New Wave - Ariel Kenig & Gaël Morel
Ce livre est né d'un projet cinématographique : New Wave, téléfilm écrit et réalisé par Gaël Morel pour Arte. L'idée était simple : partir du scénario pour en faire un roman, une forme d'adaptation à l'envers. Et c'est Ariel Kenig qui fut approché pour participer à ce projet et rendre "une copie" singulière, personnelle et aussi indépendante du film. - A lire en préface, pour s'en convaincre.

L'histoire est celle d'une adolescence en province, dans les années 80. Eric entre en 3ème au collège, il n'est plus dans la classe de son ami Thomas mais fait la rencontre de Romain, un garçon hors du commun. Indépendant, sûr de lui, il affiche un look punk, c'est également un passionné de musique, il compose et chante dans son coin, bref cette amitié nouvelle pourrait donner des ailes à Eric. Lui-même a une histoire familiale assez lourde, il n'est pas heureux chez lui, et seul son frère aîné trouve grâce à ses yeux. C'est ce qui le lie à Romain, cette vénération pour le grand frère, qui est, dans les deux cas, engagé dans l'armée.
L'ambiance du roman est assez morose, proche du spleen. Cette histoire aboutira d'ailleurs à une tragédie, laquelle se révélera retentissante à la toute dernière ligne du roman. En refermant ce livre, on reste coi. Aussitôt on reprend les bonnes feuilles en mettant le doigt sur les détails qui nous avaient échappés. Et là, plus de doute possible.
On ne traite plus en surface d'une énième chronique d'amitié entre adolescents désespérés mais on aborde un vrai récit dramatique, avec son lot de cache-misère et ses malheurs en sourdine. C'est absolument flippant, et notamment spectaculaire dans les portraits des familles. Anna, la mère de Romain, est grandiose. Elle aime d'amour fou son rejeton, elle est entière, envahissante, curieuse et menaçante...
"Les mains dans l'évier, elle reconnut l'énormité du temps qu'elle consacrait, aveugle, à ce que d'autres mères appelaient effort, mais qui ne représentait à ses yeux qu'un moyen de prouver la totalité de son amour, de résister à l'ennui ainsi qu'à la déchéance qu'implique dans de nombreux cas l'inactivité, ou encore de prolonger cette jeunesse qui ne lui appartenait plus, cet heureux sentiment d'une maternité pleine que l'ambition de Romain, forcément, blesserait un jour."
New Wave reste un projet écrit à quatre mains, un peu trop cerclé sans doute. A l'instant où le lecteur décolle, le soufflé retombe aussitôt car la dernière page se tourne. C'est juste un peu dommage, il aurait fallu étirer ce climat éthéré avant de nous lâcher brutalement dans le vide. Cela participe au choc et à la fascination mais ça provoque implicitement une légère frustration, ce sentiment agaçant qu'il manque un petit quelque chose...
A noter : une play-list est disponible en fin de roman si vous souhaitez rembobiner la musique du film (que de la new wave, bien sûr !) ...
Flammarion, août 2008 - 190 pages - 16€
Diffusion du téléfilm le 19 septembre sur Arte :
http://www.leblogtvnews.com/article-22100152.html
Commentaires sur New Wave - Ariel Kenig & Gaël Morel
Comment peut-on écrire un livre à quatre mains ? Déjà que je déteste faire des exposés à plusieurs, parce qu'on a pas tous la même façon de voir le développement des choses, mais alors un roman.
Ariel Kenig fait partie des noms que je bannis sans même connaître, là ça semble pas mal. Peut-être trop d'ados déprimés quand même depuis quelques temps...
Le coup du roman à quatre mains ne cessera jamais de m'étonner aussi, mais bon... passons.
En fait, le roman en lui-même a été écrit par Ariel Kenig tout seul. Mais il s'est basé sur le scénario écrit par Gaël Morel, du coup c'est l'histoire New Wave qui a été écrite à quatre mains / le roman + le scénario.
Tout le monde me suit ? Ma tentative d'explication est un peu confuse.
Autre lien, par la Fée Bourbonnaise :
http://feebourbonnaise.blogspot.com/2008/09/new-wave-dariel-kenig-et-gal-morel.html
En tout cas le dernier film de Gaël Morel (l'an dernier, avec Catherine Deneuve) était très bon. Ce roman m'intrigue, même si le concept téléfilm-roman est un peu étrange.
... et beaucoup aimé. Même sentiment de frustration à la fin, mais plutôt parce que je trouvais cette chute un peu facile, pas à la hauteur du reste. Ce qui m'a ultra plu, c'est la profondeur avec laquelle sont abordées les questions de l'adolescence, tellement justes, qu'on a un peu oubliées (nous, vieilleries!). Aucun cliché. Depuis, je réécoute The Cure en boucle ... ;-)
ps : j'en ai même fait un papier dans marie claire :-D
heu, j'ai oublié de mettre le lien pour l'article marie claire (suis très maline aujourd'hui) :
http://www.carolinerochet.com/article-22631456.html
ps : et le film, c'est demain sur arte !
Merci Caroline !
Je ne vais pas louper le film sur Arte. Béatrice Dalle interprète le rôle d'Anna (la mère de Romain) - ça me donne des frissons !
L'actrice apporte son charme vénéneux au personnage, ai-je lu quelque part. Et c'est tout à fait ça !
Rose, j'espère que le téléfilm saura te séduire (demain soir!) et te conduira à découvrir le roman. C'est un projet innovant, qui mérite d'être encouragé.
Pour avoir co-écrit un roman à quatre mains, je peux assurer que c'est tout à fait possible, et très amusant, tout dépend bien évidemment de la structure romanesque .
Vous pouvez lire également "La promesse de l'ange",écrit de cette façon. Marie
Je viens juste de remarquer que ma co-auteur s'appelle aussi Morel!....Marie
Je n'aime pas trop ce genre d'exercice de style, à la base...
Sinon, au sujet du blog-it : j'adore "Muriel" vu lorsque j'étais étudiante dans une toute petite salle, puis re-vu plusieurs fois, un de mes films préférés...
Bonne journée Clarabel !!!
Antigone, encore une soeur d'armes pour Muriel ??? ;))
Marie, "la promesse de l'ange" figure parmi mes livres à lire depuis la nuit des temps !!!!!! pfff.
Le contenu de votre blog bravo, j’aime

