L'immédiat - Marie Delos
Pourquoi Anne a choisi de quitter Bruxelles pour Séville ? Parce que c'est un peu loin. Cette jeune femme, professeur de FLE, est une mél
omane obsédée par le deuxième concerto de Prokofiev. Un jour, une de ses collègues lui apprend qu'elle joue du piano. Cette nouvelle la mortifie. En effet, cela lui rappelle sa trahison secrète : n'avoir pas interprété Prokofiev avant ses vingt-deux ans. A la place, elle s'est fourvoyée dans l'enseignement. Il lui faut impérativement rompre le cours et récupérer dignement le retard sonore accumulé, « avant que les démons qui avaient recueilli ma promesse ne revinssent me traquer ». Elle quitte tout, s'enferme dans son attique pour réécrire toute la partition, à l'aide d'un clavier en carton. Entre-temps elle reçoit la visite d'un nouveau colocataire, Horacio, un Amérindien qui cherche dans toute la ville une gitane danseuse de flamenco.
Ces deux-là ont en point commun d'attendre et de chercher ce point invisible vers lequel ils tendent désespérément la main. Toute l'histoire s'inscrit au rythme de la musique, reproduisant ainsi un tempo saccadé, enlevé ou poussif. Anne est une jeune femme difficile à cerner, très agaçante aussi. Elle fuit beaucoup, elle s'accroche à une vieille promesse, elle jalouse sa collègue, elle est aussi dédaigneuse. Elle est franchement insupportable. C'est dommage de savoir le roman pendu à ses basques, cela rend la lecture parfois pénible et irritante. Toutefois, pour ce qui se révèle un premier roman, "L'immédiat" de Marie Delos est absolument remarquable. La langue est impeccable, classique et lyrique. Elle se met au service des angoisses de son héroïne, avec les défauts qu'on connaît, mais plantée dans un décor truffé de charme et nimbé de mystère. Séville, magnifique !
Seuil, 2009 - 140 pages - 16€
Commentaires sur L'immédiat - Marie Delos
Bonjour Clarabel,
Merci pour les articles que vous offrez, toujours intéressants. Juste une petite remarque pour le dernier article posté (sur L'immédiat de Marie Delos) : vous avez confondu le prénom du personnage avec celui de l'auteur...
Bien à vous,
Sylvie
> Oui ! Effectivement.
Merci de m'avoir signalé cette erreur d'inattention ! J'ai rectifié.
Amicalement.
Que je me plais effectivement sur ce blog. Je sens que je vais m'y abonner dans mon netvibes. Il y a plein de livres que je ne connais pas, de près comme de loin. C'est très intéressant. Et surtout, la présentation est très claire. Merci pour ta présence Clarabel.
A bientôt.
Léthée
Dommage que le personnage principal ait tendance à être irritante parce que les mots musique et flamenco m'avaient beaucoup attirée. Mais je commence à me connaître et je crois que ça risquerait d'entacher mon plaisir de lecture...
Je passe sur ce titre, je préfère ne pas me laisser faire par les personnages de mes lectures en ce moment...interdiction de m'irriter. Bon week-end Clarabel !
> Léthée, merci beaucoup.
Bienvenue et à bientôt.
> Karine, c'est une question d'affinités ensuite, moi je n'ai pas réussi à faire de l'héroïne une "copine", car elle ne cessait de m'agacer, je ne comprenait pas ses angoisses, ses fuites, son raisonnement... mais le style de l'auteur est épatant.
> Antigone, même réponse que pour Karine ! ;)
Je pense que chacun est sensible à un personnage, comme au style de l'auteur, à l'histoire du roman, etc. Nous ne sommes pas quittes sur ce plan-là. Tant mieux aussi.
Bon week-end à toi aussi !
Roquentin, Meursault, Molloy et bien d'autres sont très peu sympathiques, en somme. Pourquoi réclamer d'un personnage ce type de qualité, tristement propre au credo de notre siècle ?
Ce n'est en tout cas pas ce que je cherche chez un personnage (cela dit, je n'ai pas trouvé Anne T. "irritante" ; juste ennemie d'une certaine tiédeur - en cela je ne partage pas le commentaire de Clarabel). Mais chacun sa lecture, bien sûr...
Bien à vous,
Sylvie
> Je ne réclame pas d'un personnage qu'il soit sympathique, mais simplement qu'il me séduise. J'ai aimé des romans, ou même des personnages imbuvables. Je ne me fixe pas là-dessus, mais lorsqu'un roman a le potentiel de vous toucher mais qu'il n'y parvient pas totalement, je m'interroge plus longuement sur le pourquoi, et il m'arrive de porter cette responsabilité sur le personnage. J'aime me sentir proche de celui-ci, ou de le comprendre, de lui trouver du charisme. C'est un ensemble, c'est flou également. Il s'agit bien évidemment d'une sensibilité personnelle. En tant que lectrice, j'ai cette attente.
Concernant Anne, l'héroïne de L'Immédiat, je lui reconnais cette volonté d'être allergique à la tiédeur, de fuir le médiocre et d'exiger le meilleur. Je suis d'accord sur le principe, cependant je lui trouve aussi une attitude trop hautaine et méprisante. Elle fuit beaucoup, elle est parfois lâche ou malhonnête. J'ai eu du mal, c'est tout.
Nous n'avons pas eu la même lecture, parce que lire est un acte intime aussi.
Amicalement.
Lecture intime, peut-être, mais ça peut se discuter... personnellement, j'ai déjà lu ce roman plusieurs fois (entre Ritournelle de la faim de Le Clézio et Leurs vies éclatantes de Grégoire Polet), d'autant qu'il est très court, et je ne comprends pas ces interprétations du personnage comme "hautaine", "malhonnête", "lâche" et "méprisante". Moi je la trouve d'abord très cohérente. Ben oui, elle n'aime pas le FLE et elle est passionnée par la musique classique et Victor Hugo, mais elle est aussi obsédée par un dessin animé d'animation de Dreamworks (Pipe Dreams que je connaissais déjà et que je vous recommande chaleureusement !), elle cite Tex Avery dans l'une de ses réflexions les plus sérieuses sur la "vexation de la loi universelle" et surtout, surtout, elle se méprise beaucoup elle-même. Comment peut-on trouver "hautaine et méprisante" un personnage qui se dit à elle-même "que croyais-tu pauvre pâle petite dupe", parce qu'elle est d'une extrême sensibilité ? Je la trouve radicale et entière, ça oui, "intraitable" même, dans son genre, mais sûrement pas "malhonnête" ou "hautaine". Je pense que ces jugements relèvent plus de l'interprétation que des caractéristiques du personnage telles qu'elles sont effectivement présentes dans le texte.
Ceci dit, merci Clarabel pour ton blog à découvrir et à redécouvrir qui nous permet d'avoir envie des livres qu'on n'a pas encore lus et de débattre de ceux qu'on a aussi aimés.
Bon weekend à tous !
Alain.
> Et en effet, chaque lecture appelle une interprétation personnelle... ce que je pense du personnage d'Anne n'engage que moi, mais c'est sûr que je suis beaucoup moins indulgente que vous, Alain.
Au plaisir.

