Au Bon Roman - Laurence Cossé
Des agressions successives, des victimes qui rapportent des faits hallucinants, des témoignages sur la présence de deux individus, et cette phrase « c'est pas du bon roman, hein? pas bon du tout », voilà comment tout débute. Pour Van le libraire parisien, c'est plus qu'un message, c'est une menace. Il avise aussitôt Francesca, son associée, pour porter l'affaire devant un policier érudit et passionné de littérature, Gonzague Heffner.
Tout a commencé avec l'idée d'ouvrir la librairie idéale, celle où on ne trouverait que les bons romans. Van et Francesca ont préféré confier à un comité d'auteurs contemporains, soit huit écrivains qui garderaient leur anonymat et prendraient un pseudonyme pour toute intervention, d'établir une longue liste de références incontournables. Ainsi naquit Au Bon Roman. L'entreprise est belle et honorable, elle connaît un franc succès dans le trimestre qui suit sa création. Puis, vient l'attaque. Elle est sourde, mesquine et laide. Elle se glisse parmi la clientèle, s'étale dans la presse et crée un débat vain. Que sont les bons romans ? Francesca et Van ont paré tous les coups, jusqu'à l'agression de trois de leurs grands électeurs. On ne joue plus dans la même cour. Ils pensaient accuser « un sous-ensemble de personnes qui ont en commun de considérer le livre comme quelque chose qui peut rapporter gros et la littérature comme un formidable filon », mais ils réalisent que l'ennemi est coriace, et deviennent amers à force de voir leur honnêteté traîner dans la boue.
Laurence Cossé signe un excellent roman qui débute comme une enquête littéraire, et se poursuit dans l'amour des livres, dans les pas de deux passionnés emportés dans leur tourbillon de projet fou, avant de sombrer lourdement dans la triste réalité. Après un démarrage sur les chapeaux de roue, portée par l'exaltation d'une intention louable, l'histoire va effectivement devenir plus profonde, passant de l'angoisse du débutant qui veut bien faire au revers de la médaille et la rançon du succès, révélant au passage les coulisses du monde des libraires et les rouages de la presse, de l'édition etc. Petit à petit, l'histoire s'appesantit. L'excitation du début s'est éteinte, les protagonistes sont usés, moins pêchus. Mais cela reste toujours incroyablement beau, touchant car sincère.
Parce que loin des tracas de gestion et d'organisation, s'inscrit aussi dans ce roman une très belle histoire d'amour. Enfin, n'hésitons pas à évoquer l'amour au pluriel. Ce sentiment est partout, derrière chaque étagère ou pile de livres. Il y a tout d'abord la relation si particulière entre Van et la jeune Anis, rencontrée au hasard dans le sous-sol de sa librairie de fortune, à Méribel. Mais aussi, existe la belle amitié entre Van et Francesca, cette femme superbe, grande, mystérieuse, qui traîne un chagrin lourd comme deux valises pleines à craquer. Et enfin, il y a l'amour des livres, de la littérature. Tout court. C'est à travers la belle utopie du Bon Roman, une librairie de rêve et faite pour rêver, qu'on retrouve ce sentiment qui nous entraîne vers un être ou une chose.
En bref, c'est un bon roman, oui un très bon roman digne de ce nom.
Gallimard, 2009 - 497 pages - 22€
A votre tour, quels sont les bons romans que vous rangerez dans la librairie idéale ?
Commentaires sur Au Bon Roman - Laurence Cossé
Alors là tu es dur ! la bibliothèque idéal, j'y mettrais surement tous les Jules Verne, Julien Gracq, Charles Juliet et tous les Zweig. Allez je m'arrête là ! (je rajouterais bien les Astérix :-) )
Je viens de l'acheter :-D
Il est épais en plus, m'a l'air très, très appétissant !!
C'est un roman qui a l'air vraiment original !
> Thaïs, je n'ai lu aucun des auteurs cités !
Le plus vicieux, dans le livre de L. Cossé, c'est de relever encore des titres de romans qui font drôlement envie.
C'est toujours la même chanson ! :)
> Cuné, 497 pages !!!! un exploit pour moi ! mais quand c'est bon...
> Saxaoul, non il n'est pas original, il est juste très bon, il parle de livres et d'amoureux de romans, je crois que c'est un sujet qu'on connaît déjà, mais on ne s'en lasse pas ! ;)
Je ne connaissais pas du tout ce titre, il a l'air pas mal du tout. pffff, la rentrée de janvier 09 a l'air meilleure que celle de septembre 08, pourquoi je ne travaille plus en librairie ??
Dans la librairie idéale, je range : les oeuvres complètes de Stevenson, Proust, Machado de Assis, Austen, Leopoldo Brizuela, "La beauté sur la terre" de Ramuz, "Souvenirs d'enfance et de jeunesse" de John Muir... Et "Refanut", "Ko et Ko les deux esquimaux", les livres d'Olivier Douzou, "Le dernier des vampires", les "contes de la rue Broca", Pomelo, ... pour les zenfants.
(dans ma librairie idéale de la semaine, il y a le dernier Anne-Laure Bondoux et "au rebond" de Blondel.)
(et puis "des vents contraires" aussi, je n'ai lu qu'1 cinquantaine de pages, mais je suis accro!)
> Gaëlle, devine ? On ne parle pas du tout de la littérature pour la jeunesse !!!! Ce ne sont pas des "bons romans" ?... bouh. :(
> Bookomaton, oui c'est très bien de réconcilier les romans pour zenfants et grands zenfants !!!!
Même combat.
Nan mais.
Je crois qu'être libraire empêche aussi de lire tous les livres disponibles, d'après ce que j'ai pu comprendre en suivant Van. Toutefois, c'est un atypique car il est le seul libraire de toute la France à lire TOUS les romans qui se publient pour les rentrées littéraires. Eh ouais ! cela fait rêver.
Toutefois, il ne lit pas tout, tout. Cela veut dire qu'il se permet de zapper ou de lire en diagonale certains romans qui n'en valent pas la peine. :))
« Il n'y a pas d'art pour l'enfant, il y a de l'Art. Il n'y a pas de graphisme pour enfants, il y a le graphisme.
Il n'y a pas de couleurs pour enfants, il y a les couleurs.
Il n'y a pas de littérature pour enfants, il y a la littérature. »
« En partant de ces quatre principes, on peut dire qu'un livre pour enfants est un bon livre quand il est un bon livre pour tout le monde. »
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il faut lutter, Clarabel et Gaëlle partent au front! nan mais!!
((me voilà libraire guerrière!))
> Soyons des amazones, l'idée y est mais le son est plus doux à l'oreille !!!!
Et avec nos peintures sur le visage, pardi ! :))
Façon "La prédiction" d'Alice Hoffman (scripto, gallimard)
Celui qui me vient entête, sans même réfléchir, est un livre jeunesse qui m'a éblouie "au pays de mes histoires" de M.Morpurgo ! :-)
Super dure comme question, j'ai aimé tellement de romans...
Quelques uns qui me reviennent : Belle du Seigneur d'Albert Cohen, L'assommoir de Zola et autres RM, La Musique du Hasard de Paul Auster, Les John Irving du début surtout, Henry James, quelques Maeve Binchy et plein d'autres. Un peu classique en fait, après faudrait que je rentre dans les détails pour les auteurs moins connus mais ce sera pour une autre fois.
"des amazones", voilà qui est bien mieux! ça me plaît :)
Un roman qui traite de l'amour des livres ? Je crois que je ne vais pas tarder à l'ajouter à ma PAL !
Merci pour ce billet :)
> Florinette, très bon choix ! Morpurgo a effectivement sa place dans notre librairie idéale !!!
> Aude Nectar, c'est très difficile de lister nos romans préférés ! Les grands électeurs dans Au Bon Roman vont s'en rendre compte très vite !
> Gaëlle, quand je repense à l'histoire d'A. Hoffman sur les amazones, parfois je grimace aussi... cela a un côté glamour, flamboyant, mais assez barbare aussi. Eeeek ! :/
> Emjy, oui sur l'amour des livres, sur la passion du libraire, sur l'idée belle et honorable d'offrir du bon aux lecteurs... c'est un peu tout ça, une belle aventure en tout cas ! ;)
Au bon roman est un "roman" excellent à plus d'un titre. Je me suis régalé de cette histoire d'amour, de livres, d'amour des livres, tout est fin, bien vu et senti, une leçon de littérature en quelque sorte.
> Oui, une très belle leçon d'amour au sens pluriel... et la passion du livre y est formidablement retranscrite.
Lisez La Salangane, l'histoire d'une petite fille de huit ans qui raconte ses épreuves et celles de sa grand-mère pendant la guerre en Asie. Un chef d'oeuvre de style, de beauté, d'émotion vraie. Bonne lecture.


