussi le pousser dans ses retranchements. L'un et l'autre jouent un jeu de dupes. Le premier l'espionne pour le compte d'une société d'assurances et le deuxième, prudemment mais sûrement, discute et interroge Mike, sur son métier, sa vie, son épouse... Gare au gorille, mes amis !

Voilà grosso-modo ce qu'on peut en retenir. N'attendez pas de ce livre une version romanesque du film d'Hitchcock, peut-être ici retrouve-t-on cette ambiance de quartier confiné et cossu, un microcosme tout à fait indiqué pour l'étude des moeurs de ses voisins (on juge cette pratique douteuse ou malsaine, Mike Hannah se défend de faire son job...). "De toute façon, cette histoire peut, c'est évident, induire les gens en erreur, à cause de ce qu'elle implique par rapport à moi, et à cause de ce qu'elle laisse entrevoir de mon travail. La plupart du temps, je ne vois que des fragments - des instants, des petits bouts, une partie d'un tableau plus vaste, d'histoires plus complexes. Ce que je vois du monde ce sont les ombres, les recoins et les marges."

Je n'ai pas follement aimé ce livre, je n'ai pas détesté non plus. Il figure parmi ces lectures vite ingurgitées, passablement appréciées et dont seul l'avenir déterminera la valeur... J'ai relevé un passage, dans le roman, qui évoque les critiques publiées sur les livres de William Brown, ce nouvel ami qui habite dans le quartier de Mike :

"Il en ressort qu'on l'admire beaucoup pour la qualité de son écriture et la justesse de la peinture qu'il fait de la vie ordinaire, sans éclats. Avec le regard acéré qu'il porte sur la vie ordinaire et l'attention méticuleuse qu'il accorde à chaque détail, il parvient, semble-t-il, à nous révéler sur l'amour, les vérités les plus insaisissables et les plus surprenantes et rend ainsi palpable la qualité particulièrement poignante des instants les plus sereins de notre vie avec les sentiments de triomphe et de regret qui s'y rattachent. Il parvient à le faire, mais cela a un prix : ses livres ne sont pas très exaltants. Ses récits sont généralements lents, parfois à la limite du supportable. Ses sujets sont peu enthousiasmants, voire déprimants. Et alors que sa façon d'accumuler les détails les plus insignifiants donne à ses textes leur authencitié, elle peut aussi conduire à tout un déballage qui encombre la page et pèse sur l'intrigue."

Je trouve, évidemment, que cet extrait pourrait totalement coller au roman d'Andrew Cowan... une auto-critique constructive et un jugement sans appel : "Il risque de devenir prisonnier de son génie de l'ordinaire". (Comme nous tous !)

Editions Joelle Losfeld, 2007 pour la traduction française - 280 pages - 22,50€

traduit de l'anglais par Lazare Bitoun.

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