418S7fqKBPL__SS500_C'est l'histoire d'un homme triste et usé - il s'appelle Gilbert. Il vit seul, sa compagne vient de le quitter, après 7 ans d'une liaison sans saveur ni odeur. Aujourd'hui Gilbert a choisi d'écrire pour décharger le poids de son fardeau, soulager sa rancoeur, libérer son trop-plein de désespoir. Il s'adresse à un inconnu, croisé dans la rue, aperçu dans un café, suivi au cimetière, observé à la loupe. Gilbert sait pratiquement tout de cet individu, son train-train quotidien, son passé, celui du père collabo, sa solitude et son veuvage. Pas de doute, c'est un compagnon d'infortune. Gilbert peut lui écrire, tout lui dire, cet homme va comprendre. Ils ont des points communs, et seules deux années les séparent. Ils sont vieux avant l'heure, accablés et dégoûtés.

C'est l'histoire d'un petit homme qui a toujours eu peur, qui n'a jamais su briller. C'est un roman composé de lettres envoyées dans le vide, sans accusé de réception. Ce sont des balles perdues, dégainées comme pour clamer tout ce qui fait horreur, pour « cracher sur ce monde qui est aussi laid que lui ». C'est une vision sombre, pleine d'amertume et rongée par le désespoir, d'un homme cassé, brisé et sans illusion. Jusqu'au bout, on attend qui répondra à ses lettres. Existe-t-il, cet alter ego, cet inconnu compatissant ? Lui, Gilbert, n'a jamais cessé de « vomir sur ces gens qui se disent généreux, sur ces princes du paraître, sur ceux qui se couchent tous les soirs en tremblant sous des draps en soie maculés de la peur de tout perdre ». On ne se brise pas les côtes à trop rire, ce texte n'est pas follement réjouissant. Gilbert nous saisit vite par la gorge pour nous plonger dans son univers. Impudique, mais touchant. Presque insoutenable. Richard Andrieux n'a pas la prétention d'être le bouffon de service, on l'a bien compris.

Editions Héloïse d'Ormesson, 2009 - 128 pages - 16€
Son roman « José » sera disponible en poche, chez Pocket, début février 2009.

« Il y a des gens comme ça qui vous donnent l'impression que leur vie est une évidence heureuse. Comme si pour eux le seul fait de vivre, de respirer, suffisait pour que chaque instant ait un sens. On dirait qu'ils n'ont besoin de rien pour se sentir bien. Comment font-ils ?
La vie n'est faite que pour les gens heureux. »