Le remplaçant ~ Agnès Desarthe
Ce livre était censé être un portrait d'un pédagogue polonais, mais dès les premières pages « le lapsus a oeuvré ». Et au lieu de lire un livre sur Janusz Korzack, directeur d'un orphelinat du ghetto de Varsovie, on découvre une autre figure humaine, celle de Triple B, pas un type exemplaire, mais « un exemplaire d'homme » !
Triple B, parce qu'il avait trois prénoms, Bouz, Boris et Baruch, était donc le grand-père d'Agnès Desarthe, du moins c'était le deuxième mari de sa grand-mère. Après la guerre, elle s'est retrouvée veuve, lui aussi. Ils se connaissaient, ils ont uni leur destin. Mais Triple B reste une énigme, un homme sans histoires qui pourtant en raconte des tonnes. Alors que dans la famille, on cultive de façon très aristocratique l'art de raconter des histoires drôles, il devient un figurant de second plan. Oh, bien sûr Triple B était cocasse à sa façon, il aimait arrondir les angles, il n'était pas un bon artisan, il avait souvent les poches vides, ou alors il flambait et s'enflammait, prétendait être un héritier des grands tsars de Russie. Il était d'ici et d'ailleurs, la tête dans les étoiles, et pourtant il vit toujours dans un appartement à Paris, il est seul, il a vieilli mais il conserve toute sa lucidité quand il trouve que le bébé de cinq mois n'est pas très bavard, et j'en passe.
Figures libres, collection indépendante et rêveuse, permet à un auteur de laisser sa plume vagabonder. Agnès Desarthe s'y emploie à merveille, elle nous balade d'un bout à l'autre de ses envies, de ses souvenirs, de ses questions, de ses joies et de ses peines, jusqu'à friser l'extase avec le miracle (ou le mirage ?) de l'apfel strudel. « A cause des choses perdues et jamais retrouvées, à cause de l'enfance si lointaine. » Je ne dirai pas de ce texte qu'il est émouvant, juste ou sincère, pudique ou intelligent, il est simplement vrai. C'est un livre très court, de 87 pages, où comme l'auteur le suggère, on a plus d'une fois le sentiment de lire l'histoire d'à côté avec le héros d'à côté, celui qui est devenu le remplaçant. Bref, pour moi ce livre était incontournable parce qu'il est signé d'Agnès Desarthe, un auteur que j'affectionne particulièrement, et j'espère que vous aussi vous l'apprécierez à sa juste valeur.
Bonne lecture !
Editions de l'Olivier, coll. Figures Libres, 2009 - 87 pages - 12,50€
Commentaires sur Le remplaçant ~ Agnès Desarthe
- suite à message d'hier le livre dont je parlais est : "L'extraordinaire histoire de Fatima Monsour" de Joanne et Gerry Dryansky (article coup de coeur dans Femme Actuelle cette semaine et effectivement "livre chaudement recommandé par Douglas Kennedy lui-même !"). En revanche je ne suis pas convaincue qu'ils aient raison de le classer dans la catégorie "chick lit" à la médiathèque même si je n'en commence la lecture que ce soir ! c'est bien l'idée d'avoir RV avec un bouquin hein ? j'aurai fini en un trajet de RER "Black bazar" et c'est vraiment bien ! bonne journée à toi !
- Bon anniversaire ! Mes voeux les plus sincères !!!
Une fille d'avril, c'est chouette, bélier comme moi, encore plus :D.
J'ai lu un article dans Elle sur ce nouveau roman et ce que je trouve touchant, c'est que son grand-père ne soit pas le "sien" au sens strict. Aimer et se libérer des liens du sang, c'est très beau.
Je te souhaite encore de bonnes lectures !
Gros bisous - >>> Agnès Desarthe est également la sélection de l'émission Dans quelle étagère... sur France 2.
Cf. http://programmes.france2.fr/dans-quelle-etagere/index-fr.php?page=accueil&id_article=1040 - Bon Anne Hiversaire !!! :-) (avec du retard)
J'ai noté ce titre après avoir écouté l'auteur sur France Inter hier matin. Ce qu'elle disait m'a "titillé" l'oreille. Elle semble simple et profonde à la fois. J'ai bien aimé sa façon de dire que livre voulait ce personnage du grand-père à la place du personnage qu'elle-même avait choisi au départ.














