Lila Grace Nova, trente-deux ans, divorcée, travaillant dans la pub, emménage dans un appartement totalement aseptisé en plein coeur de New York. Pour chasser la déprime, elle se rend au marché d'en face et rencontre un individu qui lui vend une plante tropicale, l'oiseau du paradis. Il faut l'aimer d'amour et la bichonner pour être payée en retour. Lila s'y emploie avec ferveur. Peu de temps après, elle croise sur son chemin une laverie qui n'en a pas l'apparence, l'endroit croule sous les plantes, le sol est couvert de mousse et une étonnante fougère de feu arbore ses plus belles feuilles derrière la vitrine. Deuxième rencontre déterminante : Armand, propriétaire de la laverie, un homme qui n'a pas d'âge et ose lui parler avec culot, son physique impressionne, ses connaissances sont sans limite, et en cadeau il lui offre une bouture de la fougère. Il faut la mettre dans un verre d'eau tiède, dans le noir total, et attendre. Si des racines blanches apparaissent, alors Lila pourra revenir et obtenir le droit de passage pour admirer le secret d'Armand.

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Comme le souligne l'auteur, ce livre est un voyage qui nous transporte du monde de la publicité, à New York, aux forêts tropicales de la péninsule du Yucatàn, des vendeurs de plantes du marché d'Union Square aux curanderos, herboristes, chamans et charlatans, et jusque dans l'esprit des plantes.

Comment rester insensible à cette couverture fraîche et printanière, moi je ne sais pas. J'ai craqué, et au début je n'étais pas mécontente de la découverte. Je lisais avec un plaisir grandissant, je trouvais l'héroïne idiote mais j'enviais secrètement son aventure. En deuxième partie, j'ai commencé à trembler, en pleine jungle mexicaine, j'avais peur de me lasser, j'avais les yeux ronds comme des billes et la moue dubitative par l'amoncellement de circonstances avantageuses pour notre new-yorkaise, cela devenait un chouia trop téléphoné et pourtant j'étais toujours sous le charme.

Au-delà de la fiction (très agréable, il ne faut pas croire le contraire), il y a une importante description des plantes et de leurs vertus, de leurs pouvoirs cachés. Les plantes ont un langage qu'on ne soupçonne pas (du moins, personnellement je l'ignorais, notamment parce que je n'ai pas du tout la main verte !) mais cela n'a pas empêché que je m'y intéresse sans mentir. Les plantes sont vivantes, elles nous parlent et elles savent aussi dégager incroyablement de sensualité et éveiller le désir (à la fin, pfiou la tête vous tourne !). Je ne suis pas surprise que les droits aient déjà été achetés par le cinéma (Julia Roberts serait sur le coup), le roman réunit tous les ingrédients pour une comédie idéale : New York, une célibattante branchée et agaçante, de l'amour, de la trahison, des rencontres, de l'aventure, du mystère, un peu de fantastique... oups non, de la magie et des plantes, des couleurs, des odeurs. J'ai beaucoup aimé !

(Pour l'évasion et la détente, c'est parfait !)

Michel Lafon, 2009 - 305 pages - 17,90€
traduit de l'anglais (USA) par Cécile Dutheil de la Rochère

extrait :

« - Venez avec moi au Mexique. Faites ça pour moi, et pour vous.
- Pour moi ?
- La légende dit que si les neuf plantes sont volées le coupable ne trouvera jamais la paix. Exley est coupable. Et indirectement, vous l'êtes aussi. Pour rompre le sortilège, vous devez rendre les plantes à leur gardien. Je ferai de mon mieux pour vous aider.
- Je n'en doute pas.
- J'ajoute que vous devez également acomplir ce voyage à cause de votre froideur.
- Pardon ?
- Vous êtes froide. Vous êtes une femme froide sous des dehors aimables. Vous êtes une artiste, un génie de l'apparence, une mise en scène permanente d'un personnage doux et naïf, alors que vous êtes distante, froide et calculatrice. Et dans le genre vous êtes excellente. C'est un réel talent, qui nous sera utile à tous les deux au Mexique.
- Je ne vois pas de quoi vous parlez.
- Bien sûr que si, vous voyez. Pensez un peu à la façon dont vous comptiez m'exploiter, moi, un vieux schnock qui bosse dans une laverie. Tout ça pour le fric. Et vous comptiez exploiter mes plantes. Vous vouliez me duper, alors que je vous ai offert un cadeau très spécial, ma fougère adorée. Voilà pourquoi non seulement vous êtes froide, mais sotte. »