Egypt Farm - Rachel Cusk
Michael, narrateur de l'histoire, fit la connaissance des Hanbury quand la soeur de son camarade de chambrée, Adam Hanbury, l'invita à son dix-huitième anniversaire. Le carton indiquait ni adresse ni numéro de téléphone, juste Egypt. Ce n'est pas un pays, mais un lieu-dit perdu au milieu de nulle part, un cadre original, à l'ambiance fourre-tout, et qui procure ce sentiment diffus : celui d'avoir volontairement quitté la bonne route et d'être maintenant perdu, loin de chez soi.
Le jeune homme pénètre un univers nouveau, où évolue la famille délicieusement excentrique d'Adam. On y croise le père, Paul, marié à Vivian, qui n'est pas la mère des enfants Hanbury, c'est Audrey, qui ne vit pas très loin de là, mais qui passe tout son temps à Egypt Farm. Cet endroit n'a pas d'égal et c'est ce qui le rend si bougrement fascinant.
Les années vont passer et Michael va perdre de vue Adam. Un comble ! Le charme d'Egypt avait eu un effet si troublant, comment a-t-il pu tout oublier ? Aujourd'hui, il est marié à Rebecca et père d'un garçon de trois ans, Hamish. Leur vie est molle, neurasthénique et martelée de consternations quant à l'évidente vacuité des sentiments qu'ils nourrissent l'un pour l'autre. Le jour où le balcon de sa maison s'écroule et manque de le tuer signe aussitôt son départ vers cet Eldorado aux allures de Paradis Perdu...

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Je ne suis pas du tout d'accord avec cet extrait de critique lue dans Lire : "avec Egypt Farm, elle se glisse cette fois dans la peau d'un homme, Michael, que l'on découvre sous la douce lumière d'une scène à la Jane Austen", parce que l'entrée en matière du roman ne baigne pas du tout dans l'ambiance austenienne, mais plutôt fitzgeraldienne. Avis personnel !
J'ai tout de suite aimé cette atmosphère à Egypt Farm, sorte de bulle prête à éclater, où la langueur et l'excentricité font bon ménage. Les Hanbury font figure de tribu bobo, assez prétentieuse et arrogante, totalement persuadée d'être un modèle qui suscite l'envie (peut-être n'ont-ils pas totalement tort ?). Or, les années passant, rien n'est plus pareil, si ce n'est la fierté - inébranlable sentiment qui anime la flamme des Hanbury ! Mais qu'est-ce que tout cela cache ?
La vie à Egypt Farm n'est que poudre aux yeux, laquelle a la qualité magique de donner l'impression que ce qu'on avait à faire ne correspondait pas du tout à l'idée qu'on en avait. L'éclat lumineux s'est éteint, à la place les ombres et les recoins ternes envahissent la place. C'est méconnaissable. Et l'influence est terrible, puisqu'elle prend le pas sur le climat soudain devenu taciturne et amer.
Rachel Cusk continue d'étoffer sa palette de vies maritales complètement désenchantées, ici l'échec du couple est flagrant. Les rapports entre Michael et Rebecca sont vénéneux, tournent sans cesse à l'aigre et à l'orage. Mais le fiasco s'étend aussi chez les habitants d'Egypt, guère épargnés par les mensonges, les vicissitudes et autres fourberies qu'ils entretiennent avec un aplomb déroutant. Les Hanbury ont un secret, qui n'aura pas l'effet d'une bombe, mais qui brisera sans doute les dernières illusions du narrateur !
Au final, voici un roman à l'humour féroce qui ne m'inspire qu'une impression mitigée. J'ai déploré certains passages trop longs (l'agnelage, par exemple) et les relations entre hommes et femmes souvent placées sous un effet de loupe grossier. Le rendu est laid et assez navrant. Et puis, Michael, le personnage principal, est décevant, passif, mou et porte une barbe ! Malgré tout, je n'enverrai pas ce livre aux orties car il porte une signature singulière : celle de Rachel Cusk, lucide et cruelle, réaliste et franche (cf. son précédent roman Arlington Park). Elle manie le cynisme avec une facilité qui force mon admiration... hélas bien mal placée ! Je sais, c'est incompréhensible. Cette lecture me laisse un profond sentiment de contradiction.
Editions de l'Olivier, octobre 2008 - 300 pages - 21€
traduit de l'anglais par Justine de Mazères
Le premier roman traduit : Arlington Park
--) critique de lire http://www.lire.fr/critique.asp/idC=52863/idR=217/idG=4
Commentaires sur Egypt Farm - Rachel Cusk
Paradoxal en effet..." Arlongton park " m'a déjà laissé une impression très mitigée, ton billet sur celui-ci aussi, et pourtant je suis curieuse de lire ce nouveau titre !
Moi aussi j'étais curieuse, mais ce n'est pas mauvais non plus, c'est ça qui est paradoxal. L'auteur est excellente, elle ne fait pas dans la dentelle, son style écorche plutôt que lisse dans le sens du poil, et son sujet est souvent amer et cynique. Pas évident que ça plaise !
Et pourtant, reste cette fascination. Je suis sincèrement fascinée par sa facilité à tout briser, tout casser, tout hachurer. Non elle n'est pas tendre, ni gentille, ni conciliante. Elle presse là où ça fait mal, et ce, avec un beau sourire jusqu'aux oreilles !!!!!
Incroyable !
Je savais bien que cet auteur me disait quelque chose ! Je me suis achetée "Arlington park" en poche, samedi ;).
La couverture est très originale, en tout cas.
Oui, la couverture est originale mais je ne sais pas si je l'aime ou pas ! C'est vraiment un livre qui m'inspire des sentiments contradictoires !!!
Ouh, j'attends ton avis sur Arlington Park ! Ouch, ouch... A éviter de lire par temps de grisaille. Petit conseil ! ;)
N'ayant sincèrement pas accroché à "Arlington Park" (trop lent, trop woolfien à mon goût, ces vies de femmes très éloignées des "Desperate Housewives" auxquelles je m'attendais vu les critiques...), j'avoue que ta critique ne m'incite guère à me précipiter sur Egypt Farm !
Pas grave, il y en a des tas en attente chez moi !
N'ayant sincèrement pas accroché à "Arlington Park" (trop lent, trop woolfien à mon goût, ces vies de femmes très éloignées des "Desperate Housewives" auxquelles je m'attendais vu les critiques...), j'avoue que ta critique ne m'incite guère à me précipiter sur Egypt Farm !
Pas grave, il y en a des tas en attente chez moi !
Moi pareil que MissAlfie ! Echaudée par le premier, je n'avais pas trop envie de lire le second et ta critique confirme....
Ce que j'aime dans les blogs littéraires, c'est qu'ils sont pour moi une sorte filtre. Je n'ai pas forcément le temps de beaucoup lire, alors j'essaye de bien choisir mon livre du moment. Visiblement, ce ne sera pas celui-ci ;-)
Il m'a fallu 200 pages pour entrer dans le roman, pourtant je ne peux pas dire que c'est raté ... ni réussi d'ailleurs. je laisse infuser et se décanter mes impressions avant de rédiger un billet.
Cathulu, c'est exactement ça, un sentiment mélangé, ce n'est ni raté, ni réussi, non on ne sait pas exactement ce qu'on lui reproche ni pourquoi on l'aime !
Personnellement j'ai aimé le début, ai été embarquée ensuite dans la misérable existence de Michael, la peinture de sa vie de couple est pitoyable mais excellente, mais ensuite j'ai décroché avec les histoires de ferme (le coup des agneaux, zzzrrrr ! ...) et puis mon intérêt n'a cessé de zigzaguer.
C'est embêtant tout ça !
Sebastien, Cathe & Miss Alfie,
Je ne peux vous le conseiller si déjà son premier roman vous est tombé des mains !!!! :/
C'est "Arlington Park" qui me tente plus pour découvrir cette auteur. Je vais le mettre sur mon Challenge ABC 2009 qui sera très british (mazette, celui de 2008 est en souffrance !)
Je suis frileuse à tous les challenges en puissance, car je sais ô combien je ne suis pas du tout organisée ! Et je sais difficilement tenir mes engagements !
* honte *
Commence par Arlington Park ! Oui !!!!

