Si loin de vous ~ Nina Revoyr
Jun Nakayama, acteur à la retraite de 73 ans, reçoit un coup de fil d'un journaliste qui, à l'occasion de l'ouverture prochaine d'un temple dédié au cinéma muet, souhaite l'entretenir de ses jeunes et glorieuses années. Le vieil homme se défend de vivre dans ses souvenirs, et pourtant cette rencontre montre qu'il n'a strictement rien oublié, qu'il tique de se savoir oublié malgré lui et qu'il se rengorge intérieurement d'avoir pour fan inconditionnel ce jeune Nick Bellinger. Un projet en amenant un autre, le journaliste lui confie être également scénariste et son souhait profond de compter Nakayama dans la distribution.
Quarante années défilent ainsi, entrecoupées par les considérations des années 60, avec le recul et le constat amer d'être aujourd'hui seul. Jun a connu un succès extraordinaire, d'autant plus qu'il était un ressortissant japonais, étudiant de l'université du Winsconsin, brillant acteur au théâtre de Little Tokyo, fier d'une ascension qui ne lui a jamais fait défaut, avec des rencontres profitables et séduisantes, des femmes au charme vénéneux, des réalisateurs audacieux. Et pourtant, la carrière de Jun a brutalement chuté et sombré dans l'oubli. La faute au cinéma parlant ? A la politique anti-japonaise qui sévissait ? Ou au scandale dans lequel il a été impliqué, avec le meurtre non-élucidé d'un réalisateur de sa connaissance ?
Ce brillant roman a su combler l'admiratrice inconditionnelle des années dorées du cinéma hollywoodien que je suis, même si je connais peu le cinéma muet, sauf si on m'évoque Keaton, Chaplin ou Glorian Swanson, et irrévocablement le film de Billy Wilder, Sunset Boulevard. Mais ce roman n'est pas qu'une simple résurrection d'une époque et d'une industrie cinématographique exempte des artifices à venir, pas seulement une dénonciation d'un protectionnisme rampant. C'est le roman d'un homme qui se cherche, qui revisite le passé, qui enquête sur un meurtre et qui va au-devant des vérités enfouies. Il va déterrer des passions amoureuses, des liaisons tapageuses, un métissage prohibé, la vengeance aveugle et des secrets bouleversants. J'ai adoré ce roman, d'une élégance folle ; il nous balade d'avant en arrière sans nous donner le tournis, offrant une intrigue qui tient en haleine, et qui éblouit en même temps. Et ce sont 375 pages dévorées avec gourmandise et reconnaissance d'un livre bien fait, bien écrit et bien fourni.
Phébus, 2009 - 375 pages - 23€
Traduit de l'anglais (USA) par Bruno Boudard
Commentaires sur Si loin de vous ~ Nina Revoyr
Je viens juste de le recevoir, d'admirer la superbe couverture (Phébus est coutumier du fait) mais hélas cela va faire lourd dans une valise dédiée aux livres de poche. A moins que?
Nouvelle bannière, nouveau look depuis quelque temps...
Un petit signe de vie de ma part en passant par ici, après une pause bénéfique... Ta nouvelle bannière est superbe, j'aime Clarabel, très légère. J'ai eu cette période où tout me tombait des mains, où l'envie s'échappait, le plaisir aussi, c'est normal, cela revient avec le manque. Bises Clarabel !!
Je l'avais repéré celui-là (un résumé très tentant, une bien jolie couverture, un éditeur que j'aime beaucoup) mais quelqu'un me l'a chipé à la bibliothèque, j'attends avec impatience qu'il soit dispo à nouveau!
Très tentant!!! J'adore aussi tout ce qui se rapporte au Golden Age du cinéma alors je pense que ça peut me plaire!
Je l'ai également reçu et j'ai commencé à le lire. Un billet bientôt sur mon blog.
Très tentant et, en effet, une sublime bannière. Bon été Clarabel !
Bravo pour la nouvelle présentation que j'aime beaucoup. Je note aussi ce livre qui me semble bien séduisant.
Commentaire pas très originale ce livre m'a l'air bien tentant ;-) et ta bannière est vraiment chouette tout en légèreté ;-)
> Merci pour la bannière !
Quant au livre, je pense qu'on n'a pas fini d'en entendre parler sur les blogs (envoi de Suzanne, par Chez les filles) ! ;)
J'ai eu beaucoup de mal dans la première partie du livre car je trouvais le récit trop mou, puis ça s'est arrangé par la suite ! :)
> Je n'ai pas trouvé que la comparaison faite par A. Lurie avec le narrateur des Vestiges du jour (roman de K. Ishiguro) était usurpée. C'est tout à fait la même ambiance. Lente, nostalgique, élégante.
Moi j'aime beaucoup. :)


