La narratrice, écrivain d'une vingtaine d'années ayant déjà commis quelques livres, se voit offrir la proposition d'écrire un ouvrage sur son père. Son éditeur, un homme âgé et poussé vers la sortie pour cause de retraite (raison officielle), exerce une pression étouffante, qui vire progressivement à du harcèlement sexuel et à de grandes déclamations d'amour. La jeune femme tombe dans le piège de sa séduction diabolique et commence son manuscrit. Toutefois, paralysée par son écriture, incapable encore de se livrer totalement, elle décide de composer un roman factice - celui de Jacques Lansky, alias Lance - et se glisse dans la peau du fils, Adam.

Le père disparu était un homme précieux, un ogre effrayant et qui aimait exercer sur les siens une emprise avilissante. De façade, c'était un type exemplaire, un mari charmant et un père modèle. Côté coulisses, il était taciturne, colérique, collectionnait les conquêtes faciles et avait eu l'outrecuidance d'installer sa jeune maîtresse enceinte dans le foyer familial. Dans le roman de Jacques Lansky, elle porte le nom d'Elena Nordau. A l'heure des funérailles du père, cette amante maudite fait sa réapparition, quinze ans après son départ.

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Quête du père, décryptage de la judéité, relations abusées et intentions inavouables sont les thèmes abordés dans ce roman de Karine Tuil. Ecrite à la première personne, brouillant les pistes du début à la fin, cette histoire est brillante, jouant à fond le paradoxe. De domination, il en est question à tous les coins de pages, touchant tous les protagonistes de cette intrigue où résonne une touche amère. Le goût de la bile au fond de la bouche ?

Nullement dérangeant, malgré quelques flottements nauséeux, ce roman se révèle parfaitement magnétique. On se surprend à accompagner la jeune femme et son double fictif - Adam Lansky - vers les origines d'un homme auréolé de zones d'ombre. Ce n'est peut-être pas du père dont on parle uniquement, la figure de l'éditeur devient très vite importante et mystérieuse - liée au destin des Lansky ? D'une confusion admirablement menée, l'histoire nous agrippe jusqu'à sa dernière page - saisissante, émouvante, écoeurante.

Grasset, août 2008 - 230 pages - 16,50€