11/09/08
Le chemin des sortilèges - Nathalie Rheims
Ce roman a bien du mal à se résumer, tant il flirte avec l'étrange et les confins du genre fantastique. On connaît le penchant de Nathalie Rheims à peupler ses livres d'esprits et de fantômes, d'apparitions aussi mystiques que troublantes. Qu'on se le dise, son dixième roman est du même acabit et se découvre avec lenteur, perplexité mais de façon non dénuée de charme !
La narratrice s'invite chez Roland, une figure majeure de la psychanalyse qu'elle voyait tous les jeudis matin, à la sortie de l'école. C'est aussi l'homme qui l'a vu naître et qui a tout quitté, il y a dix ans. Abandonné par la mère de cette jeune femme, par son épouse et ses filles, Roland s'est réfugié dans la solitude et habite une maison avec "des vieilles dentelles blanches aux rideaux". Un soir, elle frappe à sa porte.

Aucune discussion franche ne s'ouvre, l'homme et la femme se font face, avec leurs bagages bien bouclés et bourrés à craquer de secrets. Une méthode douce va être alors employée, pour débloquer ce discours de taiseux : la lecture de contes de fées. Tous les soirs, une main invisible glisse un nouveau livre près du lit de la narratrice (la Belle au bois dormant, Blanche Neige, le Petit Poucet, le Petit Chaperon rouge, etc.). Les passages lus réveillent des souvenirs endormis, car voilà où mène ce travail : accepter ce qu'elle avait occulté, à se réconcilier avec sa mémoire.
"Chaque histoire déposée dans ma chambre était une étape de ce voyage intérieur, chaque livre un caillou blanc semé dans la forêt de l'oubli. Il ne fallait pas chercher à remonter le temps, c'était inutile, mais il fallait avancer, jour après jour, conte après conte."
La fin de l'histoire est assez surprenante. Elle remet à plat les plus fastidieuses interprétations mais éclaire autrement notre vision du livre. Jusqu'alors, le roman avait pour cadre une maison un peu hantée, qui n'est pas sûre d'être réelle, avec un rapport entre la narratrice et ce Roland plutôt spectral. On ne cesse de baigner dans l'impression d'être au beau milieu d'un conte ou un rêve fantasmagorique, pour finalement conclure à suivre le parcours initiatique d'une femme fragile. Mais l'impression est fugace, voire éthérée. On retourne ce livre dans tous les sens, la confusion au bord des lèvres, mais gagné par un sentiment chaleureux et persuasif.
Editions Léo Scheer, août 2008 - 180 pages - 14€
Le site de l'auteur : http://www.nathalierheims.com/spip.php?article28
Commentaires
"accepter ce qu'elle avait occulté, à se réconcilier avec sa mémoire"
Joli programme de lecture ... même si au final, le personnage doit être bien secoué.
Le thème de ce livre me plaît. Je le note. :)
C'est un livre qui m'intéresse bien celui là !
Oui, même si tout a l'air étrange et un peu secoué (n'est-ce pas Leiloona), le roman reste captivant par son mystère. Jusqu'au final ! On sort de ce livre déconcerté mais séduit !!!
J' aime le morceau de musique , je le note et je le réutiliserai certainement sur mon blog un de ces jours ....
La Pyrénéenne, découvrir les mots et le son finalement... c'est chouette ! ;)
hors livre
nooonn ! ne nous quitte pas ! (rapport au post-it)
(Laure, tu sais ce qui m'épuise... mais nous en reparlerons ! ;)) Je ne t'abandonne pas (encore) !
Ditto Laure! Please do not abandon us!!!!
Et quand est-ce qu'on retrouvera de la litté jeunesse chez toi? Ca me manque!!!!!!
C'est drôle, j'entendais justement P. Teysson en parler ce matin, expliquant que cet univers était singulier mais méritait de se laisser découvrir; vous êtes donc deux pour aujourd'hui... ah, ces rentrées littéraires ! :-)
Ca m'intrigue, ce roman, surtout avec une touche de surnaturel. C'Est duuuuuur d'être curieuse!!! Dur pour la liste, surtout!
Mélanie, j'ai fait une entorse pour le billet de mercredi avec un roman pour ados "notre petite vie cernée de rêves" !!! ;) Oui je sais, c'est peu mais j'y reviendrai !
Y'a pas de raison.
Patricia, oui c'est tout à fait singulier ! Je ne connais pas ce monsieur Teysson (haro !) mais il a visé juste.
Karine, c'est bon aussi de transgresser l'interdit ! ;))
La référence aux contes de notre enfance attise ma curiosité pour ce livre.C'est noté!
Ce livre ne me tente guère Clarabel, mais ce n'est pas grave !!
(Rapport au post-it aussi : lorsque l'on donne beaucoup comme toi...le plaisir ou l'envie ne sont peut-être pas toujours au rendez-vous tous les jours, cela se comprend...mais tu me manquerais, dis. Repose toi bien.)
(Antigone, si tu savais... je n'ai pas le sentiment de trop donner et donc d'être éreintée par tout ça, c'est plus profond et ça me travaille depuis le printemps déjà ! il faut que je trouve autre chose, un peu moins de blogosphère, je pense... mais jamais je n'abandonnerai mon goût de lire et de partager mes lectures !!!! naan ! ;))
Merci de ton soutien !
Mirontaine, les contes de fées sont utilisés pour résoudre des problèmes de famille et d'identité... j'ai été séduite par l'idée aussi. Ne suis pas déçue du résultat non plus.
Bonne lecture !
Belle critique dans "le Monde des livres " d'aujourd'hui sous la plume de Christine Rousseau . Belle photo aussi, qui n'est pas de Bettina ! Marie
Bien reçu ! et Merci !!! Clarabel !
Je retiens votre avis positif, mais note une pointe de confusion tout de même... ;) En ce qui me concerne, j'ai été plus déconcerté que séduit...
Ce livre a du charme, c'est juste 'sensitif'...
Calepin, j'ai aimé ton excuse : "n'être qu'une brute épaisse désespérement cartésienne" ! c'est un joli mea culpa ! ;)
J'ai fini le livre cet am et je dois dire qu'il laisse une impression étrange mais agréable, c'est réellement un conte aussi ensorcelant que ceux auquels il fait référénce.
Ce dialogue qui n'est pas un, les non-dits, les fantômes si présents pourraient effrayer et pourtant, je me suis sentie portée. Définitivement, une jolie lecture et un billet sur mon blog, lundi :).
Pour ma part, pas aimé ce petit livre, que j'ai trouvé trop superficiel et un peu tiré par les cheveux...
difficile à résumer, c'est sûr! qu'à cela ne tienne, je n'y ai même pas pensé en commençant mon billet.
Je fais partie de celles et de ceux qui ont aimé, suite au buzz suscité par chez les filles.com.
Comme toi, je finis cette lecture, avec une impression agréable d'avoir passé un vrai bon moment de lecture, et un sentiment "chaleureux et pesuasif", c'est bien dit, et aussi, une sorte d'attachement à cette femme fragile et très courageuse aussi. Il en faut non ? du courage, pour se jeter dans une expérience d'écriture comme la sienne...
> oui, du courage ! à sa place, j'aurais un peu flanché... j'avoue.
Bof, bof pour moi, je n'ai pas accroché vraiment, même si la lecture n'est pas désagréable.
> Ce livre en a déconcerté plus d'un ! ... :/

