30/06/09

Journal 1918 - 1919 ~ Mireille Havet

" Le monde entier vous tire par le milieu du ventre "
Editions Claire Paulhan, 2003 - 256 pages - 20€

mireille_havetJournal d'une jeune femme de vingt ans, Mireille Havet, personnalité hantée par la tendresse, l'amour, le désir etc.. Sans l'amour, elle n'est rien ! Et d'ailleurs, c'est vrai : elle s'ennuie, elle est mélancolique, triste, seule, ironique. Elle soupire sur ses amours malheureuses, en ce Paris des années 1918, presque à l'heure de l'Armistice, sur son lot de chagrins (la mort d'Apollinaire, par exemplaire), et la perte d'amis chers.

Mais ce qui prédomine dans ce Journal, c'est fatalement ce besoin bestial d'amour, ce cri vers l'Autre, absolu, total, rageur. "Je désirais l'amour", écrit-elle, "l'amour est une espérance", mais Mireille aime souvent sans espoir. Ses amours sont vaines, de là à se poser la question : n'est-elle pas amoureuse de l'idée de l'amour ? - "J'arrive à croire que le meilleur de l'amour est l'imagination d'un amour parfait ou d'un amour ajourné par l'absence." - "Est-ce l'amour ? Un envoûtement, ou simplement la terrible crainte de l'ennui, d'une vie sans désir, sans caprices, d'une vie sans émotions sentimentales ? N'est-ce qu'un cramponnement désespéré à l'aventure tant cherchée ! ".

Mireille Havet souffre d'oisiveté, en somme, elle s'ennuie donc soupire, scrute son nombril et re - soupire face au vaste désert de son champ sentimental ! C'est clair qu'on tourne en rond, que le cheval de bataille demeure le même du début à la fin et que ces incessantes lamentations peuvent tirer de gros gémissements d'ennui chez le lecteur. Que nenni. Et ce, grâce à la très belle prose de l'auteur. Quel style ! Quelle élégance ! Quelle sensualité et quelle suavité parent cette écriture coulante ! - "Une terrible, une animale, une dévorante sensualité est en moi, pesante et gluante jusqu'à mes doigts avides de se faire plus insinuants de caresses.." .

Oui, Mireille Havet était une personnalité passionnée. Assoiffée de rencontres vraies, pas de "ces grues", mais "des vraies femmes, des femmes intelligentes". Souvent elle s'emballe, à tort, elle est déçue, trompée, donc morose et broyant des rêves noirs. Sûr, elle nourrit une haine des hommes, assez comique : "Les hommes, quelle cochonnerie." ! Alors, en écrivant son journal, elle fait tomber les masques, elle dépose et retrouve son moi profond, dépouillé des apparences trompeuses (les cheveux courts, les tenues de jeune homme etc.).

On lui reproche cette vie de mondaine, dans laquelle elle tente de tromper son ennui et sa solitude - " S'amuser, hélas, en quoi cela consiste-t-il, boire du champagne, crier fort, rire en montrant ses dents afin que quelqu'un se trouble et vous désire". Certes, les complaintes de Mireille peuvent parfois lasser, mais après tout, l'écriture est aussi le garant d'une lecture éblouissante. Et comme le dit Mireille Havet, pour conclure : " Je suis là pour écrire ! Ne l'oublions pas ! ".

   mireille_havet_journal

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d'autres ouvrages ont paru : Journal 1919-1924 : Aller droit à l'enfer, par le chemin même qui le fait oublier (2005) et Journal 1924-1927 : C'était l'enfer et ses flammes et ses entailles (2008) - des livres rares, donc précieux !

à noter chez grasset une biographie par Emmanuelle Retaillaud-Bajac : Mireille Havet, l'enfant terrible (2008).

(lu en juin 2005)

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27/06/09

Miel et vin ~ Myriam Chirousse

Empoignant son édredon, Judith le serra si fort dans ses bras qu'il lui sembla que Charles était encore là, dans la tiédeur des draps, contre sa peau, au bout de ses ongles... Emergeant du sommeil comme un noyé refait surface, elle sentit croître en elle une douleur diffuse, comme si sa peau lui faisait mal, comme si ses yeux lui faisaient mal, comme si respirer  et sentir son coeur battre lui faisaient mal aussi. C'était une douleur indéfinissable tapie avec elle dans les limbes de la nuit, une vieille souffrance endormie depuis longtemps, un manque atroce, un arrachement, le mal des amputés qui n'ont plus que la moitié d'eux-mêmes pour aller par le monde et ressentent jour et nuit le néant de la part manquante... Elle se recroquevilla. Dans la confusion du réveil, elle le pressentit dès cet instant : plus rien ne serait comme avant.

miel_et_vin

Premier roman, certes... mais quel talent ! Nous sommes dans le Périgord, en 1773, lorsque Guillaume de Salerac, génial inventeur loufoque, découvre une petite fille dans les bois. Elle sera recueillie par sa soeur, Louison, et adoptée sous le nom de Judith de Monterlant. Ignorant tout de son passé, la demoiselle reçoit une éducation de jeune fille appliquée mais son caractère impétueux et frondeur la distingue de son rang. Judith a le goût de l'espace, de la liberté. S'échappant de la vigilance des adultes, elle s'envole à bord de l'aérostat de son oncle alors qu'elle n'est qu'une gamine et rencontre chez un voisin celui qui lui fera battre son coeur et perdre tout bon sens dans les années à venir. Charles de l'Eperai, héritier en titre, est également connu pour être un enfant maudit et un bâtard. Il a le coeur dur, le regard froid et le diable dans le ventre. Lorsque le couple se croise à nouveau, lors du mariage de la soeur de Judith, l'attirance est évidente, la passion palpable. Et pourtant, il faudra attendre la fin de l'été pour assouvir cette soif et cette faim qui les poussent l'un vers l'autre.

C'est effectivement un grand roman sentimental et historique. Nous sommes en 1788, le peuple français est mécontent, les états généraux sont réunis. Judith a rejoint Paris avec son mari, mais son histoire avec Charles n'est bien évidemment pas terminée. Car c'est de cette passion que se nourrit l'intrigue et qui rend le lecteur dépendant, au point d'absorber sa lecture en ingurgitant page après page, sans hoqueter. Il en fallait bien - de l'amour, de la flamboyance, des éclats - pour attacher le lecteur à 544 pages, sans susciter de l'ennui. C'est un pari réussi, un roman passionnant, acquis dès les premiers chapitres. Impossible de s'en séparer. Et puis, le soleil aidant, les beaux jours et les vacances s'installant, il devient une prescription incontournable pour tuer le temps. S'il ne fallait en lire qu'un, dans vos bagages, glissez Miel et Vin. Parce que c'est un roman doux et sucré et piquant, gourmand et langoureux, avec des personnages aux destins inextricablement liés, par le secret de leurs origines et par cet amour fou qui les enchaîne. Ce n'est pas un roman mièvre ou trop long, avec des détails inutiles. Le romanesque est présent, très important, et l'amour a un pouvoir magique, troublant, envoûtant. Ce n'est pas du harlequin déguisé, c'est un bon gros roman captivant, qui ne vous lâche plus une fois la première page ouverte. A dévorer !

Buchet Chastel, 2009 - 544 pages - 24,50€

Feuilleter les premières pages

Invitation à un pique-nique littéraire, en compagnie de Myriam Chirousse, le dimanche 28 juin 2009, dans le bois de Vincennes : confirmer ou non sa participation sur Facebook

26/06/09

Goodbye Mister President ~ Danièle Georget

(roman lu en mars 2007 - disponible en poche)

goodbye_mister_presidentNovembre 1963. Fort Worth, Texas.
Un couple s'installe dans une chambre d'hôtel dans une chaleur intenable et moite. Dehors, l'orage menace. Mais il y a aussi des étincelles entre l'homme et la femme, des animosités couvées, prêtes à éclore.
La nuit s'annonce longue, difficile, pleine d'échanges décomposés en 3 parties : grincements, rugissements, chuchotements.
L'homme s'appelle John F. Kennedy. La femme est Jackie Bouvier Kennedy. C'est le Président des Etats-Unis venu à la conquête du Texas récalcitrant, à l'aube de sa nouvelle campagne électorale. Nous sommes à la veille du très fatal 22 novembre.

Ceci n'est nullement un roman biographique et politico-historique, c'est davantage une fiction autour d'un couple qui n'en peut plus de se supporter en silence et qui, sous la contrainte d'un huis-clos forcé, va se parler à coeur ouvert.
John est agacé, il tente d'ébranler la superbe de sa femme, qu'il estime mal-aimée par ses compatriotes, incomprise par le "peuple américain", cantonnée dans son rôle de diva bourgeoise acclamée par la presse européenne et les intellectuels.
Mais John s'aveugle, car il sait l'importance de son épouse pour apaiser les situations. Voilà pourquoi il tient à ce qu'elle l'accompagne dans cette campagne pour briguer un deuxième mandat.
Jackie est impassible, tantôt meurtrie et estomaquée, pourtant elle ne laisse rien deviner. Les tromperies du Président, le clan Kennedy, les magouilles, la politique en général, tout ça l'écoeure et la dépasse. Elle veut divorcer ! Une autre blessure secrète la ronge, mais il faudra du temps pour qu'elle se dévoile. 

  Le Livre de poche, 6,50€

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Adieu Berlin ~ Waldtraut Lewin

adieu_berlinBerlin, 1940. Rita et sa belle-mère Sidonie n'ont plus que quelques jours tranquilles à partager. Le père, banquier en Suisse, vient d'annuler son mariage et condamne la jeune femme à la déportation, du fait de son identité juive. Rita refuse de faire le voyage jusqu'en Suisse pour le rejoindre, elle choisit de fuir avec Sidonie et gagner Marrakech, le dernier point d'ancrage de sa famille. Hélas, Sidonie est arrêtée en pleine nuit et Rita, livrée à son triste sort, s'obstine à s'éloigner de son père, qu'elle déteste. A force de rencontres houleuses, de tractations douteuses et de magouilles peu louables, sauf pour assurer sa sécurité, Rita Moebius traverse la frontière et arrive en France, à la veille d'une invasion armée imminente. A Strasbourg, Rita fait la connaissance de Gabriel Talbaut, un ressortissant allemand recherché par la police, également ancien légionnaire, qui vit de petites combines et ne pense qu'à sa pomme. Leur rencontre n'est pas sans étincelles, la jeune fille est affaiblie mais déterminée, l'homme est sous le charme, derrière une attitude renfrognée et hautaine.

J'ai tout aimé dans ce roman ! Depuis l'appartement cossu à Berlin, où deux femmes tremblent d'effroi face à l'arrestation prochaine, elles prévoient de s'échapper et de s'en aller toujours plus à l'ouest, harcelées par un homme qui prétend aimer sa fille, au risque de lui faire perdre les personnes qui lui sont le plus chères, puis sur les routes de France, en pleine débâcle, sous la menace des avions mitrailleurs, sans cesse à négocier pour sa survie, en butte avec l'humanité dans toute sa splendeur - lâche, cupide, effrayée, opportuniste. Cette épopée tragique d'une juive allemande qui recherche l'amour, le rencontre et s'imagine le perdre (pour résumer sommairement) est une lecture tout simplement passionnante ! Le contexte historique est bien brossé, le lecteur est vite emporté dans le tourbillon des événements, pas le temps de souffler, et l'histoire est vécue d'après les deux narrateurs que sont Rita et Gabriel. Ce n'est pas un énième roman sur la guerre, c'est avant tout un roman captivant qui se lit comme une saga avec moult rebondissements. Les personnages sont attachants, on les aime d'office et c'est très dur, au bout de 350 pages, de les quitter.
Ce roman se dévore !

Bayard jeunesse, coll. Millezime, 2009 - 350 pages - 11,90€

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24/06/09

L'écorchée vive ~ Claire Legendre

ecorchee_viveBarbara est une belle jeune femme épanouie qui partage sa vie avec François. En apparence, simplement. Barbara vient de couper les ponts avec sa mère, lassée de mentir, de louvoyer, de promettre. Un secret sur son passé risque de peser sur sa relation amoureuse, Barbara est prévenue mais elle ne souhaite pas l'entendre, ni qu'on lui répète. Impossible toutefois d'ignorer les lettres anonymes qu'elle reçoit, des photographies de classe avec sa tête en moins. Qui peut lui vouloir du tort ? Et pourquoi Barbara a enfermé ses propres albums et un épais dossier médical dans un coffre à la banque ?

Car Barbara a été un monstre de laideur, repoussante avec sa gueule déformée depuis la naissance. Barbara a grandi en inspirant le dégoût, l'horreur, la répulsion. Longtemps condamnée à la solitude, elle a tenté de croire au bonheur, une intervention chirurgicale exceptionnelle a fini par lui offrir une plastique superbe, mais qu'en est-il à l'intérieur ? L'histoire montre que Barbara est une jeune femme fragile, marquée à vif, une écorchée avec des cicatrices. La simple vue du tableau Paulette de Soutine lui tire toutes les larmes de son corps, elle s'effondre et perçoit qu'on lui veut du mal. Qu'on cherche à la séparer de son amour. Et François lui-même ne peut pas l'aider, ne parvient plus à la comprendre.

Etrange, étonnant. Voilà mon sentiment...
Un roman où le chassé-croisé du pendant et de l'avant dresse un portrait sensible et touchant d'une jeune femme qui se sait monstre pour la vie.
Je n'ai ni détesté ni aimé vraiment. C'est moins bon que La méthode Stanislavski que j'avais énormément apprécié.

Grasset, 2009 - 250 pages - 18€

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23/06/09

L'oeil du cyclone ~ Stéphanie Janicot

oeil_du_cyclone

Nouvelle Orléans, août 2005. L'ouragan Katrina s'abat sur la ville. Des milliers de réfugiés se terrent vers le gymnase, parmi eux Victoria, ses deux filles et sa belle-soeur. Comment cette ressortissante française, fille d'un haut diplomate, a atterri dans cette galère ? Très vite, on découvre qu'elle vient de tout perdre, son misérable mobil-home, emporté par les eaux, et sa belle-mère alcoolique, noyée sous leurs yeux en sauvant la vie de la plus jeune des filles... Alors que l'apocalypse s'invite sur terre, la vie de Victoria défile. La jeune femme est groggy et assommée par la somme de catastrophes vécue en quelques heures. Et pourtant une autre nouvelle lui tombe sur la tête : la prison des femmes est évacuée, une certaine Remedios s'apprête à sortir. C'est l'heure des règlements de compte, en famille. L'instant s'annonce tragique. D'ailleurs, quelques temps après leur arrivée dans le Super Dôme, la fille aînée - Luz - disparaît.

C'est un roman proprement captivant, fluide et divertissant. Un livre qui parle beaucoup des femmes et des liens familiaux. Une histoire autour d'une femme que rien ne prédestinait à être veuve et mère avant vingt ans, le sort lié entre les mains d'une vieille folle alcoolique obèse, et voyante sur les bords. Un tel destin force l'admiration et l'interrogation, en plus du respect. Il ne faut pas en apprendre plus, juste tourner les pages pour découvrir, bout par bout, le parcours incroyable de cette française prisonnière de l'ouragan Katrina. Et suivre la fuite en avant d'une adolescente vulnérable et influençable. Elle aussi en marche vers son Destin. La rencontre espérée va néanmoins aboutir à une conclusion loupée, car précipitée. Léger bémol qui n'entache pas mon impression générale, car je conserve de ma lecture un goût de passion, de puissance, de rage et de désespoir. Derrière ces visages de femmes, il y a des larmes et des secrets, une force commune pour arracher sa part de bonheur à la fatalité. Et pour cela, j'ai aimé. Comme souvent. J'ai apprécié ces retrouvailles avec Stéphanie Janicot.

Albin Michel, 2009 - 280 pages - 18,50€

Un merci tout particulier à l'auteur... comme ça.

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20/06/09

(...)

un week-end complet en musique, et pour fêter ça mes derniers albums qui passent en boucle sur la platine...

paolo_nutini

Paolo Nutini >> Sunny side up

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archimede

>> Archimede (groupe français, de Laval) excellente découverte !

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camera_obscura_my_maudlin_career

Camera Obscura >> My Maudlin Career

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diving_with_andy_sugar_sugar

Diving with Andy >> Sugar Sugar

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On s'est juste embrassés ~ Isabelle Pandazopoulos

on_sest_juste_embrasses"Je m'appelle Aïcha Boudjellal. Mais c'est seulement mon nom qui est arabe. Moi, je ne le suis pas." Adolescente de quinze ans, Aïcha partage un petit appartement avec sa mère, qui l'élève seule depuis le départ du père sept ans auparavant. Elle fréquente également le collège du quartier où toute la cité voisine est inscrite, de même elle a pour meilleure amie Sabrina, contre l'avis de sa mère qui ne souhaite pas que sa fille se mélange avec les habitants de cette cité. Mais chez Sabrina, Aïcha apprécie l'ambiance familiale, vive, bruyante, animée. Elle est aussi secrètement amoureuse du grand frère, un type sûr de lui, machiste et autoritaire, quand le scandale lui éclate en pleine figure. Son amie Sabrina l'insulte au collège, devant tout le monde, alors que la question d'honneur et de réputation est primordiale dans le quartier. Elle est accusée d'avoir couché avec Walid ! Aïcha se défend du contraire, "on s'est juste embrassés", mais la machine infernale est en marche.

Le roman raconte plus généralement la crise d'identité de l'adolescente, en mal de repères, qui a longtemps souffert des silences de sa mère, fâchée avec sa famille, séparée du père. Tant de questions n'ont jamais trouvé leurs réponses, et Aïcha s'est nourrie de ces non-dits, à tel point qu'elle est aujourd'hui désarçonnée par l'attaque surprise de sa meilleure amie, qui signifie autre chose, on l'apprendra plus tard. En attendant le cataclysme est énorme, cela déclenche une révolte entière, un ras-le-bol général. Et Aïcha va aller de mal en pis. Sa haine au corps est déconcertante, à plus d'un titre, toutefois le roman y a puisé sa force. Profond, subtil, qu'on ne peut plus lâcher et qui reste dans le coeur. Voilà pour le roman. L'histoire d'Aïcha est, quant à elle, touchante et agaçante, je ne cache pas mes soupirs au fil des pages, parce que j'avais du mal à la suivre, à la comprendre, enfin... à expliquer ses sursauts d'orgueil, ses mensonges. La pilule peut être amère, elle reste cependant douce à avaler grâce à la plume d'Isabelle Pandazopoulos, pour moi, une formidable révélation. Un uppercut qui vous met k-o. Pour un livre authentique, pudique et positif, qui plaira aux filles et aux garçons, adultes compris !

Gallimard, coll. Scripto, 2009 - 155 pages - 8,00€

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18/06/09

Ici Londres

sur une idée originale de Vincent Cuvellier
illustrée par Anne Herbauts
texte historique : Aurélie Luneau
musique : Olivier Mellano

ici_londres

Caché dans la remise à bois, un jeune garçon écoute clandestinement le poste à galène de son père d'où s'égrènent des messages, drôles ou oniriques. C'est une époque de guerre et d'interdits. Il faut se cacher pour écouter les programmes diffusés depuis Londres et tendre l'oreille pour deviner les voix, assourdies par le brouillage. Mais, à cette époque-là, la radio diffuse de la poésie et les mots sont des armes.

On appelle ça des « messages personnels ». Écouter la radio n'est pas un acte anodin. Derrière ces phrases codées qui dessinent un voyage imaginaire jusqu'à l'annonce du débarquement en Normandie et le rêve plus concret d'une paix prochaine, se trament des largages d'armes, des transports clandestins, des appels à la résistance. Par-delà les années, les voix de Londres font une musique étrangement actuelle à nos oreilles.
(quatrième de couverture)

Le père La Cerise est verni. Poussière tu te soulèves. Raymonde cueille des olives. La chicorée est améliorée. La laitue est romaine. Le cheval bleu se promène sur l'horizon. Marie est sage. La vie est rose. Le traversin est en duvet. Les sillons sont en courbe. Grand-mère mange nos bonbons.

Qu'entendez-vous ? Des phrases inattendues ? Des messages sans queue ni tête ? Au début c'est vrai, ça fait rigoler. Et puis il faut se rendre compte qu'écouter la radio, en ce temps-là, n'était pas anodin. Il fallait se cacher. Se méfier. Et c'était pas pour rire non plus. Le moulin à paroles pouvait causer, ça signifiait bien quelque chose. Pour qui ? pourquoi ? A qui ? A-t-on imaginé ce qui se passait dans la tête d'un môme qui entendait à la radio une voix inconnue répéter trois fois la même phrase ? Et même maintenant... on sait toute l'histoire, on connaît la fin du film mais on ignore l'émotion de l'instant présent, pris entre la peur, l'excitation, la surprise et l'interrogation. Le 18 juin 1940 De Gaulle lance son appel, depuis la radio de Londres, à la France libre et aux français qui refusent l'occupation par l'ennemi. Ce message a été peu entendu sur le moment, mais la presse a publié cet appel dès le lendemain. Dès lors, la résistance s'organise et la BBC va servir de boîte aux lettres.

Sur son blog, Vincent Cuvellier explique la genèse de ce beau projet. Tout est parti de la poésie et de la bizarrerie, dans la tête d'un môme. Ensuite, avec des rencontres, des idées, des pinceaux et des crayons, de la musique et du talent, quatre auteurs et quatre voix se mettent au service d'Ici Londres.   

Le prologue est signé Vincent Cuvellier, puis se succèdent 17 étranges phrases illustrées par Anne Herbauts comme autant de scènes sorties de son imagination. Se glisse au milieu un livret historique, comme un journal, signé par Aurélie Luneau, historienne, qui explique plus en détails le contexte et l'importance des messages radio, l'émission les Français parlent aux Français, la guerre des ondes, l'appel du 18 juin, etc. Et vient enfin la musique d'Olivier Mellano (sur un cd d'une durée de 20 minutes) qui permet au lecteur de porter l'oreille à ces messages radio et à se glisser dans ce moment d'Histoire si particulier.

Ce n'est pas un album facile, pas donné à tout le monde, du genre qui ne délivre pas ses secrets tout de suite... Il faut le découvrir petit à petit, l'effeuiller, le cajoler, l'enjôler, ou bien c'est l'inverse. C'est à lui d'embobiner le lecteur, de lui raconter son histoire, de l'émouvoir. Chacun y trouvera son compte. Ce livre existe pour interroger, pour se questionner. Pour ne pas oublier. Pour comprendre ou non. Pour admirer aussi. Car c'est un album d'utilité publique. Pas moins ! C'est à sa façon une trace, une continuation, un oeil par-dessus l'épaule. Un objet curieux, de prime abord. Un album intelligent et subtil, pour le fond.
Par contre j'ignore pour quelle tranche d'âge il se destine. Pour tous, j'ai envie de penser...

Rouergue, coll. Varia, 2009 - 32 pages - 22€

Le drôle de monde d'Anne Herbauts

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17/06/09

Villa des Oliviers ~ Anne Vantal

villa_des_oliviersCet été-là, Manon, quinze ans, n'a pas le goût de le passer comme les autres années, à la Villa des Oliviers, la résidence de ses grands-parents, chez lesquels toute la famille aime se réunir durant trois semaines, en juillet. L'envie n'y est plus. Ce n'est pas seulement la soudaine défection de son amie Célia, à la dernière minute, de n'avoir pu se joindre à la troupe. C'est plus globalement un état d'esprit.

Manon a quinze ans, elle se sent trop vieille pour frayer avec ses cousines de douze ans et trop jeune pour être prise au sérieux par les adultes, eux-mêmes bien empêtrés dans leur histoire de couple ou de travail. Alors Manon boude, elle participe aux activités familiales sans réelle motivation. Son cousin Vincent, encore un bébé, parvient à lui tirer des sourires. Et puis Nicolas, le fils du jardinier, n'est pas mal dans son genre. Le coeur de Manon palpite plus fort dès qu'elle le voit. C'est sûr, cet été de ses quinze ans ne sera pas comme les autres !

L'histoire est racontée des années après la date des événements, produisant des effets de style pour alimenter l'intrigue et capturer l'intérêt. La narratrice prévient, la narratrice ménage la surprise, la narratrice est chef d'orchestre. Plutôt habile. Sur 140 pages, l'histoire roule sa bosse sur un ton doux-amer qui n'est pas pour déplaire. Cela raconte une chronique familiale, le temps d'un été, avec au centre les turpitudes d'une adolescente en crise, au corps devenu trop grand et trop maigre. La jeune fille se cherche, elle guette une image encore trop floue, et son tempérament illustre ce flottement entre l'enfance et l'âge adulte. Qu'est-ce que c'est agaçant, lorsqu'on a passé l'âge !

C'est toutefois finement esquissé, et cela nous montre combien l'adolescence est une période vécue en dents de scie, où toutes les émotions sont exacerbées et amplifiées. Manon en est le parfait exemple : elle se sent trahie, seule au monde, incomprise, abandonnée. Pour compenser, elle passera son temps à observer les siens et découvrira, bien tardivement, que le monde des adultes n'est pas toujours rose non plus. C'est donc un roman qui évoque la difficulté de quitter l'enfance, en douceur, en tâtonnant, en souffrant aussi. Et la complexité de grandir, évidemment.
J'ai bien aimé !

Seuil, coll. Karactère(s), 2009 - 144 pages - 8,50€

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