24/08/08
Laver les ombres - Jeanne Benameur
Au lecteur à venir, je lui souhaite la même sensation de gouffre qui s'ouvre sous les pieds et qui donne l'impression de vertige. C'est un roman qui parle de deux femmes. Il y a Lea, danseuse de trente-sept ans au corps rouillé, qui panique et ne comprend pas pourquoi toutes ses relations amoureuses se soldent par un échec. La dernière en date, celle avec Bruno, un peintre, est vouée à la même déconfiture. Lors d'une séance de pose, Lea s'est sentie oppressée et a pris la fuite au volant de sa voiture pour retrouver sa mère, Romilda. Par une nuit de tempête, seules dans cette maison pas loin de la falaise, les deux femmes vont beaucoup pleurer en mettant à jour des secrets enfouis depuis l'année 1940, dans une chambre, à Naples.
Ce roman, au charme étrange, ne livre ses mystères qu'au compte-goutte. On suit de près l'héroïne, Lea, qui est une femme en perte d'équilibre, qui refuse de chavirer, d'accepter le faux-pas. Pro de la danse, elle livre son corps à une discipline de fer. La simple idée de se mettre à nu - dans tous les sens du terme - l'empêche d'avancer. Cette conversation qu'elle va avoir avec sa mère est ainsi un moyen d'expurger les démons qui rongent leurs âmes. C'est bénéfique pour l'une et l'autre, désespérant pour le lecteur extérieur à cette histoire. On se prend tout dans la figure, c'est violent, de cette rage impuissante et frustrante. L'émotion de la mère est palpable, elle touche et laisse bras ballants. Que faire de tout ceci, sinon rien ? Tout ranger, proprement, et refermer ce court récit, poignant.
C'est de l'amour dont il est question, aimer conjugué à tous les temps, dans plusieurs langues mais dans une symbolique qui dépasse l'entendement... "Apprendre la marche imparfaite de tous ceux qui ont dans le corps un poids qui se déplace et les entraîne. Sans qu'ils y puissent rien. Et danser avec ça. (...) Elle fait partie maintenant de ceux qui articulent leurs pas comme on parle après être resté trop longtemps silencieux. Avec peine. La seul grâce possible. Partageable."
Actes Sud, août 2008 - 160 pages - 15€
Le coup de coeur de Vanessa (Eliabar)
Commentaires
J'avais été "scochée" par "Les demeurées" lu il y a plusieurs années, beaucoup moins séduite par le suivant dont j'ai d'ailleurs oublié le nom. N'a-t-elle pas écrit beaucoup de livres jeunesse ? Une instit' qui a mal tourné? Non?
Je vais chercher "Laver les ombres"(après "les déferlantes" ). Marie
Comment ne pas noter ? J'ai envie de tomber dans le gouffre moi aussi !!
J'hésite car le style de Benameur me paraît parfois trop esthétisant ...
Hum ... je note ce livre. J'ai découvert Bénameur il y a peu avec "Les Demeurées" ; je sens que je vais plonger dans le gouffre avec celui-ci. Merci ! :D
c'est l'un des 4 ou 5 livres de la rentrée que j'ai envie d'acheter..euh..non, J.Bénameur n'est pas "une instit qui a mal tourné" - elle a longtemps été prof de français et se consacre entièrement depuis qques années à l'écriture...
Voilà un nouveau roman où je risque d'avoir les larmes aux yeux, tant pis... Je le note ! J'aime sa couverture bleue, et l'intrigue de sa couverture... Cette silhouette recourbée comme si le personnage allait faire un plongeon ! J'ai lu de cette auteure "Les mains vides" éditions Folion et j'avais aimé cette lecture... Bisous Clarabel et profite bien de ton dimanche... Bisous
Au fait, que penses-tu de la librairie "Ligne d'horizons", hihihi... ????
Ce livre m'intéresse parce que pas plus tard cette semaine j'entendais une ex-étoile des grands ballets canadiens à la radio qui parlait de la difficulté d'être danseuse, etc. C'était un reportage très intéressant et très triste en même temps. Quand le corps ne suit plus la tête ou vice versa...
"Instit' qui a mal tourné", était de l'humour, bien évidemment !!!!(J'étais enseignante moi-même, et n'aurais pas pensé déchoir en tournant comme J Bénameur.) Marie
Juste un coucou de passage pour te dire que je l'ai acheté ! J'ai été chercher le 3e tome de ma BD Aya de Yopougon et la jolie couverture de "Laver les ombres" m'a fait de l'oeil, hihihihi... Bisous ma belle (je vais vite lire ce joli roman).
Un vrai beau roman, grave et douloureux et même si l'écriture de Bénameur est esthétisante, je trouve qu'elle sert ses personnages et son univers.
**merci pour le lien;)**
Je suis perplexe, incapable de dire si j'ai beaucoup aimé ou pas trop. J'aime J. Bénameur, et attendait beaucoup de ce roman .
Je cherche à comprendre mon doute . j'ai été gênée de savoir dès le début , ce qui s'est passé dans la vie de cette mère .De ce fait, je me suis distanciée dans la quête de la fille, comme si je la laissais "patauger", puisque moi je savais .C'est un peu confus, mon explication . Bien sûr le texte poétique, les ellipses au service de ces douleurs, on ne peut y être insensible . La tempête, au propre et au figuré, le combat pour ne pas se laisser emporter : tout est juste .
J'ai repensé à" La virevolte" de Nancy Huston, pour le rapport au corps et à la danse.Les relations à la maternité étant,elles, aux antipodes , quoi que...
Bref, je ne regrette pas cette lecture, et j'attends le prochain .
Je comprends, Marie.
Ce roman nous oppose un mur insondable.
Pas facile de le franchir, et encore moins de se sentir à l'aise dans l'histoire après tant d'efforts !
Un mur infranchissable? Vous croyez ? Pas sûr. Je vais réfléchir.....en découpant le fromage à raclette . Ben oui, les"autres" ils mangent, ne se nourrissent pas de mots ( dommage, ça me coûterait moins cher !)
Ah! les nourritures terrestres !
encore une plaie !
un livre que j'ai beaucoup aimé. J'avais déjà été très sensible à l'écriture de Jeanne Benameur avec les demeurées, cette lecture confirme mon intérêt pour cette auteur.
Lecture poignante en effet... Je viens de le terminer , tu peux voir mon avis sur mon blog !

