La vie pétrifiée - Nils Trede
Xavier, trente-trois ans, est un grand solitaire qui mène deux vies différentes, dans la même ville qui est séparée en deux îles reliées par un pont. D'un côté, il est serveur dans le restaurant de ses parents. Son père est mort et sa mère est gravement malade. Dans son autre vie, Xavier est médecin de police.
Un vendredi soir, un jeune couple passe la porte du restaurant et affiche un bonheur parfait et éblouissant. Xavier en a mal au ventre, pas de les jalouser mais de s'apercevoir que la demoiselle pourrait tout à fait lui correspondre. De fil en aiguille, il va la retrouver en ville et chercher à se glisser dans sa vie - en l'aidant à louer l'appartement de ses rêves, par exemple. Il est comme ça, Xavier. Il écoute, il ne dit rien et il agit. Il a très peu d'amis, il ne parle pas beaucoup et on a du mal à le cerner.
Le roman, de toute façon, est marqué du sceau qu'impose la personnalité troublante et taciturne de Xavier. Un climat d'inquiétude plane, avec la solitude de cet homme, sa mère malade, le froid glacial qui tombe sur la ville, la démence et la virulence derrière chacun de ses pas. Il marche dans la ville comme un animal en furie qui tourne dans sa cage, il traque sa proie et on se ronge les ongles d'être complice de sa folie furieuse. Jusqu'où va-t-on ?
Austère et silencieux, ce roman s'impose à nous en nous rappelant l'ambiance implacable d'un Pascal Garnier, sans aucune ironie, l'humour à plat, bien au ras des pâquerettes. Nils Trede est allemand mais vit en France et écrit en français. La vie pétrifiée est son premier roman. On retiendra de cette lecture une atmosphère suffocante, un personnage - Xavier - étrange et un peu effrayant. Un vrai roman noir.
Quidam éditeur, coll. Made in Europe - 135 pages - 15€

Commentaires sur La vie pétrifiée - Nils Trede
La vie pétrifiée est un roman difficile à chroniquer... Pour ma part, j'ai préféré interviewer l'auteur http://www.bibliosurf.com/Interview-de-Nils-Trede.
Bravo pour votre blog que j'ai intégré dans l'agrégateur de ma librairie.
Cordialement,
Bernard Strainchamps
C'est le prénom de mon mari... Bon, cela dit ce titre ne m'inspire guère. Bon dimanche Clarabel !!!
Ce "décor" des deux îles m'interpelle ... un peu comme si ce personnage penchait dangereusement vers la schizophrénie.
Ton billet me donne envie de lire ce livre, même si je pense qu'on ressort troublé de cette lecture.
Bonjour,
je dois interviewer également prochainement l'auteur ! C'est amusant... Merci à bibliosurf, je vais de ce pas voir ce que vous avez fait...
Ca semble complètement déstabilisant comme roman! Mais c'est quand même bien tentant!
J'ai écouté aussi un commentaire sur ce roman sur auteursTV... Très attirant !
http://auteurstv.blogspot.com/2008/08/je-recherche-rentre-littraire-2008.html
c'est le début d'un buzz !
Je suis en train de le lire. Dérangeant mais très intéressant.
Tu trouves ça dérangeant Fashion ??
Anne-Sophie, oui, je trouve le style et le personnage dérangeants, ce qui crée une angoisse chez la lectrice que je suis...
Buzz ou pas, ce roman mérite notre intérêt de lectrice (lecteur) !
C'est aussi un premier roman, une maison d'édition à tirages confidentiels, bref c'est un titre qui a besoin de notre coup de pouce.
Modeste, mais c'est déjà ça... ;)
Je comprends Fashion qui trouve ce roman dérangeant. Ce qui se dégage à travers l'atmosphère, le cadre et la personnalité du personnage est sombre, inquiétant. Mais ce n'est pas négatif, il y a un point fascinant derrière tout ça, car - pour ma part - je me demandais jusqu'où le héros allait nous entraîner.
On peut supposer la fin de l'histoire, mais on reste subjugué par cette tension très bien maîtrisée.
En bref, c'est en lisant ce roman qu'on apprend à mieux l'apprécier, et à tenter de le comprendre, le cerner...
Comme Bibliosurf l'indique, c'est assez difficile d'en parler. C'est un roman "qu'on éprouve", et pas évident de partager une émotion sur le fil...
Bonne lecture à tous !
Je l'ai fini et franchement, je l'ai beaucoup aimé : c'est un roman subtilement dérangeant et au style particulier. Une découverte!
Je suis ravie pour toi ! J'attends ton billet.
Je l'ai lu moi aussi au mois de juillet et vraiment beaucoup aimé, mais pas encore eu le temps d'écrire un billet à son sujet...
Je vais le relire :))
PS je n'avais pas trouvé le personnage si "fou" que cela (pour ma part...)
Le personnage a un côté frénétique, incontrôlable et qui peut paraître assez effrayant. En fait, on ne parvient pas à deviner ce qu'il cherche, ce qu'il guette (enfin, pas avant la fin) et c'est ce qui me donnait ce sentiment de folie / démence. Je le trouve fascinant à force d'être inquiétant ! C'est tordu.
(Dans la vraie vie, ce serait tout le contraire. Je te rassure !)
J'attends ton avis sur ce livre, Lily !
http://happyfew.hautetfort.com/archive/2008/09/01/entre-deux-rives.html
J’ai lu le livre avec beaucoup d’attention. Il m’a donné à réfléchir, et sur des thèmes que j’affectionne beaucoup. J’y ai retrouvé des « objets » qui m’intéressent en tant qu’architecte sensible à la psychanalyse, et en particulier ce que j’appellerais à la suite de Félix Guattari des « territoires existentiels ». Je vous livre ici une ou deux idées.
Ces objets apparaissent sous deux aspects, urbain et architectural (la ville et l’édifice), mais je préfère également les distinguer au moyen de deux notions : l’espace et la forme. Ce qui est spatial est une étendue (île, rue, cour, canal…) situé entre deux points (caps, ponts, portes) et dans ce qui est formel, je mettrais ces mêmes points architectoniques qui délimitent l’espace. Pour moi, un territoire est ainsi défini par l’espace et la forme.
Ce qui m’intéresse, donc, chez Félix Guattari, ce sont les territoires existentiels car ils structurent l’inconscient (qui est « machinique »). Avec Xavier, on voit bien à quel point la ville est son inconscient : elle supporte des transformations identiques au corps de Xavier (elle se liquéfie, se glace, s’éclaircit…). La ville est alors une sorte de déterritorialisation du corps de Xavier. Dans Mille plateaux de Deleuze et Guattari (Capitalisme et schizophrénie est une philosophie qui plait aux artistes en général et donc à de nombreux architectes), il y a un passage qui montre comment la corolle de l’orchidée est une forme de territoire inversé du corps de l’abeille, mais aussi par exemple le sein de la mère par rapport à la bouche de l’enfant. Et enfin, dans le livre, la ville crée des inscriptions et des cristallisations dans l’inconscient de Xavier allant jusqu’à achever sa pétrification à un moment donné.
Ce qui m’a également intéressée est cette magnifique métaphore de la porte. Cela m’a fait pensé à L’enfant de sable, de Tahar Ben Jelloun, dont le récit est complètement structuré par les portes d’une ville. On a souvent un rapport obsessionnel aux portes.
Tout parcours initiatique comporte des structures spatiales avec des passages et des obstacles, des franchissements et des contournements… Chez Xavier, la ville est le lieu des épreuves, elle semble orchestrer sa lente « désaliénation ». Chacun des passages à l’acte ponctuant son parcours, est à la fois situé et signifiant…
Bonjour Clarabel,
Cotoyant souvent les pages de la petite (par la taille mais grande par l'intérêt que je lui porte)maison d'éditions Quidam qui compte déjà dans son catalogue entre autres L'Ami Butler de Lafargue, Le Pilon de Desalmand, j'ai été attiré par ce roman qui a l'air de jouir d'une aura attirante. Comme je n'ai jamais été déçu par cette maison, et que je suis tombé sur de nombreuses critiques enthousiastes, je l'ai commandé sans retenu.
J'espère vous faire part de mon avis prochainement.(j'ai beaucoup de lectures en perspective).
@ bientot.
edwood, bonjour !
je vous souhaite de partager mon enthousiasme, ce roman de Nils Trede est bluffant. Noir, oppressant et inquiétant, mais divin.
J'attends de lire prochainement votre avis,
à bientôt.
Le suspens et la poésie du style m'ont captivée et j'ai lu ce roman sans pouvoir le lâcher avant de l'avoir fini ! Le personnage de Xavier m'a inquiétée mais aussi, il est attachant et montre finement que la société nous impose un masque social parfois lourd à porter ! Sinon le style m'évoque la littérature scandinave.
J'ai été véritablement happé par ce court roman. Impressionné par la puissance évocatrice des images qu'il recèle, par l'écriture épurée au maximum.
Un excellent roman dont je parle ici...
http://latavernedudogeloredan.blogspot.com/2008/10/la-vie-ptrifie-de-nils-trede.html
Il y a une belle critique du roman dans le numéro d'octobre du Matricule des Anges.

