A_langle_du_renardJ'ai été soufflée par ce roman, parce qu'il a su me plaire et en même temps me déranger. La narration à la première personne donne un aperçu immédiat de la personnalité d'Arsène Le Rigoleur, qui porte décidément mal son nom, car c'est le genre à ne pas apprécier qu'on se foute du monde. C'est difficile au début de le cerner, on suit son manège, il scrute la famille d'en face qui vient d'emménager, il sympathise avec la petite fille de cinq ans, malgré la franche méfiance de la mère, le ballet des tractations peut commencer, et pourquoi vient-elle, et qu'est-ce que vous pouvez cacher, à quarante ans, seul dans votre ferme... Arsène ne lâche rien, il apprécie la compagnie de la fillette mais il est davantage fasciné par son grand frère, un rouquin, de trois ans son aîné, du style sauvage et fouineur, prêt à faire le mal pour attirer l'attention. Un drôle de jeu commence, avec en toile de fond les souvenirs familiaux, qui vont et viennent comme des vagues. On sent le secret, on se questionne sur ce François qui revient dans la bouche du narrateur, on découvre chez Arsène une violence, deux mains solides qui ne tremblent jamais au moment de rendre justice, c'est intense, étonnant, bizarrement envoûtant. Il est bon d'arriver au bout du récit, de trouver la sortie et de respirer un bon coup. Car l'atmosphère s'alourdit au fil des pages, les propos d'Arsène sont enfermés dans un kaléidoscope d'émotions, de sensations, de couleurs et d'odeurs. Son parler est campagnard, rude et revêche, mais le propos reflète la bestialité. La dramatisation enfle. Et puis que sont les renards ? que font-ils ? pourquoi viennent-ils sans craindre l'homme ? Ce sont autant de détails curieux et inouïs qui se produisent, ou alimentent cette intrigue pas banale, malcommode, qui peut plaire ou déplaire, mais ne peut laisser indifférent.

la brune / au rouergue, 2009 - 235 pages - 17€

extrait :

C'est que des mots, j'en ai plein ma mémoire. Comme des cailloux dans une carrière. Parce que quand on est môme, on apprend à se taire et à écouter. Et à ronger son frein.

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d'autres avis :::  Papillon , Sylire, Cathulu et Katell (toutes séduites) / Lily (également pressée d'en finir)

Fabienne Juhel est également l'auteur de Les bois dormants (rouergue, 2007) et La verticale de la lune (Zulma, 2005)