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Tout est magnifique dans cet album ! L'histoire commence de la sorte :

« Monsieur Pan mourait un peu chaque jour. Il habitait près des remparts de la ville, dans une petite maison au portail de laque rouge, dont la porte était ornée de carreaux émaillés, bleus comme une eau peu profonde, à motifs de roseaux et de feuilles de riz. Dans le jardin, un bosquet de bambous vert pâle poussait à côté d'un bananier vert sombre. Un joli bassin à poisseaux rouges s'étendait à l'ombre des bambous, un bassin bordé de carreaux vert clair décorées de fleurs de pêcher et arborant les six idéogrammes d'un vieux poème :
Quand aucun pied n'approche,
La fleur de pêcher reste sans parfum.

Dans la maison se trouvaient des nattes de paille propres, deux chaises sculptées et six délicates tasses à thé blanc et bleu.
»

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Tout est beau et précieux chez Monsieur Pan. Mais l'homme est seul et timoré. Il souffre du moindre mal, il craint de se noyer, d'être piqué par une araignée venimeuse ou un scorpion, d'être atteint de lèpre. Une toux banale annonce sa fin proche et Monsieur Pan s'enferme chez lui. Il refuse de mettre un pied à l'extérieur, même lorsqu'on lui apprend la grave maladie de sa soeur, qui le réclame à son chevet.

Monsieur Pan s'y rend, mais trop tard. Sa soeur est morte, laissant trois jeunes enfants orphelins.

« Les larmes de tristesse arrosent la fleur du souvenir. » confie-t-il à ces trois bambins qu'il emmène chez lui. Et la vie de Monsieur Pan revêt les couleurs d'une vie désormais plus bruyante, chahutée par des jeux, des pleurs et des sourires.

« Il vit la laque rouge gravée et abîmée, les nombreuses tiges de bambou cassées, penchées au milieu des tiges vertes. Le bassin aux poissons rouges avait été vidé de toute vie, et les riches herbes du jardin étaient mortes piétinées, de sorte que beaucoup d'endroits nus laissaient voir la terre brûlée par le soleil. Sous une feuille de bananier, on apercevait le fragment d'une tasse bleu et blanc, brisée par Petite Branche de Saule en faisant la vaisselle. »

La perfection n'est plus, cependant Monsieur Pan est beaucoup plus riche.
Il est sain de corps et la sérénité règne en son âme.

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Ce très beau texte, signé par l’auteur de "Inconnu à cette adresse", est également servi par les illustrations fabuleuses de Princesse Camcam. Beaucoup d'élégance, de poésie, une histoire au service du retour à l'essentiel : moins se regarder le nombril et voir loin (au-delà des remparts de la ville) et admirer les collines bleues comme une porcelaine rare, s'emplir les poumons et sourire une fois de plus.

Brillant !

Par Kressmann Taylor

credit illustration : Princesse Camcam
présentation sur son blog

Editions Autrement jeunesse, Octobre 2008 / 14,50€
traduit de l'anglais par Laurent Bury